Décès de Jean-François Marquet

Jean-François Marquet est mort à Tours le 19 mars 2017.

Son dernier livre, Chapitres, est paru il y a cinq semaines aux Belles Lettres. L’avant-propos s’achevait par ses mots, les derniers qu’écrivit l’auteur :

« Avant de quitter cet ouvrage, le dernier, sans doute, que nous proposerons au public, nous voudrions aussi remercier les lecteurs et les auditeurs qui, depuis plus d’un demi-siècle, ont bien voulu nous conserver leur attention et dont certains sont devenus des amis. Peut-être auront-ils remarqué, à travers tous ces textes, une orientation, d’abord tâtonnante, puis de plus en plus consciente vers une étoile unique que nous appelons Singularité. A défaut d’autre mérite, cette aimantation donne à notre humble vie un axe et une certaine cohérence. Et nunc dimittis servum tuum, Domine. »

« Nous vivons avec ce qu’ont pensé et avec ce qu’ont senti les morts, mais ce qu’ils ont été singulièrement, cela demeure absolument dérobé. »

J.-F. Marquet

Parution de « Chapitres », un grand ouvrage de Jean-François Marquet

« Avant de quitter cet ouvrage, le dernier, sans doute, que nous proposerons au public, nous voudrions aussi remercier les lecteurs et les auditeurs qui, depuis plus d’un demi-siècle, ont bien voulu nous conserver leur attention et dont certains sont devenus des amis. Peut-être auront-ils remarqué, à travers tous ces textes, une orientation, d’abord tâtonnante, puis de plus en plus consciente vers une étoile unique que nous appelons Singularité. A défaut d’autre mérite, cette aimantation donne à notre humble vie un axe et une certaine cohérence. Et nunc dimittis servum tuum, Domine. »

Jean-François Marquet

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Chapitres, Belles Lettres, 472 p.

« Jean-François Marquet est l’auteur d’une œuvre inclassable, aussi érudite qu’élégante, aussi puissante qu’inexplicablement claire, dont le propos aristocratique et rare fait résonner, à l’époque même des spécialistes exorables et patauds, le timbre d’une voix d’exception. Chapitres est le dernier livre et le testament d’un pèlerinage pensant commencé il y a près de soixante ans. En l’origine latine de son étymologie le « chapitre », qui se dit capitulum, désigne la tête, et plus précisément l’homme de tête ou l’individualité, autrement dit la singularité, thème majeur de la pensée de Marquet, mais le capitulum, et cette signification est ici indissociable de la précédente, dit également le chapiteau dans la langue des architectes, et le capitulum désigne la tête ornée sur quoi repose la partie supérieure de l’édifice. Dans les trente-deux chapitres que réunit le somptueux jeu d’écho dont est constituée l’architecture de ce livre, Jean-François Marquet récapitule ainsi en un ultime ouvrage les singularités capitulaires dont les figures accompagnèrent sa méditation ininterrompue: de Pascal à Schelling, de Schopenhauer à Heidegger, de Dante à Bergson, de la thématique trinitaire à celle de la fin de la philosophie, ces récapitulations soutiennent au-dessus d’elles-mêmes le dôme d’une Histoire posée sur le pensif chapiteau des siècles.

Le caractère imperturbable et souverain du regard et de la pensée de Jean-François Marquet, la limpidité de son langage cependant au constant contact de l’exigence verbale des réalités les plus fondamentales, font de chacune de ses pages un chemin vers l’essentiel dans la grâce des phrases les plus pures et des références les plus heureuses – où l’on voit la complexité d’une phrase de Hegel soudainement éclairée par un alexandrin de Verlaine. L’œuvre de Jean-François Marquet cultive la singularité: décalage et paradoxe, elle se détache par nature de l’institution au milieu de laquelle elle est née ainsi que de tous ces codes dont ne cesse de se jouer la sereine marginalité d’un auteur inclassable. Refusant la stérilité des morcelantes cloisons entre la littérature, la théosophie, l’art et la philosophie, il a créé une lumière dont la teneur permet un éclairage ouvrant l’histoire en chacune, singulière, de ses hautes figures. C’est en effet la rougeoyante lumière du couchant, cette lueur testamentaire que comporte encore le jour, qui éclaire le plus vivement un paysage: et c’est ainsi la lumière du crépuscule qui éclaire chacun de ces Chapitres dont ici se tisse un destin qui fut le nôtre. »

