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Saint Barthélemy, apôtre et martyr

par admin, août, 2019

St Barthélemy par Rembrandt (1661)

St Barthélemy par Rembrandt (1661)

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Barthélemy

Chers frères et soeurs,

Dans la série des Apôtres appelés par Jésus au cours de sa vie terrestre, c’est aujourd’hui l’Apôtre Barthélemy qui retient notre attention. Dans les antiques listes des Douze, il est toujours placé avant Matthieu, alors que le nom de celui qui le précède varie et peut être Philippe (cf. Mt 10, 3; Mc 3, 18; Lc 6, 14) ou bien Thomas (cf. Ac 1, 13). Son nom est clairement un patronyme, car il est formulé avec une référence explicite au nom de son père. En effet, il s’agit probablement d’un nom d’origine araméenne, bar Talmay, qui signifie précisément « fils de Talmay ».

Nous ne possédons pas d’informations importantes sur Barthélemy; en effet, son nom revient toujours et seulement au sein des listes des Douze susmentionnées et ne se trouve donc au centre d’aucun récit. Cependant, il est traditionnellement identifié avec Nathanaël:  un nom qui signifie « Dieu a donné ». Ce Nathanaël provenait de Cana (cf. Jn 21, 2) et il est donc possible qu’il ait été témoin du grand « signe » accompli par Jésus en ce lieu (cf. Jn 2, 1-11). L’identification des deux personnages est probablement motivée par le fait que ce Nathanaël, dans la scène de vocation rapportée par l’Evangile de Jean, est placé à côté de Philippe, c’est-à-dire à la place qu’occupe Barthélemy dans les listes des Apôtres rapportées par les autres Evangiles. Philippe avait dit à ce Nathanaël qu’il avait trouvé « Celui dont parle la loi de Moïse et les Prophètes […] c’est Jésus fils de Joseph, de Nazareth » (Jn 1, 45). Comme nous le savons, Nathanaël lui opposa un préjugé plutôt grave:  « De Nazareth! Peut-il sortir de là quelque chose de bon? » (Jn 1, 46a). Cette sorte de contestation est, à sa façon, importante pour nous. En effet, elle nous fait voir que, selon les attentes des juifs, le Messie ne pouvait  pas  provenir  d’un village aussi obscur, comme l’était précisément Nazareth (voir également Jn 7, 42). Cependant, dans le même temps, elle met en évidence la liberté de Dieu, qui surprend nos attentes en se faisant trouver précisément là où nous ne l’attendrions pas. D’autre part, nous savons qu’en réalité, Jésus n’était pas exclusivement « de  Nazareth », mais qu’il était né à Bethléem (cf. Mt 2, 1; Lc 2, 4), et qu’en définitive, il venait du ciel, du Père qui est aux cieux.

L’épisode de Nathanaël nous inspire une autre réflexion:  dans notre relation avec Jésus, nous ne devons pas seulement nous contenter de paroles. Philippe, dans sa réponse, adresse une invitation significative à Nathanaël:  « Viens et tu verras! » (Jn 1, 46b). Notre connaissance de Jésus a surtout besoin d’une expérience vivante:  le témoignage d’autrui est bien sûr important, car généralement, toute notre vie chrétienne commence par une annonce qui parvient jusqu’à nous à travers un ou plusieurs témoins. Mais nous devons ensuite personnellement participer à une relation intime et profonde avec Jésus; de manière analogue, les Samaritains, après avoir entendu le témoignage de leur concitoyenne que Jésus avait rencontrée près du puits de Jacob, voulurent parler directement avec Lui et, après cet entretien, dirent à la femme:  « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant; nous l’avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde! » (Jn 4, 42).

