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Philosophies du secret : Jean-François Marquet sur France Culture

par admin, août, 2010

Jean-François Marquet sur France Culture :

Tandis que paraît ces jours-ci le nouveau livre de Jean-François Marquet, Exercices, nous redécouvrons l’entretien que le philosophe avait accordé à France Culture lors de la sortie, en 2007, de l’une de ses œuvres, Philosophies du secret, méditant la gnose et la mystique chrétiennes du XVIème au XIXème siècles. Une occasion d’écouter la parole de celui que Maxence Caron considère comme le seul et dernier grand philosophe vivant :

« Connu d’un restreint cercle de réels amoureux de la pensée et de la beauté, la sagesse littéraire de Jean-François Marquet le fait évoluer bien au-delà des modes et des courants : absent à toute idéologie, épris de cet essentiel qu’il nomme le Singulier, Jean-François Marquet, dans la concision d’un style lumineux et serein, et en tout admirable, éclaire la totalité des âges et lui donne appui au crépuscule d’une histoire dont le sens est de n’avoir de cesse qu’elle ait à soi-même formulée avoir fait son temps : l’œuvre de Marquet est à la recherche de ce temps perdu où la pensée disait la singularité jusqu’à faire événement. Ici le philosophe regarde partout dans le temps les percées de la grâce prévenante d’où la pensée et l’art sont suscités. Du tableau qu’est sa propre vie, humble et cachée, menée par le grand homme dans le silence et loin des luttes de pouvoir où confiné l’on se moleste impensif à renfort de nœuds papillons, du tableau d’une existence dévouée toute à la recherche de la vérité et au séjour dans la beauté, apparaissent les somptueuses couleurs  par rapport à quoi surprend le contraste infligé par les répandus, générales et grandiloquentes médiocrités de ces grands et officiels indigents qui triomphent au bac à sable de l’opinion commune. Marquet n’est pas de ceux que l’on clame sur la place du marché : c’est un auteur rare et dont inextinguible est l’œuvre. »

(Maxence Caron, extrait d’un récent entretien)

Se procurer l’œuvre : Jean-François Marquet, Philosophies du secret, Paris, Editions du Cerf, 400 p., 2007.

Quatrième de couverture :

« Sous la surface ordonnée de la philosophie et de la théologie classiques court depuis la Renaissance une parole plus secrète, mythique, mystique, qui est comme leur inconscient le plus souvent refoulé, mais revenant parfois éclater en pleine lumière.

Souvent ce discours s’origine dans un regard sur le mystère le plus central du christianisme, qui est celui d’une structure – la structure du nœud trinitaire. Dans ce soubassement gnostique se mêlent inextricablement les ruines d’une « prisca theologia », d’un antique savoir absolu supposé aboli dans un désastre obscur, et les promesses d’une apocalypse parfois envisagée comme celle de la raison même. L’hermétisme dévot d’un Ficin ou d’un Pic, la quête paracelsienne de la signature des choses, les grandes synthèses baroques d’un Boehme ou d’un Fludd, l’alchimie intérieure des quiétistes, l’exégèse visionnaire de Swedenborg, la hiéro-histoire de Postel ou de Ballanche – autant d’aspects dans le parcours de ce fleuve profond qui, après 1850, va peu à peu s’abîmer dans l’océan d’un syncrétisme orientalisant.

Entre la philosophie diurne et son ombre ou son « underground » ésotérique, il y a du reste un échange constant qui n’est pas sans rappeler la dialectique du moi et du ça : tantôt des matériaux mythiques ou théosophiques sont élevés à l’élaboration secondaire du concept, tantôt au contraire des notions philosophiques sont restituées au processus primaire (« condensation et transfert ») de l’imagination productrice. C’est ainsi que la physique de Descartes emprunte à Fludd (connu au moins à travers Mersenne et Gassendi), que Henry More « kabbalise » Descartes avant d’être lui-même retraduit par Leibniz en langage profane, que Swedenborg fascine Kant jusqu’au malaise et inspire discrètement Fichte, ou que Hegel et Schelling transposent en philosophèmes les mythèmes boehmistes.

Maintenant que ces deux mouvements semblent bien avoir atteint leur point mort, il devient possible de dresser leur bilan et de pointer ainsi le moteur secret de l’histoire de la pensée occidentale. C’est la voie où s’engage le présent ouvrage, à travers l’étude de quelques œuvres singulières issues de cette « part maudite » de la pensée. » [J.-F. Marquet]