Skip to content

« Le Chant du Veilleur », par Jean-Jacques Flammang : « A propos du grand Poëme Symphonique de Maxence Caron »

par admin, janvier, 2011

Le Chant du Veilleur :

Une exceptionnelle louange à la gloire de Dieu


Dans des vers qui n’ont rien à envier à ce que la littérature française a produit de meilleur, Maxence Caron vient de publier « Le Chant du Veilleur »[1] qui exalte la gloire de Dieu en faisant découvrir par la Voie de Vérité du Verbe la Substance au-dessus des Cieux ainsi que l’Infinité qui est en l’homme, « la pensée, la réflexivité fractale dont sourd toute conscience et qui prend issue de Transcendance, la liberté, de Dieu l’image. »

C’est ainsi que le Veilleur, « à l’heure où on prend son pot de chambre pour un océan », proclame l’Indicible, la Substance devers l’homme, qui dit seule à vrai « Je suis », Dieu, la Différence infinie, l’Amour sans limites. Et le poète atteste avec gratitude : « Tu fus, Tu seras, Tu es de toute pensée l’Initiateur vers Toi » ; et encore : « j’ai libéré la pensée, j’ai démasqué l’engeance spéculatoire qui fait captive la Vérité et d’un mouvement contraire, en retour se rend captive en agressant le propre fond de l’âme régie par la quintessence trinitaire ». Et le Verbe nous est Parole, « Dieu si grand… Jésus si proche… » « dans l’aimante Différence de l’Esprit ».

Ce qui est de toujours foi catholique, Maxence Caron le reprend à son compte : « Je ne puis accéder au sein de Son saint giron unitrine, fors/ si par le concours de la liberté qu’Il me donne pour Lui ressembler, je Le laisse poursuivre son œuvre d’accession à moi-même, / Je ne monte que si je laisse Dieu descendre. » Et son Poëme chante cette constance dynamique du double mouvement : Dieu qui descend et l’âme qui monte : « Je veux te dire, ô mon Seigneur et mon Dieu, la vie que tu m’as donnée, la beauté que tu y perces » ; et je Te chanterai aussi « le sort que prodigue le monde à Ton enfant redevenu, / en universel que porte son individuelle condition remise à Tes Mains, / car je porte l’insigne et le sceau de christianisme en cette ère détritique qui à T’oublier, Seigneur, se donne ses aisances. / Je te chanterai. »

« J’ai toujours passé pour bien étrange » nous confie à double reprise au début de son Poëme Maxence Caron[2], ce brillant littéraire et penseur extraordinaire qui si jeune encore, nous a déjà gratifiés de tant d’œuvres exceptionnelles, bouleversant à tel point la pensée établie que celle-ci en reste drôlement silencieuse pour l’instant, devinant sans doute que tout ce qui sera encore écrit en deçà de ce que Maxence Caron nous fait découvrir sonnera faux et ne pourra que laisser indifférent, la Différence fondamentale étant par son œuvre manifeste.

Maxence Caron n’est pas dupe. Il sait que « personne ne pense dans la profondeur à laquelle est appelée la pensée, et personne ne sait donc trouver l’art car il n’y a / pas d’art sans réceptivité, consciente ou non, de la communicabilité de l’Essentiel » ; il précise quand même « personne ou presque – je dis presque pour ceux qui instinctivement saisissent ce qu’autour de la Différence transcendantale il faudrait bâtir ».

N’empêche, en ces temps qu’il croit terminaux, le Veilleur ressent la résistance, et de son Poëme parsemé de notes biographiques s’entend un sourd regret sur ce silence qui – est-ce envie, jalousie ou mépris ? – enveloppe son œuvre pour l’isoler du verbiage académique traditionnel avec ses productions outre-modernes si aptes à tenir captive la Vérité : « Une neuve pensée, que mes pages ont délivrée publiquement au dernier / équinoxe et qui n’est point encor comprise, / La Pensée de la Différence théologale du Transcendant différential, / met fin à l’entonnoir artificiel, historial et mémorial, au provoqué rétrécissement de la mémoire. »

On comprend : tenir compte de ce que communique Maxence Caron, qui s’est converti au Christ il y a douze ans, ce n’est pas faire une révolution, celle-ci est faite depuis que sur la terre est connue la Voie de la Vérité et de la Vie, mais c’est faire un pas, hors de cette dynamique si familière de la « modernité qui signifie la future parturition de l’outre-modernité où le mal / sera comme bien posé, pour que l’homme puisse affirmer sa singularité contre l’inamovible, constituante, impalpable et inamissible architecture qui le transcende ».