En revenant à la scène de vocation, l’évangéliste nous rapporte que, lorsque Jésus voit Nathanaël s’approcher, il s’exclame:  « Voici un véritable fils d’Israël, un homme qui ne sait pas mentir » (Jn 1, 47). Il s’agit d’un éloge qui rappelle le texte d’un Psaume:  « Heureux l’homme… dont l’esprit est sans fraude » (Ps 32, 2), mais qui suscite la curiosité de Nathanaël, qui réplique avec étonnement:  « Comment me connais-tu? » (Jn 1, 48a). La réponse de Jésus  n’est pas immédiatement compréhensible. Il dit:  « Avant que Philippe te parle, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu » (Jn 1, 48b). Nous ne savons pas ce qu’il s’est passé sous ce figuier. Il est évident qu’il s’agit d’un moment décisif dans la vie de Nathanaël. Il se sent touché au plus profond du coeur par ces paroles de Jésus, il se sent compris et comprend:  cet homme sait tout sur moi, Il sait et connaît le chemin de la vie, je peux réellement m’abandonner à cet homme. Et ainsi, il répond par une confession de foi claire et belle, en disant:  « Rabbi, c’est toi le Fils de Dieu! C’est toi le roi d’Israël! » (Jn 1, 49). Dans cette confession apparaît un premier pas important dans l’itinéraire d’adhésion à Jésus. Les paroles de Nathanaël mettent en lumière un double aspect complémentaire de l’identité de Jésus:  Il est reconnu aussi bien dans sa relation spéciale avec Dieu le Père, dont  il  est le Fils unique, que dans celle avec le peuple d’Israël, dont il est déclaré le roi, une qualification propre au Messie attendu. Nous ne devons jamais perdre de vue ni l’une ni l’autre de ces deux composantes, car si nous ne proclamons que la dimension céleste de Jésus, nous risquons d’en faire un être éthéré et évanescent, et si au contraire nous ne reconnaissons que sa situation concrète dans l’histoire, nous finissons par négliger la dimension divine qui le qualifie précisément.

Nous ne possédons pas d’informations précises sur l’activité apostolique successive de Barthélemy-Nathanaël. Selon une information rapportée par l’historien Eusèbe au IV siècle, un certain Pantenus aurait trouvé jusqu’en Inde les signes d’une présence de Barthélemy (cf. Hist. eccl. V, 10, 3). Dans la  tradition postérieure, à partir du Moyen Age, s’imposa le récit de sa mort par écorchement, qui devint ensuite très populaire. Il suffit de penser à la très célèbre  scène du Jugement dernier dans la Chapelle Sixtine, dans laquelle Michel-Ange peignit saint Barthélemy qui tient sa propre peau dans la main gauche, sur laquelle l’artiste laissa son autoportrait. Ses reliques sont vénérées ici  à  Rome,  dans l’église qui lui est consacrée sur l’Ile Tibérine, où elles furent apportées par l’empereur allemand Otton III en l’an 983. En conclusion, nous pouvons dire que la figure de saint Barthélemy, malgré le manque d’information le concernant, demeure cependant face à nous pour nous dire que l’on peut également vivre l’adhésion à Jésus et en témoigner sans accomplir d’oeuvres sensationnelles. C’est Jésus qui est et reste extraordinaire, Lui à qui chacun de nous est appelé à consacrer sa propre vie et sa propre mort.

* * *

Je salue cordialement les pèlerins francophones présents ce matin. Puisse la figure de l’Apôtre Barthélemy vous inviter, dans le quotidien de vos vies, à témoigner du Christ, lui qui vous appelle à lui consacrer toute votre existence !

Mercredi 4 octobre 2006

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St Barthélemy par Rembrandt (1657)

St Barthélemy par Rembrandt (1657)

Vie de saint Barthélemy par Jacques de Voragine dans la Légende dorée (œuvre majeure qui ne désigne rien de « légendaire » ni ne relève du « merveilleux », mais, selon l’étymologie — legenda —, désigne ce qu’il faut lire)

 SAINT BARTHÉLEMY

Barthélemy signifie fils de celui qui suspend les eaux, ou fils de celui qui se suspend. Ce mot vient de Bar, qui veut dire fils, de thelos, sommité, et de moys, eau. De là Barthélemy, c’est-à-dire, le fils de celui qui suspend les eaux de Dieu ; donc, qui élève l’esprit des docteurs en haut, afin qu’ils versent en bas les eaux de la doctrine. C’est un nom Syrien et non pas Hébreu.

