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Jacques de Guillebon parle de « La Vérité captive »

par admin, juillet, 2010

Le jeune homme Caron n’est pas inconnu à nos lecteurs, à qui il arrive de sévir dans nos pages en de fumants articles qui jamais ne laissent indifférents. L’agrégé et docteur en philosophie, directeur-fondateur de la prestigieuse collection Les Cahiers d’Histoire de la Philosophie aux Editions du Cerf a le culot, à peine atteint l’âge du Christ, de prétendre posséder sa propre philosophie. Une tare qu’une époque de marée basse intellectuelle pardonne rarement. Indiscret amoureux de la langue, Maxence Caron est aussi travaillé par le désir de répandre un peu partout cette dilection. Un second défaut au temps des triomphants sabirs informatisés

Maxence Caron posséderait sa propre philosophie, écrivons-nous : oui, mais elle est recevable en tant qu’elle est entièrement inspirée et même infusée de l’ancienne et seule théologie catholique. Ce qui fascine dans cet ouvrage : après la déconstruction des quarante dernières années, qui venait après la période du doute nietzschéen et du questionnement interminable sur l’Être de Heidegger (dont Caron est un spécialiste dessillé), qui eux-mêmes arrivaient dans une époque informée par le mot de Grotius, où penser « etsi Deus non daretur », comme si Dieu n’existait pas, était, disait-on, nécessaire, Caron au contraire, dans ce pavé de plus de 1 000 pages, où il se fait l’apôtre de la « Différence fondamentale », c’est-à-dire de celle qui bée entre la créature et son Créateur et qui seule permet de continuer à penser sous le soleil, Caron fait sien le mot de Joseph Ratzinger : penser aujourd’hui « velutsi Deus daretur », comme si Dieu existait, est la seule issue pour une philosophie qui n’a momentanément débouché que dans un lieu d’épais brouillard où tout lui échappe, la vérité bien entendu, mais le sujet lui-même.

Maxence Caron s’est lancé dans une entreprise titanesque qui réclamera sa vie. Espérons qu’il en ait la force. Il en a déjà le talent.

Jacques de Guillebon
La Nef, n° 210, décembre 2009

Références : Maxence Caron, La Vérité captive – De la philosophie, Cerf, 2009, 1120 pages.