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Nov 2020

Bossuet et le P. Renaud Silly sur Radio Notre-Dame

par admin

Le 26 novembre 2020 le père dominicain Renaud Silly répondait à l’invitation de Victor Loupan sur Radio Notre-Dame et parlait de l’oeuvre historique, philosophique et politique de Bossuet récemment parue aux Belles Lettres 

 

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Statue de Bossuet d’après Augustin Pajou

 

Nov 2020

Les derniers jours et les premiers

par admin
Evangile de saint Luc (XXI, 34)

 

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
« Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste 
comme un filet ; il s’abattra, en effet, sur tous les habitants de la terre entière.
Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous aurez la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. » 

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Nov 2020

« Les Grands Mystères de la Sagesse », l’admirable ouvrage de Renaud Silly o.p.

par admin

A paraître aux Belles Lettres, le puissant livre du P. Renaud Silly renouvelle profondément et totalement la théologie.

 

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Les Grands Mystères de la Sagesse

Proverbes de Salomon 8 & 9 dans la version des Septante

Les Hellènes raffinés de l’Alexandrie ptolémaïque ne se tendirent le miroir des « sagesses barbares » que pour y contempler le reflet fasciné de leur propre supériorité. Ils surent cependant convaincre les peuples entrant dans le vaste continuum de culture ouvert par les conquêtes d’Alexandre de leur présenter leurs traditions sous une forme agréable.
En tant que somme de la sagesse hébraïque traditionnelle, les Proverbes de Salomon avaient vocation à soutenir le rang que les Juifs hellénisés entendaient prendre dans la compétition du savoir. Des siècles avant Socrate, la sagesse n’y prononce-t-elle pas l’éloge de « ceux qui l’aiment » (Pr 8, 17) ? L’occasion était trop belle d’ériger Salomon en modèle de ceux qui professent la philo-sophie. En recueillant au profit des Juifs l’héritage de Platon, d’Aristote et de Pythagore, la Septante des Proverbes dévoile ainsi le motif de la traduction de la Bible en grec : défendre la sagesse d’Israël à la face des nations, dans une joute loyale et fraternelle.

 

Renaud Silly

Docteur en théologie (Fribourg), collaborateur de l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem, Renaud Silly est dominicain. Préfacier des Œuvres de Bossuet parues aux Belles Lettres, il dirige le Dictionnaire Jésus chez Bouquins, et intervient régulièrement pour le Figaro.

 

TABLE DES MATIÈRES

Introduction
Le problème de l’hypostase
Critique de l’alternative hypostase/attributs divins personnifiés
Vers un monothéisme religieux
Problèmes de méthode

Liste des abréviations pour les livres bibliques

PREMIÈRE PARTIE
PR 8, 1?21 LXX. PREMIER DISCOURS DE LA SAGESSE
Cadre de Pr 8?9 LXX : 8, 1?3
La sagesse et les rois – Près des portes des princes elle siège (8, 3a) ; C’est par moi que règnent les rois, Et que les princes écrivent la justice (8, 15).
La crainte du Seigneur hait l’injustice (8, 13) / la crainte de Dieu est le principe de la sagesse (9, 10)
Prudence et discernement – Préférez le discernement (????????) à l’or pur (8, 12c)
La Sagesse et l’amour
Récapitulation

DEUXIÈME PARTIE
PR 8, 21A-31 LXX. LE DISCOURS SACRÉ (????? ?????) DE SALOMON
Salomon héraut de la Sagesse – v. 8, 21A
Structure de Pr 8, 22?31 LXX
Étude exégétique de Pr 8, 22?31 LXX
Récapitulation

TROISIÈME PARTIE
PR 9, 1?11 LXX. LE BANQUET MYSTIQUE DE LA SAGESSE
Plan de Pr 9 LXX
La sagesse en sa demeure – la Sagesse s’est bâtie une maison, elle a dressé sept colonnes (9, 1 LXX)
Banquet sacrificiel de la Sagesse – 9, 2?3 LXX
Annexes
Récapitulation

QUATRIÈME PARTIE
PR 9, 12?18D LXX. CONTRE-INITIATION MYSTÉRIQUE
Femmes infernales de Pr LXX – une recomposition systématique
Additions de Pr 9, 12 & 18
Enjeu de l’eschatologie des additions de Pr 9 LXX

Annexes
Récapitulation

Conclusion générale
Les grands mystères de la Sagesse
Monothéisme
Le judaïsme comme école philosophique
Témoignage de Pr 8?9 sur la LXX
Pr 8?9 LXX – une œuvre hellénique