Il y a trois manières d’être suspendu, que notre saint posséda. En effet il fut suspendu, c’est-à-dire élevé au-dessus de l’amour du monde, porté à l’amour des choses du ciel, entièrement appuyé sur la grâce et le secours de Dieu, de sorte que toute sa vie dépendit non de ses mérites mais de l’aide de Dieu. Par la seconde étymologie est indiquée la profondeur de sa sagesse dont saint Denys dit ce qui suit dans sa Théologie mystique (I, 3): « Le divin Barthélemy avance que la Théologie est tout ensemble développée et briève, l’évangile ample, abondant et néanmoins concis. »

Saint Barthélemy veut insinuer par là, d’après l’opinion de Denys, que la nature suprême de Dieu s’élève au-dessus de tout, au-dessus de toute négation, comme de toute affirmation.

Saint Barthélemy, apôtre, en venant dans l’Inde, qui est située aux extrémités du monde, entra dans un temple où se trouvait une idole nommée Astaroth, et il s’y arrêta comme ferait un voyageur. Dans cette idole habitait un démon qui prétendait faire du bien aux malades; or, il ne les guérissait pas, mais il suspendait seulement leurs souffrances. Cependant comme le temple était rempli de malades et que, malgré les sacrifices offerts tous les jours pour les infirmes des pays les plus éloignés, on ne pouvait avoir aucune réponse d’Astaroth, les malades allèrent à une autre ville où l’on adorait une idole nommé Bérith. Ils demandèrent à Bérith pourquoi Astaroth ne donnait pas de réponse, et il dit: « Notre Dieu est lié dans des chaînes de feu ; il n’ose ni respirer, ni parler, à dater du moment où est: entré l’apôtre de Dieu Barthélemy.» Ils lui disent: « Et quel est ce Barthélemy ? » Le démon répondit : « C’est l’ami du Dieu tout-puissant; il est venu en cette province pour chasser tous les dieux de l’Inde. » Et ils dirent : « Dis-nous à quels signes nous pourrions le trouver. » Le démon reprit: « Il a les cheveux crépus et noirs, le teint pâle, les yeux grands, le nez régulier et droit, la barbe longue et mêlée de quelques poils blancs, la taille bien prise; il est revêtu d’une robe sans manches avec des noeuds couleur de pourpre, son manteau est blanc, garni de pierres précieuses couleur de pourpre à chaque coin. Depuis vingt ans qu’il les porte, ses habits et ses sandales ne s’usent ni ne se salissent. Chaque jour il fléchit les genoux cent fois pour prier, et autant pendant la nuit. Les anges voyagent avec lui, et ils ne le laissent pas se fatiguer, ni avoir faim. Son visage , est toujours le même, toujours il est joyeux et gai. Il prévoit tout, il sait tout. Il connaît et comprend les langues de tous les pays, et ce que je vous dis en ce moment, il le sait, déjà; quand vous le cherchez, s’il le veut, il se montrera à vous, mais, s’il ne le veut pas, vous ne pourrez le trouver. Or, je vous prie, quand vous l’aurez rencontré, conjurez-le de ne pas venir ici de peur que ses anges ne me fassent ce qu’ils ont déjà fait à mon compagnon. »