Le long Poëme Symphonique revient sur les méfaits du relativisme athée de cette outre-modernité « entre qui et moi existe une rupture intégrale » pour accélérer par l’être catholique le vieillissement du vieil homme : « La médiation qu’établit le Transcendant avec sa créature, / elle est le lieu du poëme, / cette médiation qui dit l’Amour de Dieu pour sa créature, est parfaitement / visible, elle est dicible, / elle désigne au dire le lieu de la Mémoire ontologique à laquelle le Christ donne corps / dans le Saint Sacrement de sa Présence Réelle que garde son Eglise la singulière, l’universelle. »

C’est d’abord et avant tout une exceptionnelle louange à la gloire de Dieu que veut chanter le Veilleur: « Pour sonner Ta louange et dire Ta fondamentale autant que théologale et transcendantale Différence,  / pour dire les implications d’être de Ta Transcendance / pour dire sur une parlante corde, je veux prendre l’orchestre : / Permets que sur Ton Nom je l’accorde. »

Sont alors au fil des pages paraphrasés et commentés sur base d’expériences personnelles nombre de passages de l’Ecriture Sainte, surtout les psaumes, qui louent ou se plaignent devant le Très-Haut, mais aussi les prophètes, les Evangiles, saint Paul…

Quelle maitrise de la langue pour tirer par exemple tout le Sens de la boue que le Christ avait préparée pour les yeux de l’aveugle, et pour les nôtres : « Le péché entraîne ainsi le péché, le péché suifructifie, il tient en lui-même la loi de son développement / et seule une intervention de la grâce peut venir retirer cette croûte solidement et assidûment ensédimentée : / il faut que le Seigneur, de sa salive brasse l’élément terreux afin de le liquéfier, puis, avec cette boue à notre blessure appliquée, /avec cette boue obtenue de divine haleine condensée, la maladie est emportée selon le pansant passage de l’iâtre Main souveraine. »

Oui, Dieu, et lui seul, guérit l’homme moderne enfoncé dans les miasmes de l’outre-modernité. Maxence en a fait l’expérience, et dans son Chant il veille à ce que d’autres puissent faire eux aussi le bon choix entre : « allez à l’Eglise, ou retournez à votre niche de chien ! »

A côté de l’exultation mystique, voire en elle, il y a comme souvent chez Maxence Caron ces mots durs qui pourraient blesser celui qui ne voit pas encore. Oui, « l’être catholique est insolence appuyée en Dieu vis-à-vis de tout ce qui est sourde ou manifeste insolence contre Dieu » et « si Dieu existe tout est permis, qui ne tourne pas le dos à Son Amour, et cet Amour est infini. »

L’expérience de pensée et de vie fait comprendre ce qu’est le christianisme en temps d’Apocalypse inchoatif : « Je cherche le Regard de Dieu pour le transmettre au regard des humains frères / qui tous le désirent, mais dont maints s’ignorent le tant désirer. »

Foi et raison n’ayant plus de raison suffisante pour être strictement séparées depuis que Maxence Caron en a relevé leur essentielle unité dans son Système nouveau de la philosophie et de son histoire passée, présente et à venir [3],  « la pensée est faite pour la Vérité, non pas pour chercher afin de trouver, mais pour trouver afin de chercher / car, mon Dieu, Tu es si grand, si bon et miséricordieux, que nous ne commencerons jamais assez tôt de Te Louer, soit d’avoir reconnu T’avoir déjà trouvé pour Te mieux chercher. »

La Vérité captive a tracé une partie de l’histoire du rapport de la pensée à la Différence fondamentale établissant que « la globalifique structure d’oubli commence après l’incomprise grandeur de l’Aquinate », et le Chant du Veilleur exhorte maintenant à l’oubli de l’oubli en retenant que « toute chose dit l’aura de Présence c’est-à-dire la souveraine Décision d’où la création éclate à l’existence /et enjoint ainsi l’esprit non pas à regarder l’être, confondu avec la diffusion de monde, déclore la chose à l’instar d’une vache regardant passer un train, / mais au contraire à coïncider avec l’acte créateur même par lequel l’existence et le temps surgissent de la Volonté absolument transcendante et souveraine /  – seule possibilisatrice de l’émergence d’une instance dont la fonction sera la diffusion – / propre à celui qui est et qui dit Ego sum qui sum ».