Annexe 1. Établissement et édition du texte de Pr 8?9 LXX

Bibliographie
Index des noms propres
Index de la Bible
Index des auteurs grecs et latins
Index des auteurs juifs d’époque hellénistique et romaine
Index des Pères de l’Église
Index des sources archéologiques
Table des illustrations

Nov 2020

« Bossuet, un Homère biblique » : le Père Renaud Silly invité par Storiavoce

par admin

Voir ici le site de l’émission

Nov 2020

Bloc-Notes de Maxence Caron : « Ils sont morts depuis le commencement »

par admin

Service Littéraire, numéro 142

Bloc-Notes de Maxence Caron (novembre 2020) dans le Service Littéraire :
Ils sont morts depuis le commencement 

 

Brueghel, Ivrogne couvant un oeuf

(Brueghel, Ivrogne couvant un oeuf)

Ils sont morts depuis le commencement

 

Ô combien est émouvante, et combien belle, l’ambition de l’écrivain contemporain ! Il ne travaille que dans le dessein de mettre en rumeur ce qui constitue à ses yeux le monde entier, à savoir sa bonniche, trois journalistes et un arrondissement. Vulgivague par nature et par goût, il présente ainsi partout aux notables et aux assis qui lui sont utiles, des respects qui tiennent de la bassesse quand ils ne sont pas déjà de la corruption. Il s’abaisse dans l’espoir qu’on se jette à ses pieds. Il s’humilie à un petit nombre de vieux verrats dans l’espoir qu’au grand nombre des pourceaux l’on permette de l’aimer : combien de carrières reconnaît-on là. De tels « auteurs », aussi nombreux que la quasi-totalité, sont faits pour les tourbeuses odeurs de la gloire sociale. Ils sont faits pour la renommée comme un pot de chambre pour ce qui doit le remplir ; et une oligarchie de jurés étroniformes, de pourvoyeurs de prix, d’articliers illettrés et d’excitateurs putains sont là pour garantir qu’ils en soient remplis jusqu’au bord.

*

Beaucoup d’écrivains en activité sont déjà des cadavres, ils sont morts depuis le commencement : de beaucoup d’encriards aujourd’hui célèbres et dont l’existence est totalement morte, l’on peut ainsi se dire, d’une certaine manière, qu’ils ont été lus pendant leur vie donc après leur mort. Tous ces cadavres écrivent, et d’aucuns archi-décharnés parmi ces squelettes se font un mausolée compensatoire de la vacuité interstitielle qui leur est entre les os : ils démultiplient ainsi les publications interchangeables comme on lancerait des fioles vides parmi les foules, et afin de faire oublier qu’ils ne sont et n’ont jamais été qu’ampoules venteuses. Des mausolées d’exemplaires vacueux… Le lendemain du décès, il n’y aura plus même évidemment un souvenir pour ces riens. Paradoxalement, les lecteurs d’un Marcel Onfray seront finalement venus sur sa tombe plus souvent de son vivant qu’après sa mort.

*

En écrivant à Timothée (I Tm IV, 1) Saint Paul fait description prophétique du féminisme « végan ». Car « l’Esprit Saint dit clairement que dans les derniers temps certains abandonneront la vérité pour s’attacher à des doctrines diaboliques, séduits par d’hypocrites imposteurs : ces gens-là interdiront le mariage et l’usage alimentaire d’animaux que Dieu a créés pour être pris avec action de grâces ».

*

Écrivains de père en fils, éditeurs de père en fils, journalistes de père en fils, etc. Tous écornifleurs par clan ou par un industrieux dispositif népotique, tous accroupis sur la joyeuse présupposition d’un déterminisme génétique, d’un ordre désoxyribonucléique, d’une nomenklatura chromosomique, ils s’échangent ainsi des indulgences en vue d’un paradis sans Dieu dont ils sont les seuls astres régents et directeurs. Tous ces minuscules diadoques se prennent pour des Olympiens, et sont à l’image de ces révolutionnaires qui ont aboli la primogéniture des rois afin d’une assemblée dite nationale où ils pussent se faire députés de père en fils. Leur objectif ? L’érection d’un nouveau système absolutiste. Leur intérêt ? Se prémunir absolument contre les conséquences de leur endémique et propre absence de talent. Au sein de cet endogame Système du Nouvel Ordre Bourgeois (acronyme : le snob, mot lui-même issu du latin sine nobilitate, sans noblesse) où la consanguinité d’une sève croupie ne permet cependant guère de chercher autrement qu’en vain quelque valide prince du sang – au sein, donc, de ce nouvel ordre, la domination systématique de ces sempiternels fins-de-race, et la légale illégitimité de leur légisme, ne laissent guère l’espoir qu’on en soit jamais débarrassé : ils reviennent, et ils reviennent, sans même essayer l’élégance d’être discret. Qui voudra entrer dans cette congénitale camarilla devra désapprendre la dignité, et prostituer sa conscience à plus funeste que la flatterie.