Après donc qu’on l’eut cherché avec soin pendant deux jours sans le trouver, un démoniaque s’écria « Apôtre de Dieu, Barthélemy, tes prières me brûlent. » L’apôtre lui dit: « Tais-toi, et sors de cet homme. » A l’instant le possédé fut délivré. En apprenant cela, le roi de ce pays, nommé Polimius, qui avait une fille lunatique, envoya prier l’apôtre de venir chez lui et de guérir, sa fille. L’apôtre étant venu chez le roi, et voyant sa fille enchaînée, parce qu’elle déchirait par ses morsures ceux qui l’approchaient, ordonna de la délier; et comme les serviteurs n’osaient l’approcher, il dit: « Déjà je tiens enchaîné le démon qui était en elle, et vous craignez ? » On la délia et elle fut délivrée. Alors le roi fit charger des chameaux d’or, d’argent et de pierres précieuses, et fit chercher l’apôtre qu’on ne put rencontrer nulle part. Le lendemain matin, cependant, le roi étant seul dans sa chambre, l’apôtre lui apparut et lui dit: «Pourquoi  m’as-tu cherché toute la journée avec de l’or, de l’argent et des pierres précieuses? Ces présents sont utiles à ceux qui sont avides des biens de la terre; quant à moi, je ne désire rien de terrestre, rien de charnel. » Alors saint Barthélemy se mit à lui apprendre beaucoup de choses sur la manière dont nous avons été rachetés ; il lui montra, entre autres, que J.-C. avait vaincu le diable par convenance prodigieuse, par puissance, par justice et par sagesse.
1° Il fut convenable en effet que celui qui avait vaincu le fils d’une vierge, c’est-à-dire, Adam créé de la terre, alors qu’elle était encore vierge, fût vaincu par le fils de la Vierge.
2° Il le vainquit par puissance : comme le diable, en faisant tomber l’homme, avait usurpé l’empire de Dieu, J.-C. l’en chassa avec sa toute-puissance. Et comme le vainqueur d’un tyran envoie ses compagnons de victoire pour arborer ses drapeaux partout et pour abattre ceux du tyran, de même J.-C. vainqueur envoie partout ses messagers afin de renverser le culte du diable et établir à la place le culte de J.-C.
3° Il le vainquit avec justice. Il était juste en effet que celui qui avait vaincu l’homme par le manger, et qui le tenait encore sous sa puissance, fût vaincu par le jeûne d’un homme, et dépouillé de son usurpation.
4° Il le vainquit par sagesse, puisque les artifices du diable furent déjoués par l’habileté de J.-C. Tel fut l’artifice du diable: comme un épervier qui saisit un oiseau, il devait saisir J.-C. dans le désert; si en jeûnant J.-C. n’avait pas faim, il n’y aurait plus de doute qu’il fût Dieu; mais s’il avait faim, il l’aurait vaincu lui-même par la gourmandise comme il avait fait du premier homme; mais Dieu ne se fit pas connaître, parce qu’il eut faim; il ne put pas être vaincu, car il résista à sa tentation. Quand donc il eut enseigné au roi les mystères de la foi, il ajouta que s’il voulait recevoir le baptême, il lui montrerait son Dieu, chargé de chaînes. Le lendemain, les pontifes offraient, vis-à-vis du palais du roi, un sacrifice à l’idole, quand le démon se mit à crier en disant : « Cessez, misérables, de m’offrir des sacrifices, de peur que vous ne souffriez pire encore que moi qui suis lié de chaînes de feu par l’ange, de J.-C., que les Juifs ont crucifié, avec la pensée qu’il serait retenu par la mort : au lieu qu’il a enchaîné la mort elle-même, notre reine, et qu’il retient captif, dans des chaînes de feu, notre prince, l’auteur de la mort. » Aussitôt tous se mirent en oeuvre d’attacher des cordes pour renverser l’idole, mais ils ne le purent. Alors l’apôtre commanda au démon de sortir de l’idole en la brisant : et à l’instant le démon sortit et brisa lui-même toutes les idoles du temple. Puis l’apôtre fit une prière et tous les infirmes furent guéris. Alors saint Barthélemy consacra le temple à Dieu et ordonna au démon de s’en aller dans le désert. L’ange du Seigneur apparut en cet endroit, et en volant autour, du temple, il grava le signe de la croix avec le doigt aux quatre angles en disant: « Voici ce que dit le Seigneur : Comme je vous ai purifiés de votre infirmité, de même aussi ce temple sera purifié de toute souillure, et de la présence de celui qui l’habitait, puisque l’apôtre l’a fait s’en aller au désert. Mais auparavant, je vous le ferai voir. Ne craignez pas en le regardant, mais faites sur votre front un signe pareil à celui que j’ai sculpté sur ces pierres. » Et il leur montra un Éthiopien plus noir que la suie, à la figure anguleuse, avec une longue barbe, et des cheveux qui lui tombaient aux pieds, des yeux enflammés et jetant des étincelles comme le fer rouge; des flammes couleur de soufre lui sortaient de la bouche et des yeux, et il avait les mains liées derrière le dos avec des chaînes de feu. Et l’ange lui dit : « Puisque tu as entendu l’ordre de l’apôtre, et que tu as brisé toutes lés idoles en sortant du temple, je te délierai afin que tu puisses aller en tel endroit où aucun homme n’habite, et que tu y restes jusqu’au jour du jugement. » Quand il fut délié il disparut en hurlant et faisant un grand bruit : mais l’ange du Seigneur s’envola vers le ciel à la vue de tous les assistants. Alors le roi avec son épouse, ses enfants et tout le peuple reçut le baptême après quoi il quitta son royaume pour se faire le disciple de l’apôtre.