Maxence Caron

*

Table des matières

I. SCHELLING ET LES MÉTAMORPHOSES DE L’HISTOIRE
II. FRIEDRICH WILHELM JOSEPH VON SCHELLING
III. CORPS ET SUBJECTIVITÉ CHEZ CLAUDE BRUAIRE
IV. PASCAL ET LEQUIER OU L’ENJEU DES JEUX DE DIEU
V. RAVAISSON ET LES DEUX PÔLES DE L’IDENTITÉ
VI. LA MORALE DE LA MÉTAPHYSIQUE
VII. LA PHILOSOPHIE DE SCHELLING
VIII. GILBERT SIMONDON ET LA PENSÉE DE L’INDIVIDUATION
IX. SUBJECTIVITÉ ET ABSOLU DANS LES PREMIERS ÉCRITS DE SCHELLING (1794-1801)
X. MAINE DE BIRAN ET SES CONVERSIONS
XI. SCHELLING. DU PROCESSUS NATUREL AU PROCESSUS MYTHOLOGIQUE
XII. L’INDIVIDU CHEZ NIETZSCHE : DÉCADENCE ET RÉCAPITULATION
XIII. DANTE DANS L’IDÉALISME ALLEMAND
XIV. SCHELLING ET LE DÉNOUEMENT DE LA PHILOSOPHIE
XV. DURÉE BERGSONIENNE ET TEMPORALITÉ
XVI. HENRY CORBIN ET LA « SCIENCE DE L’UNIQUE »
XVII. « UNE ÉTRANGE SORTE D’HUMANISME » (HEIDEGGER)
XVIII. LES FIGURES DU CONFLIT DANS LA PHÉNOMÉNOLOGIE DE L’ESPRIT DE HEGEL
XIX. QUINZE REGARDS SUR LA MÉTAPHYSIQUE DANS LE DESTIN DE L’HISTOIRE DE L’ÊTRE
XX. L’ÊTRE ET LE DIEU. NOTES SUR QUELQUES POINTS DE LA SEYNSGESCHICHTE DE HEIDEGGER
XXI. ABSOLU ET SAVOIR DE L’ABSOLU DANS LA DERNIÈRE PHILOSOPHIE DE FICHTE
XXII. SCHOPENHAUER ET LE PRINCIPE DE RAISON
XXIII. BERGSON, L’AXE ET LE CERCLE
XXIV. HEGEL ET LE SYLLOGISME DE L’HISTOIRE
XXV. LE MYSTÈRE DE LA TRINITÉ DANS L’IDÉALISME ALLEMAND
XXVI. LIBERTÉ ET COMMENCEMENT
XXVII. KANT ET L’OBJET DE LA MÉTAPHYSIQUE AVANT LA CRITIQUE DE LA RAISON PURE
XXVIII. LA MÉTAPHYSIQUE AU SINGULIER
XXIX. SCHELLING EN 1809 : LA FREIHEITSSCHRIFT ET L’INFLUENCE DE FRANZ VON BAADER
XXX. L’ARTICULATION DES PERSONNES DANS LA PENSÉE DE FRANZ ROSENZWEIG
XXXI. BERGSON ET LA MORALE DU « BON SENS »
XXXII. Y A-T-IL UN FIL DIRECTEUR DE L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE MODERNE ?