Maxence Caron

 

Oct 2020

Bossuet : Parution des « Oeuvres historiques, philosophiques et politiques »

par admin

PARUTION DU PLUS GRAND ENSEMBLE D’OEUVRES DE BOSSUET DEPUIS 150 ANS, DONT LA PLUPART ÉTAIENT INTROUVABLES

OEUVRES HISTORIQUES, PHILOSOPHIQUES ET POLITIQUES

Précédées de l’Histoire de Bossuet, par le Cardinal de Bausset

Texte établi par Maxence Caron

Préface de Renaud Silly o.p.

Les Belles Lettres — Coffret de 2 volumes — LXII + 3868 pages

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« Dans l’ordre des écrivains, je ne vois personne au-dessus de Bossuet. »
Paul Valéry

 

« C’est un Homère biblique. Le jour où par bonheur je rencontrai Bossuet, il me sembla que le voile du Temple se déchirait du haut en bas et que je voyais les dieux marcher. Bossuet est la plus grande parole de l’univers chrétien et le meilleur conseiller des princes. »
Napoléon

 

« C’est plus beau que tous les écrivains de ce grand siècle qui en a produit de si grands. »
George Sand

 

« Quelle merveille que cette vie et que cette œuvre ! Pas un discours et pas un livre de Bossuet qui n’ait été d’utilité publique. Personne ne fut plus exempt de tout amour-propre d’auteur que cet écrivain si grand entre les plus grands. »
Jules Lemaître

 

« Bossuet est le grand maître de la prose française. Si un seul livre de toute notre littérature devait subsister pour témoigner devant le monde de ce que furent la langue et l’esprit français, ce serait l’Histoire des variations que je choisirais. »
Paul Claudel

 

 

TABLE DES MATIÈRES
TOME I
Sainteté de Bossuet, préface de Renaud Silly o.p.
Avant-propos de Maxence Caron
Histoire de Bossuet, par le Cardinal de Bausset
Défense de la tradition et des saints pères
Histoire des variations des églises protestantes

 

TOME II
Avertissements à Jurieu
Défense de l’Histoire des variations
Explication de la Messe à un nouveau catholique
Instructions pastorales
De l’instruction de Monseigneur le Dauphin
Politique tirée de l’Écriture sainte
Discours sur l’histoire universelle
Relation sur le quiétisme
Avertissement aux protestants sur leur prétendu accomplissement des prophéties
Abrégé de l’Apocalypse
Traduction et commentaire du livre de l’Apocalypse
Explication de la prophétie d’Isaïe

 

Présentation

Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704) est un si puissant génie que le siècle de Louis XIV le considéra comme l’ultime père de l’Église. Universaliste au vrai sens, et plaçant la recherche de la Vérité au-dessus de tout, sa pensée est exactement le contraire de tout ce que, de nos jours, l’homme moyen considère comme évident. Détenteur d’arguments irréfutables qui, en un verbe d’une force jamais vue et un cinglant humour, mettent à bas, sans effort et avec plusieurs siècles d’avance, les obsolètes et maigrelettes bases de notre « nouveau » monde, l’œuvre de Bossuet est un cauchemar pour l’idéologie et le bien-pensant. Elle brandit la beauté comme un enfer pour le moderne. De nombreux chefs-d’œuvre étaient donc introuvables – depuis plus d’un siècle.
Toutes précédées d’introductions historiques et critiques, ces Œuvres historiques, philosophiques et politiques sont préfacées par le frère dominicain Renaud Silly, docteur en théologie, collaborateur de l’École biblique et archéologique de Jérusalem. Aucune grande biographie contemporaine n’ayant été consacrée à Bossuet, nous avons inclus ici la vaste et magistrale Histoire de Bossuet écrite par le Cardinal de Bausset : abondamment documenté, ce grand livre, qui était devenu rare, demeure un modèle de recherche, de précision et d’élégance.

 

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Oct 2020

Bloc-Notes de Maxence Caron : « Le twittosophe est aux cabinets »

par admin

Service Littéraire, numéro 141

Bloc-Notes de Maxence Caron (octobre 2020) dans le Service Littéraire :
Le twittosophe est aux cabinets 

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Le twittosophe est aux cabinets

 

Un écrivain n’agit point à déplorer des calamités pour se donner quelque occasion de médire, mais à regarder quelque fait dont le seul récit laisse assez voir l’abomination – puis le symptôme, et le sens. Il y a là tout Balzac, Shakespeare et Saint-Simon.