Tous les pontifes des temples s’assemblèrent et allèrent trouver le roi Astyage, son frère. Ils portèrent contre l’apôtre des plaintes concernant la perte de leurs dieux, la profanation du temple et la séduction magique qu’on avait exercée contre le roi. Alors le roi Astyage indigné fit partir mille hommes armés pour prendre l’apôtre. Quand il eut été amené au roi, celui-ci lui dit : « Es-tu celui qui a perverti mon frère ? » L’apôtre répondit : « Je ne l’ai pas perverti, mais je l’ai converti. » Le roi lui dit : « De même que tu as fait que mon frère abandonnât son Dieu pour croire au tien, de même aussi je te ferai abandonner ton Dieu pour sacrifier au mien. » L’apôtre repartit: « Le Dieu qu’adorait ton frère, je l’ai lié, et je l’ai fait voir lié; après quoi je l’ai forcé à briser la statue de l’idole : si tu parviens à en faire autant à mon Dieu, alors tu pourras  m’inviter à adorer la statue, sinon, de mon côté, je briserai tes dieux et tu croiras au mien. » Comme l’apôtre parlait encore, on annonce au roi que son dieu Baldach s’était renversé et brisé en morceaux. A cette nouvelle, le roi déchira la robe de pourpre dont il était revêtu ; ensuite il fit fouetter l’apôtre avec des verges, et commanda qu’on l’écorchât vif. Mais les chrétiens enlevèrent son corps, et l’ensevelirent avec honneur. Quant au roi Astyage, et aux pontifes des temples, ils furent saisis par les démons et ils moururent : mais le roi Polimius fut ordonné évêque et après avoir rempli avec honneur pendant vingt ans, le ministère épiscopal, il mourut en paix et plein de vertus. — Il y a différentes opinions sur le genre de la passion de saint Barthélemy car le bienheureux Dorothée dit qu’il fut crucifié. Voici ses paroles : « Barthélemy prêcha aux Indiens et il traduisit dans leur langue l’Évangile selon saint Mathieu. Il s’endormit à Albane,ville de la grande Arménie, et fut crucifié la tête en. bas.» Mais saint Théodore dit qu’il fut écorché. Cependant, dans beaucoup de livres, on lit qu’il fut seulement décapité. On peut concilier ces opinions différentes, en disant qu’il fut d’abord crucifié, ensuite qu’il fut descendu de la croix avant de mourir, et que pour ajouter à ses tortures, il fut écorché et, qu’en dernier lieu, il eut la tête tranchée.