Et le Veilleur, qui comprend si profondément l’être de l’homme, d’implorer le Seigneur : « Donne-moi ne jamais voir partir mon amour loin de Toi ; / que n’advienne jamais je ne sais quel resurgissement de ratiocination folle par quoi je rechuterais dans l’opium d’athéisme, / qui est paresse de la pensée et maladie du cœur, / et piétinante pauvreté du corps. / Sans Toi je ne suis que faiblesse, avec Toi je suis Ta force et je sais l’essence d’homme. »

La couverture du livre montre un portrait de Maxence Caron créé par Aude de Kerros. Elle rappelle du Poëme cette interrogation adressée aux chrétiens appelés par la Voix de la Transcendance à chercher la Vérité en esprit : « N’avez-vous point en vous les sonorités de la Racine ? ». Dans son « Chant du Veilleur » Maxence Caron nous livre de ces sonorités qu’il a en lui et qui sont à même de « faire pousser sur notre néant les bourgeons de l’Arbre de Vie et les prémisses de Ton Royaume. »

Que soient nombreux les lecteurs pour entendre dans ce Poëme symphonique « comme tout envibre de la Transcendance Basse Divine » et que « de tout le pis que peut l’humaine créature, se préférer à l’Essentiel est cela qui creuse le mieux sa sépulture »!

P. Jean-Jacques Flammang SCJ

Article paru le 13 janvier 2011 dans la Warte du Luxemburger Wort


[1] Maxence Caron : Le Chant du Veilleur. Poëme Symphonique, Préface du Père Renaud Escande, Versailles, Via Romana, 2010, 265 pages. ISBN 978-2-916727-87-5.

[2] Né en 1976, Maxence Caron, professeur agrégé de philosophie, directeur de collection aux Editions du Cerf et auteur de nombreux ouvrages philosophiques ou littéraires, est lauréat de l’Académie française pour son désormais classique Heidegger. Pensée de l’être et origine de la subjectivité. Préface de Jean-François Marquet (La nuit surveillée), Paris, Editions du Cerf, 2005, 1753 pages. ISBN 978-2-2040-7732-3. Signalons aussi l’œuvre magistrale, publiée sous le titre : La Vérité captive. De la philosophie. Système nouveau de la philosophie et de son histoire passée, présente et à venir, Théologiques, Paris, Les Editions du Cerf / Ad Solem, 2009. 1120 pages. ISBN 978-2-2040-9003-2. Voir aussi : Maxence Caron : Être et identité. Méditations sur la Logique de Hegel et sur son essence, Passages, Paris, Les Editions du Cerf, 2006, 365 pages. ISBN 978-2-2040-8024-1 ;  et la merveilleuse introduction dans la pensée augustinienne : La Trinité. Saint Augustin (Philo-textes.Commentaire) Paris, Ellipses, 2004, 95 pages. ISBN 978-2-7298-2110-4. Autre livre, étonnant : Microcéphalopolis, Roman, Versailles, Via Romana, 2009, 48 pages. ISBN 978-2-916727-43-1. Musicien, pianiste et musicologue, Maxence Caron a aussi publié Pages. Le Sens, la musique et les mots, Biarritz, Séguier, 2009, 427 pages. ISBN 978-2-8404-9589-5. Et cette analyse très originale de la Messe en si de Bach : La pensée catholique de Jean-Sébastien Bach. La Messe en si, Versailles, Via Romana, 2010, 273 pages. ISBN 978-2-9167-2768-4.

[3] Sous-titre de La Vérité captive, cette œuvre magistrale que Maxence Caron a publiée en novembre 2009 et qui est sans doute le plus important écrit philosophique de ces dernières décennies.