*

Oyez, oyez ! le twittosophe est aux cabinets (cf. R. Enthoven, Le temps gagné). Ne voir dans l’hémorragie psycho-affective d’Enthoven junior que la décompensation d’un refoulé quadridécennal qui fait papa dans sa culotte, serait médire par omission, car profondément réducteur. On oublierait de signaler certes le raffinement qui conduit l’élégance naturelle d’un si grand homme à décrire, tout pétri d’une empirique suavité, ses moments éblouis de villégiature aux latrines. Parmi tout ce qui sort de lui, il n’y a pas que ses phrases coites et sans style qui fascinent Enthoven fils. Entre les grégaires témoignages stercoraux de sa stagnation au stade sadique-anal, dont il ne sortira pas, et les cris que pousse son inexpugnable aigreur envers le phallus, auquel il n’atteindra jamais, la basse comptine ombilicale publiée par le journaliste nous rappelle ceci d’endémique et général : que celui qui se fait aujourd’hui appeler « philosophe » est toujours le spécimen d’une gent d’hommes lâche et bestiale, qui savent à peine distinguer par raison s’ils sont des bêtes ou des hommes. C’est toujours l’effet de l’erreur de se contredire soi-même : malgré les violentes sinusoïdes de son sadisme souriant, l’hystérie implore amour et reconnaissance. Aussi, de toute sa chie-en-lit l’auteur affectera de s’avouer prévenu lui-même, car il entend qu’on le lise avec de favorables préventions : il se sait un si bon gré de n’être que soi… Est-il grand celui qui suscite un instant l’alacrité des sots ! Si les hommes n’avaient l’esprit contrefait, ils n’iraient pas à tel qui aime qu’on l’aime et qui partout se montre, poursuivant pour qu’on le suive.

*

Il fût vain d’attendre que nous citassions ce qu’en un siècle où tous les monstres croient avoir droit de se produire, ce malheureux ne s’est pas senti ridicule de répéter cent fois. Mes premières lignes ici ont dit le but : l’art poétique propre à l’observation pensante sait prononcer un propos impérissable sur des objets (sur des livres) qui ne le sont pas. L’art éthique et poétique de toute intervention littéraire est illimité. Et cette loi de la littérature se trouve dans la Bible : « Dieu dit : Fils d’homme, je fais de toi un veilleur pour Israël. Lorsque tu sauras ma parole, tu les avertiras. Si à celui qui choit tu ne dis pas que je le ferai mourir, si tu n’avertis pas cet homme mauvais ni ne lui dis d’abandonner sa conduite, lui, qui est mauvais, mourra de sa faute, et à toi je demanderai compte de son sang. » (Ezéchiel 33, 7)

*

La France est un pays si rongé de passions sordides et d’ambitions infertiles qu’il est le seul où soit naturellement impossible que « la Presse » exerce le moindre contre-pouvoir. Les hommes politiques sont un bétail répugnant et lascif, mais les journalistes ne sont que des hommes politiques de race inférieure.

*

L’athéisme n’est autre que le rêve que fait l’immoralité. L’être est, et c’est le plus petit dénominateur pensable, l’universelle précédence, ce dont dépend toute possible pensée, et la pensée même qui voudrait nier que l’être fût. Mais l’invincible regard de l’Universel est insupportable à la lâcheté des débauches : avec la même ténacité qu’elles mettent à l’entretien de leur périmètre de crampe hédoniste elles chassent l’œil de Dieu et voudraient s’en cacher. Mais l’être est et son regard perce la tombe où le petit-bourgeois planétaire règne et ribote. L’inexistence de Dieu n’existait pas, il lui a donc fallu l’inventer. L’athéisme est le rêve que fait l’immoralité. Elle est prête à tout pour lui car elle est prête à tout pour soi.