L’an du Seigneur 831, les Sarrasins, qui envahirent la Sicile, ravagèrent l’île de Lipard,  où reposait le corps de saint Barthélemy, et brisant son tombeau, ils dispersèrent ses ossements. Or, voici comme on rapporte que son corps fut transporté, de l’Inde dans cette île. Ces païens voyant que son corps était en grande vénération à cause de la quantité de miracles qu’il opérait, en furent remplis d’indignation et ils le renfermèrent dans un coffre de plomb qu’ils jetèrent dans la mer. Dieu permit qu’il abordât dans l’île susdite (G. de Tours, De Glor. Martyr., I, XXXVIII) ; et comme les Sarrasins avaient dispersé ses os, quand ils se furent retirés, le saint apparut à un moine et lui dit : « Lève-toi, rassemblé mes os qui ont été dispersés. » Le moine lui répondit : « Pour quelle raison devons-nous ramasser vos os ou vous rendre quelque honneur, quand vous nous avez laissé exterminer sans nous secourir? » L’apôtre reprit :
« Pendant un long espace de, temps, le Seigneur a épargné ce peuple en vue de mes mérites; mais ses péchés s’augmentant de plus en plus et criant jusqu’au ciel, je n’ai plus pu obtenir pardon pour lui. » Comme le moine lui demandait comment il pourrait jamais trouver ses os qui étaient confondus avec beaucoup d’autres, l’apôtre lui dit : « La nuit, tu iras pour les rassembler, et ceux que tu verras briller comme du feu, tu les enlèveras. » Le moine trouva tout ainsi que l’apôtre lui avait dit :  il enleva les os, et, s’embarquant sur un vaisseau, il les transporta à Bénévent, métropole de la Pouilles Maintenant on dit qu’ils sont à Rome, quoique les Bénéventins assurent les posséder encore. — Une femme avait apporté un vase plein d’huile qu’elle voulait verser dans la lampe de saint Barthélemy. Mais de quelque façon que l’on penchât le vase sur la lampe, il ne pouvait rien en sortir, quoique en touchant l’huile avec les doigts on la trouvât liquide. Alors quelqu’un s’écria : « Je pense qu’il n’est pas agréable à l’apôtre qu’on verse de cette huile dans sa lampe.» C’est pourquoi on versa dans une autre lampe cette huile qui coula aussitôt.

Quand l’empereur Frédéric détruisit Bénévent, il donna l’ordre de raser toutes les églises ; car son intention était de transporter la ville entière dans un autre endroit. Alors un homme rencontra quelques personnages revêtus d’aubes blanches, et resplendissants, qui, paraissaient parler ensemble et discuter entre eux une question. Cet homme, rempli d’étonnement, demanda qui ils étaient, et l’un d’eux répondit : « Voici l’apôtre Barthélemy avec les autres saints dont il se trouvait des églises. dans la ville : ils se sont réunis pour chercher et discuter quelle peiné devra subir celui qui les a chassés de leurs demeures : déjà ils ont décidé entre eux et leur sentence est inviolable, que le coupable sera traduit sans retard au tribunal de Dieu, devant lequel il aura à répondre de tout cela.».Et de vrai, peu après, ledit empereur mourut misérablement.

— On lit dans un livre des Miracles des Saints, qu’un Docteur célébrait solennellement chaque année la fête de saint Barthélemy. Un jour qu’il prêchait, le diable lui apparut sous l’apparence d’une jeune fille remarquablement belle : Le prédicateur jeta les yeux sur elle et l’invita à dîner. Pendant le repas, elle faisait tous ses efforts pour lui inspirer de l’amour. Saint Barthélemy vint à la porte sous la figure d’un pèlerin qui demanda avec instance qu’on le fit entrer pour l’amour de saint Barthélemy.
La jeune fille s’y opposa et on envoya au pèlerin un pain que celui-ci refusa d’accepter. Alors, par le messager il envoya prier le maître de lui dire ce qui était plus particulièrement propre à l’homme. Le maître prétendait que c’était le rire, mais la jeune fille répondit : « Dites plutôt le péché, avec lequel l’homme est conçu, naît et vit.» Barthélemy répondit que le maître avait bien parlé, mais que la femme avait donné une réponse renfermant un sens plus profond.

En second lieu, le pèlerin envoya demander au maître de lui indiquer un endroit n’ayant qu’un pied d’étendue où Dieu avait manifesté les plus grandes merveilles. Comme le maître disait que, c’était l’endroit de la croix dans lequel Dieu a opéré des miracles, la femme dit : « C’est plutôt la tête de l’homme, dans laquelle existe comme un petit monde. » L’apôtre approuva la sentence de l’un et de l’autre.

Troisièmement il demanda quelle distance il y avait depuis le haut du ciel, jusqu’au bas de l’enfer. Comme le maître avouait qu’il ne le savait pas, la femme dit : « Je vois maintenant que je suis surpassée : mais je le sais, moi, qui suis tombée de l’un dans l’autre; et il faut que je te montre cela. » Alors le diable en poussant un grand hurlement se précipita dans l’abîme. Or, quand on chercha le pèlerin, on ne le trouva pas. On lit quelque chose d’à peu près semblable de saint André.

