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Nov 2019

Le Bloc-Notes de Maxence Caron, nov. 2019 : « Zelig ou la pensée de Woody Allen »

par admin

Service Littéraire, numéro 133

Bloc-Notes de novembre 2019 :
Zelig ou la pensée de Woody Allen.

 

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Zelig ou la pensée de Woody Allen

 

Woody Allen est un écrivain à qui le cinéma est survenu : il y trouve la possibilité de mettre en scène une parole. L’unité obtenue est un modèle d’équilibre et manifeste une pensée dont le célèbre et magistral Zelig de 1983 constitue un véritable précis. Zelig est le patronyme du personnage central de ce film que W. Allen présente drolatiquement comme un documentaire. Ce Léonard Zelig, joué par W. Allen, a un don : quand il craint de n’être pas aimé ou accepté par les communautés qu’il fréquente, il peut prendre les caractéristiques physiques des gens au milieu desquels il se trouve. C’est un homme-caméléon. « Léonard Zelig l’homme-caméléon » : ces mots fonctionnant dans le film comme un refrain, il faut entrer dans cette scansion que l’auteur même présente instamment. Zelig est un nom germanique (nota : le patronyme de W. Allen est Königsberg et sa mère est autrichienne). Léonard, soit Leon(h)ardt signifie : fort comme un lion. Et zelig, ou selig, veut dire serein. Leon(h)ardt Selig « the cameleon-man »… : le mot grec khamai qui compose « caméléon » désigne ce qui est assis à terre et ne bouge pas, avec le propos de se rendre invisible. Le khamai léôn désigne ainsi un lion blotti et qui se cache, se fait petit : l’homme-caméléon Zelig est l’union de ces propriétés, il est « caméléonard », ou, en son équation développée, khamai Leon-(h)ardt : c’est quand il est à terre, mêlé au paysage, fondu en lui et confondu avec l’extériorité, c’est quand il disparaît et ne fait plus qu’un avec l’altérité, c’est là qu’invisible (khamai), à la fois soi et toute chose, il acquiert sa force (hardt), son identité, c’est là que « fort comme un lion » (Leon-(h)ardt), il coïncide avec son prénom : Léonard. Et cette force acquise dans le refus de la force comme dans le déni d’identité, est conquête de sa propre paix, en allemand la Seligkeit de celui qui est selig et a ainsi pour nom Zelig. Le Caméléon Léonard Zelig est ainsi celui qui a pleine force en s’évaporant, qui trouve le sceptre ou la puissance de la royauté individuelle (Leon-hardt) en restant discrètement à couvert (khamai), paradoxe de con-fusion où, en contournant le stade du miroir et se voyant toujours autre, il découvre sa paix : zelig.

*

Lors donc qu’une fois sous hypnose le psychiatre demande à Zelig pourquoi il change d’apparence, il répond : pour être en sécurité, pour être aimé. C’est là l’universel résultat que la fantasmagorie de toute l’humanité apporte réactionnellement à sa pandémique inquiétude. Et ce résultat, la mascarade dont le cas Zelig est la déclinaison à la fois la plus docile et la plus acharnée, est une extrapolation de la situation de la personne humaine parmi les faux-semblants qu’exige la vie en société. Tous mettent des masques et tous mentent dès qu’ils sont pris dans l’inhumain réseau des relations humaines. Seulement voilà : Zelig ne ment pas plus que les autres, mais il ment mieux, dans tous les sens du terme : il ment sans nuire et sans mal. Là où le jeu social fait de gros dégâts, Zelig ment pour ne pas en faire ; quand tous mentent pour gagner quelque chose sur le dos de quelqu’un, Zelig, lui, mène une action infiniment plus belle : car, au jeu de la mascarade et du mensonge généralisés, par sa détermination et sa réussite, Zelig est imbattable et véridique, tandis que, par sa vertu et son désintéressement, il ne prend aucune part aux basses ambitions du monde. Jamais Zelig ne nuit à personne, au contraire il met des masques pour tisser ce qu’effrange l’individualisme socio-mondain. Il est un succès de l’intelligence autant qu’un triomphe moral. Zelig n’utilise les masques dont avec une agilité magique ses métamorphoses se revêtent, que parce que dans le but de se cacher, il se montre multiplement ; à l’inverse, la vie sociale est un contrat passé entre des hommes qui, afin de se montrer, ne cessent de se cacher. Ils sont duplices et rusés, ils veulent l’emporter en n’affichant qu’une seule image, lisse et travaillée. Zelig ne veut rien de ce que procure l’ambition, il veut la gratuité, la seule joie d’être. Les métamorphoses du caméléon Zelig bouleversent ainsi la société des hommes : la visible invisibilité (khamai) du métamorphe que son humilité devant l’existence pacifie (selig) et rend fort comme un lion (leon-hardt), afflige la société humaine en lui tendant ainsi le reflet de la polymorphe absurdité de ses totems et de ses masques – alors que la cohérente substance de l’honnête Zelig, loin de s’y disloquer, s’y maintient, et, tout en se jouant des apparences, prononce à leur endroit une condamnation aussi effective que silencieuse.