Maxence Caron

Sep 2020

Bloc-notes de Maxence Caron : « La vie d’Adèle van Ordinaire »

par admin

Service Littéraire, numéro 140

Bloc-Notes de Maxence Caron (septembre 2020) dans le Service Littéraire :
La vie d’Adèle van Ordinaire 

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La vie d’Adèle van Ordinaire

 

De quel art la religion du narcissisme primaire est-il capable ? Rien. Et si l’histoire littéraire retient quelque chose des femmes, à qui furent dès toujours confiées la connaissance et la transmission des arts, ce sera, donc, qu’après avoir été honteusement stériles elles devinrent tristement fécondes. Cette assemblée de blattes précambriennes est en effet extrêmement plus morte qu’un sénat de fossiles, et s’essaie à cet absolu tellement sien : le style quotidien, pour âmes quotidiennes. Rien de tel qu’un livre femelle pour que, face à la systématique absence de toute grandeur et devant « ce style coulant cher au bourgeois » (Baudelaire), les mots désolés de Laforgue nous reviennent : « Ah ! que la vie est quotidienne… » De ce phénomène Gallimard publie un spécimen mais qui, encore plus infundibuliforme que ses habituels fourbis, revendique cette fois-ci, lustre et illustre sa nullité. La lavure s’intitule La vie ordinaire, d’une certaine Adèle van Reeth. Plusieurs titres étaient possibles : « La vie d’Adèle » par Ordinaire van Reeth ? « La vie de van Reeth » par Adèle Ordinaire ? On ne savait pas bien. Il fallait la décision d’un vrai chef. Les commerciaux de la rue de l’Annuaire par conséquent tranchèrent, et pour la grande cause : celle du public, qui jamais s’élever ne doit, mais toujours gésir parmi soi, auto-divinisé et dépressif. Il fallait que le titre dît au lecteur que le livre était comme lui : stupide, vitulaire, mort et satisfait. Il fallait que l’intitulé montrât la communion préétablie entre la nullité de l’auteur et celle de la badaudaille. « Venez, imbéciles, je suis comme vous ! » criait Adèle dans l’œuvre de sa vie. Ainsi, pour cette œuvre qui n’était ni belle ni originale ni singulière, et qui participait du combat planétaire de lamineux aplatissage de l’intelligence et de lumineuse extermination du langage, le titre, miroir de ses entrailles, était trouvé : La vie ordinaire. Un livre résolument écrit à la première personne ! mais laquelle ? De toutes les destinées la plus implacable est celle d’interchangeable.

Baquetant ainsi dans les inestimables trivialités de son « ressenti », Adèle van Ordinaire parle de la vie et déduit l’ordinaire de ses avis : un « livre » est né. Bien plus qu’un livre : un paradigme. Oui ! Tandis que Balzac s’épuisait à décrire les manifestations du néant, l’éditeur fait beaucoup mieux : d’un même geste il découvre au néant un archétype et lui donne un corps éditorial. Il ne s’agit donc plus de fabriquer un objet impérissable, qui n’existe pas encore, et à partir de ce qui semble inaccessible ou impossible – définition même de l’œuvre d’art –, mais de faire du néant à partir du nul, du vide avec de l’inconsistant. Voilà l’éblouissante botte de l’éditeur arriéré qui, tel un eunuque érectile, court à l’abîme tout convaincu d’être révolutionnaire. Dès lors paraît, coprolithe chu d’un désastre très clair, la triviale vie d’Adèle van Ordinaire. Se lave-t-on jamais d’avoir mis sa main dans celle de la bêtise ? La question n’est pas apparue à l’auteuresse. Mme van Ordinaire fait preuve d’une exhaustive pénurie de pensée, et dans son indigence l’ambitieuse illettrée invite à sa suite tous les troupeaux du monde à paître dans le vide pour n’avoir plus jamais faim. Si vous fréquentez les trottoirs demi-culturels habituez-vous à l’y croiser : il y a aujourd’hui identité de boniments pour vanter la panacée et le bas-bleu plissé. Héritière aspirituelle d’une longue lignée de suffragettes subventionnées et d’écrivassières de sang rassis, vous n’avez pas fini de l’entendre partout ne rien dire à tue-tête. « Le peuple est bête, pue et crache partout » (J. Renard) et il fait aussi des livres. Pour la majorité, mondaine, parvenir à un certain mode d’existence, suppose que l’on écrive des « livres » ; pour quelques-uns seuls, parvenir à écrire un livre suppose que l’on s’astreigne à un certain mode d’existence. Afin de venir au monde toute grande œuvre d’art requiert la force d’un moine. Or, il y a dans la modernasserie une sorte de contrat délusoire entre l’homme et le sort, où en vertu de telle confabulation, l’on se fait accroire qu’en enfonçant continûment dans le sort il se peut probablement qu’on en sorte. Se forme là l’obstination du vulgaire, qui écrit pour « se raconter » tout en rêvant qu’il en viendra autre chose que du vulgaire. Et c’est là toute l’avide et toute la vide et toute la vie d’Adèle van Ordinaire.

Maxence Caron