Saint Ambroise dans la préface qu’il a composée pour cet apôtre raconte ainsi sa légende en abrégé. « O Jésus, vous avez daigné manifester d’une manière admirable votre majesté à ceux que vous avez chargés de prêcher votre Trinité qui forme une seule divinité.. Parmi eux, c’est sur saint Barthélemy que vous avez daigné jeter les yeux pour l’envoyer prêcher un peuple éloigné. Aussi l’avez-vous orné de toutes sortes de vertus. Ce peuple, bien que séparé du reste du monde, vous a été acquis, et a été rapproché de vous par les mérites de la prédication de votre apôtre. De quelles louanges n’est pas digne cet homme merveilleux! Ce n’est pas assez pour lui de gagner à la foi les cœurs de ceux qui l’environnent; il vole plutôt qu’il ne marche vers les extrémités du monde habitées par les Indiens: Une multitude innombrable de malades le suit dans le temple du démon et, à l’instant ce père du mensonge ne donne plus de réponses. Oh! combien furent merveilleux les prodiges de sa vertu! Un sophiste veut argumenter contre lui; l’apôtre ordonne et le sophiste reste, muet et épuisé. La fille du roi que le démon tourmentait, il la délivre et la rend guérie à son père. Oh ! prodige de sainteté! il force le démon à réduire en poudre les idoles sous lesquelles l’antique ennemi du genre humain se faisait adorer. Il peut bien être compté dans l’armée du ciel celui auquel apparut un ange envoyé de la cour céleste afin de rendre un témoignage certain à la vérité! Cet ange montre, le démon enchaîné, et grave sur la pierre le signe de la croix qui a sauvé les hommes. Le roi et la reine sont baptisés avec leur peuplé, et les habitants de douze villes vous confessent de corps et de coeur. Enfin, sur la dénonciation des pontifes païens, un tyran, le frère de Polémius encore néophyte, fait battre de verges l’apôtre, et le fait écorcher et périr de la mort la plus atroce. » Le bienheureux Théodore (Cf. Anastase le Biblioth., t. III, p. 732), abbé et docteur, dit entre autres ces paroles, au sujet de saint Barthélemy : « L’apôtre Barthélemy prêcha premièrement en Lycaonie, ensuite dans l’Inde, enfin dans Albane, ville de la grande Arménie où il fut d’abord écorché et enfin décapité; il y fut aussi enseveli. Quand il reçut du Seigneur la mission de prêcher, je pense qu’il entendit qu’on lui adressait ces mots : « Mon disciple, va prêcher, va au combat : affronte les périls; j’ai achevé l’oeuvre de mon père; j’ai été témoin le premier; accomplis la tâche qui t’est imposée;  marche sur les pas de ton maître; donne sang pour sang, chair pour chair; endure ce que j’ai enduré pour toi dans ma passion. Que tes armes soient la bénignité au milieu de tes fatigues, et la douceur vis-à-vis des méchants, et la patience dans cette vie qui passe. » L’apôtre accepta, et comme un serviteur fidèle, il acquiesça à l’ordre de son Seigneur; il s’avance plein de joie comme la lumière du monde, afin d’éclairer ceux qui vivaient dans les ténèbres : c’est le sel de la terre qui conserve les peuples énervés; c’est le laboureur qui met la dernière main à la culture des cœurs. L’apôtre saint Pierre enseigne aussi les nations, saint Barthélemy en fait autant : Pierre opère de grands prodiges ; Barthélemy fait des miracles éclatants ; Pierre est crucifié la tête en bas ; Barthélemy, après avoir été écorché vif, est décapité. Autant Pierre conçoit de mystères, autant en pénètre Barthélemy. Il féconde l’Eglise comme le prince des apôtres; les grâces qu’ils ont reçues tous les deux se balancent. De même que la harpe produit des accords harmonieux, de même Barthélemy, qui tient le milieu dans le mystérieux nombre douze, s’accorde avec ceux qui le précèdent comme avec ceux qui le suivent pour produire des sons mélodieux au moyen de la parole divine.