« Exercices » : le nouveau livre de Jean-François Marquet

« Professeur émérite à l’université de Paris-Sorbonne, l’auteur, depuis plus d’un demi-siècle, a poursuivi des recherches dans différents champs — la métaphysique allemande, le rapport philosophie/littérature, la gnose et la mystique chrétienne. Ces travaux ont été recueillis jadis et naguère dans différents recueils thématiques. Mais plus important peut-être que les « champs », il y a le chemin sinueux qui les traverse, les relie, et assez souvent s’en écarte, sans jamais cesser d’être secrètement orienté par une unique étoile dont le nom philosophique pourrait bien être « singularité ».

Les textes composant ce recueil représentent autant de bornes et d’étapes sur ce « sentier de pensée », avec notamment l’ensemble des études consacrées par l’auteur à la philosophie française. Le lecteur bénévole est amicalement invité à suivre ce parcours et, si tel est son plaisir, à en dégager le fil. » [Présentation de l’éditeur]

Se procurer l’ouvrage : Jean-François Marquet, Exercices, Paris, Editions du Cerf, 210 pages, 2010.

Table des matières :

Avant-propos

1. La raison en son fond

2. Témoignage et testament

3. Schelling au travail Continuer à lire « « Exercices » : le nouveau livre de Jean-François Marquet »

Philosophies du secret : Jean-François Marquet sur France Culture

Jean-François Marquet sur France Culture :

Tandis que paraît ces jours-ci le nouveau livre de Jean-François Marquet, Exercices, nous redécouvrons l’entretien que le philosophe avait accordé à France Culture lors de la sortie, en 2007, de l’une de ses œuvres, Philosophies du secret, méditant la gnose et la mystique chrétiennes du XVIème au XIXème siècles. Une occasion d’écouter la parole de celui que Maxence Caron considère comme le seul et dernier grand philosophe vivant :

« Connu d’un restreint cercle de réels amoureux de la pensée et de la beauté, la sagesse littéraire de Jean-François Marquet le fait évoluer bien au-delà des modes et des courants : absent à toute idéologie, épris de cet essentiel qu’il nomme le Singulier, Jean-François Marquet, dans la concision d’un style lumineux et serein, et en tout admirable, éclaire la totalité des âges et lui donne appui au crépuscule d’une histoire dont le sens est de n’avoir de cesse qu’elle ait à soi-même formulée avoir fait son temps : l’œuvre de Marquet est à la recherche de ce temps perdu où la pensée disait la singularité jusqu’à faire événement. Ici le philosophe regarde partout dans le temps les percées de la grâce prévenante d’où la pensée et l’art sont suscités. Du tableau qu’est sa propre vie, humble et cachée, menée par le grand homme dans le silence et loin des luttes de pouvoir où confiné l’on se moleste impensif à renfort de nœuds papillons, du tableau d’une existence dévouée toute à la recherche de la vérité et au séjour dans la beauté, apparaissent les somptueuses couleurs  par rapport à quoi surprend le contraste infligé par les répandus, générales et grandiloquentes médiocrités de ces grands et officiels indigents qui triomphent au bac à sable de l’opinion commune. Marquet n’est pas de ceux que l’on clame sur la place du marché : c’est un auteur rare et dont inextinguible est l’œuvre. »

(Maxence Caron, extrait d’un récent entretien)

Se procurer l’œuvre : Jean-François Marquet, Philosophies du secret, Paris, Editions du Cerf, 400 p., 2007.

Quatrième de couverture :

« Sous la surface ordonnée de la philosophie et de la théologie classiques court depuis la Renaissance une parole plus secrète, mythique, mystique, qui est comme leur inconscient le plus souvent refoulé, mais revenant parfois éclater en pleine lumière.

Souvent ce discours Continuer à lire « Philosophies du secret : Jean-François Marquet sur France Culture »

Jean-François Marquet, Maître des Lettres et de la pensée.

A l’occasion de la sortie, ce mois d’août au Cerf, du nouvel et superbe ouvrage de Jean-François Marquet, Exercices, recueil, en un premier volume, des nombreux textes écrits tout au long de son itinéraire de pensée, nous pouvons ci-dessus voir une vidéo du grand écrivain et maître philosophe, ainsi qu’écouter ci-dessous l’hommage que Maxence Caron lui a consacré.