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Le Bloc-notes de Maxence Caron : « Psychopathologie de l’athéisme »

par admin, juin, 2020

Service Littéraire, numéro 138

Bloc-Notes de Maxence Caron (juin 2020) dans le Service Littéraire :
Psychopathologie de l’athéisme 

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Psychopathologie de l’athéisme

Qu’avec le charisme d’un bigorneau sans iode le premier d’entre les godichons puisse prononcer le Nom Sacré, que le premier venu puisse penser Dieu, voilà qui manifeste entre le contenant minuscule (l’homme) et le contenu infini (Dieu) une différence considérable. Et de cette immense distance entre les deux, le barycentre fondateur ne saurait se trouver du côté de l’homme : c’est de rigoureuse géométrie. Mais les lois du mos geometricus ne suffisent point au sens commun, qui a pour précis défaut d’être commun. Et c’est dans le relâchement, l’incertitude et l’approximation que se forge le dogmatisme du boniment athée. Essentiellement affectif, l’athéisme est le cadre permettant à un délabrement moral de justifier sa zone de confort et de poser, dans le grand vide présupposé, telle norme subjective comme légitimeL’athéisme naît d’une déception : celle de ne pouvoir changer l’Absolu (l’Absolu n’est soumis à rien, c’est pourquoi il s’appelle l’Absolu). L’athée ne pouvant faire Dieu à son image, il prend dès lors le parti d’affirmer, quand même, que Dieu est à l’image de l’homme, ce qui lui permet de proférer une dévalorisation générale du divin afin d’instaurer la relativité universelle et de répandre le système des idoles. Ces idoles sont chacune la métaphore d’une passion : par ce moyen l’athéisme établit le communautarisme des désirs individuels. Au milieu du torrent des passions idolâtres qui font autant de comités de défense de chaque pulsion, l’athée trouve une place pour celle qui le possède et qu’il préfère à la Vérité. « Il n’y a pas d’athées, il n’y a que des idolâtres, car l’athée reporte sur n’importe quoi d’autre que Dieu son indestructible notion de Dieu. » (Origène)

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Aussi est-ce à ton insu que tu sais. Lorsqu’un homme dit en effet quelque chose, lorsqu’il parle quotidiennement, il ne peut s’empêcher de dire Dieu – et simultanément en doute, s’en doute et ne s’en doute pas. Tu dis de la sorte telle chose (anodine ou sublime) mais, que ce soit pour dire l’heure, ton avis ou tes soupçons, ta parole juge d’une situation, elle pose une vérité, elle affirme quand même ce fût pour nier sa propre valeur. La parole est affirmation, et à l’origine adfirmatio signifie garantie. Quand tu affirmes effectivement telle proposition, tu affirmes, par le fait même, tout ce qui garantit l’absolu de ton affirmation. Or il n’y a qu’une réalité dont la concrète antécédence garantit la possibilité de l’absolu qu’implique ta parole et son adfirmatio, c’est la réalité de la présence de Dieu. Sans elle tu n’aurais pas même les mots pour mettre en cause son existence. Dieu se montre ainsi à la racine du langage et son existence se prend du sens même de toute affirmation vivante. Apprenons-le aux psychanalystes : il y a un inconscient mais par le dessus : Dieu. Il est l’Un conscient dont dépendent les discours du vieux monde moderne sur l’inconscient : quand la psychanalyse brandit la culasse comme origine du monde, son discours n’est possible que dans le cadre de l’Absolu dont la précédence non-consciente constitue toute parole. La réalité de Dieu excède et fonde la mienne jusqu’au cœur de l’acte d’énonciation. Dieu est pleine présence en la possibilité de chacune de nos phrases, quand même celles-ci se voulussent athées. C’est ainsi, malgré qu’en ait la mesquinerie nombreuse des gougnafiers particulaires.

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Tels sont athées parce qu’ils ne voient pas Dieu. Ils ne comprennent pas que, ne revêtant pas la structure des objets qudépendent de lui, Dieu n’est pas plus invisible que visible : il est la lumière incréée sans qui n’est nul regard. Nombreux sont ceux qui regardent Dieu comme ils aiment une vache, pour sa viandeson lait, et dans les bornes de leurs tripes. Finissent athées ceux qui ont aimé Dieu sous condition et pour la réussite de leur vie minuscule. Si Dieu ne s’inscrit pas dans le cercle nanisé de leurs désirs, ces gens inexistants disent que Dieu nexiste pas. Ils cherchaient une vache.

M. C.