Tous les apôtres, en se partageant l’univers, ont été établis les pasteurs du Roi des rois. L’Arménie qui s’étend de Ejulath jusqu’à Gabaoth est la partie qui lui échoit; aussi voyez-le se servir de sa langue comme d’un soc pour labourer le champ de l’esprit des hommes, dans les coeurs desquels il enfouit la parole de sa foi; il plante les jardins et les vignes du Seigneur; il greffe les remèdes qui guériront les passions de chacun; il extirpe les épines nuisibles, il coupe le bois de l’impiété; il entoure le dogme de défenses. Mais qu’ont-ils gagné pour l’offrir au Créateur ! Au lieu des honneurs, ils n’ont que déshonneur, au lieu. de bénédiction, malédiction, au lieu des récompenses, .des tourments; au lieu d’une vie de repos, la mort la plus amère: car après avoir subi des supplices intolérables, Barthélemy ;fut écorché par les impies comme s’ils avaient prétendu en faire un sac et après sa sortie de ce monde, il ne méprisa pas ceux qui l’avaient tué ; mais ceux qui se perdaient, il les attirait par des miracles, ceux qui étaient des adversaires, il les gagnait par des prodiges. Cependant il n’y avait rien qu’il n’employât pour calmer leur fureur aveugle, et pour les éloigner du mal. Or, comment se comportent-ils ensuite? Ils s’acharnent contre le corps du saint. Les malades méprisent celui qui les voulait guérir; les orphelins, celui qui les menait parla, main, les aveugles, leur conducteur, les naufragés, leur pilote, les morts, celui qui leur rendait la vie. Et comment cela? En jetant ce corps saint dans la mer. »

« Le flot poussa des rivages de l’Arménie le coffre où étaient les ossements du saint avec quatre autres coffres d’os de martyrs qui avaient été jetés aussi dans la mer. Pendant tout le trajet, les quatre coffres précédaient celui de l’apôtre auquel ils semblaient faire cortège. Ils abordèrent ainsi, auprès de la Sicile, dans une île appelée Lipari. Le prodige fut révélé à l’évêque d’Ostie qui se trouvait présent. Ce trésor inestimable vint dans un lieu très pauvre. Cette pierre des plus précieuses vint aborder sur un rocher ; cette lumière resplendissante se répandit dans un lieu obscur. Les quatre autres coffres allèrent dans différents pays et laissèrent le saint apôtre dans l’île citée plus-haut. En effet l’apôtre laissa les quatre martyrs par derrière et envoya l’un, savoir: Papinus, dans une ville de Sicile nommée Milas, un autre qui s’appelait Lucien, à Messine; les deux autres, il les fit aller dans la Calabre, savoir: Grégoire dans la cité de Colonne, et Achatius dans la cité de Chale où jusque aujourd’hui ils brillent par les faveurs qu’ils accordent. Le corps de saint Barthélemy fut reçu au chant des hymnes, au milieu des louanges ; on alla au-devant de lui avec des flambeaux, et on éleva en son honneur un temple magnifique. — Le mont Volcano, voisin de l’île, causait: des dommages aux habitants parce qu’il jetait du feu : il s’éloigna de sept stades sans qu’on le vît, et s’arrêta au milieu de la mer, en sorte qu’aujourd’hui encore on n’en aperçoit plus que comme l’apparence d’un feu qui s’échappe. Maintenant donc, salut, ô bienheureux des bienheureux! Trois fois heureux Barthélemy, qui êtes la splendeur de la lumière divine, le pêcheur de la sainte Eglise, l’homme habile à prendre les poissons doués de raison, le doux fruit du palmier vivace, l’exterminateur du diable occupé à blesser le monde par ses violences ! Gloire à vous, soleil qui éclairez tout ce qu’il y a sur la terre, bouche de Dieu, langue de feu qui répand la sagesse, fontaine intarissable de santé, qui avez sanctifié la mer dans votre course, qui avez, rougi la terre de la pourpre de votre sang, qui êtes monté aux cieux, où vous brillez dans l’armée divine, qui êtes environné d’un éclat, d’une gloire incorruptible; et qui nagez dans des transports d’un bonheur sans fin ! » (Théodore Studite, traduit par Anastase le Bibliothécaire.)

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