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Cette ridiculisation du mensonge est le cœur de l’œuvre de W. Allen. Elle établit à elle seule, en profondeur, l’innocence de l’artiste octogénaire qu’ose accuser une grossière convention de tribunaux gynomanes. Car au pays de McCarthy, un comité de saletés publiques persécute l’auteur de Blue Jasmine. Que valent les appels à la vertu punitive proférés par une nation qui critique l’apartheid sud-africain tout en le pratiquant chez soi. Patrimonialement hypocrites, les Américains ne peuvent accueillir Zelig, cet homme qui sait à l’infini l’art des apparences mais sans jamais être immoral ni faux : il leur est nécessaire que Zelig soit coupable afin que Tartuffe demeure innocent.

Maxence Caron

Oct 2019

Le Bloc-Notes de Maxence Caron, octobre 2019 : « La Saison des crapaudes à plumes »

par admin

Service Littéraire, numéro 132

Bloc-Notes d’octobre 2019 :
La Saison des crapaudes à plumes.

 

« Vieille femme grotesque », Quentin Metsys, 1513

 

« Ah ! vraiment, c’est triste, ah ! vraiment ça finit trop mal », me disais-je avant même que ne fût commencé le répugnant chambard de la rentrée litterreuse. Je me chantais les mots de Verlaine : « Il n’est pas permis d’être à ce point infortuné ». Un millier de romanciers mais pas une seule œuvre, et les officiels babils se bousculent à qui se réjouira le plus bruyamment du « naturel littéraire français ». « Ah ! vraiment, c’est triste, ah ! vraiment ça finit trop mal » : quand le prix Bernard-Pivot de début-novembre tombera comme une hache sur un cou déjà coupé, quand auront été consultées, entre autres géants, les si considérables et capitales autorités de Tahar Jelly-Bean, Zizi Despentes ou Éric-Emmanuel Sploutch, le trimestre aura fait la revue des analphabétiques tripes nationales : un défilé de graffignoux, un rang de tout ratatinés petits chieurs d’encre destitués de toute grâce. Mais dans la viscosité du pire il y a diverses densités d’enduits. Vaste tache dans la boue, il y a la part qu’à cette extermination prend la « littérature féminine », soit la masse de toutes les lavures bavées par l’étreinte de la femelle et de la pointe Bic. La femelle contemporaine est féministe : plus qu’une dignité, ce lui est une identité. En dehors de ce qu’elle déduit de son préjugé féministe, elle n’a rien à dire. L’œuvre d’art cependant, et comme le rappelle Kant, est l’objet d’une subjectivité désintéressée, elle est pétrie par une universalité qui ne se fixe aucune représentation : bref, le contraire du « message », du « cri », et autres « communications ». L’œuvre d’art est la présence, en un objet, d’une liberté que n’offre aucune chose du monde : dès qu’une idéologie est adoptée, et le féminisme en est une, par essence l’art est impossible. On ne verra pas plus d’œuvres d’art dans une société féministe qu’il n’y en a dans le réalisme soviétique. « Ah ! vraiment, c’est triste, ah ! vraiment ça finit trop mal. Il n’est pas permis d’être à ce point infortuné… »

Le féminisme ne consiste nullement à se libérer du regard des hommes, ni à s’en excepter, mais à l’interdire tant il est vrai qu’on l’a définitivement intégré et accepté comme une fatalité de référence. Un référent qui fait donc hurler les bonnes femmes à la moindre de ses manifestations : c’est exactement là que, nodale et structurelle, réside la contemporaine hystérie de la gent vagineuse – à quoi, parmi les pâmoisons inachevées et les éblouissements parfaits, celle-ci ne répond que par des résolutions psychotiques. Car le féminisme n’accepte en rien la femme, mais il tente seulement de se cacher de l’homme, et donc de cacher l’homme. Dans leur communauté schizophrène, toutes ces damnées chipotasses piaulent comme un sénat de sorcières : ne sachant s’accepter, elles n’ont rien pu faire qu’excepter l’homme, mais afin de le devenir. Le féminisme prêchera donc « l’indifférenciation » (sexuelle), tandis qu’est active derrière ce mot la volonté des femmes d’avoir droit au caprice de l’oscillation entre les sexes, de même qu’un schizophrène veut la coexistence des identités, et pour jouir du bénéfice de tout désir possible. Le féminisme est la revendication des femmes à la schizophrénie sexuelle afin que nulle ne soit jamais comptable de ses caprices. Un seul mot à la bouche : « et-en-même-temps », symptôme dont on fait des politiques pour banquiers androgynes mais aussi des « rentrées littéraires » où sont appelés « romans » des racontasseries invertébrées. Ainsi remugle jusque dans les lettres le marais où clapotent les paralogiques débats d’Ovuline et Vulviane.

Dénués de tout style comme de toute intelligence puisque privilège est donné à « l’intuition », les « romans » ne parlent plus que de grossesses et de parturitions, de recherches du pucelage perdu et d’innocences à découvrir, de l’enfance à inventer, des couches, des liquides, du lactose et du biberon, et de la défense du plus faible car il est celui sur qui la femelle peut exercer sa domination. Et ce sont viols, vaches, pochtrons, poupées… Ô l’élégante nature de la littérature femelle ! Ouvrez vos cœurs aux histoires de la babasse, de la conque et du connil. Vous serez injuriés si vous ne goûtez pas les récits de menstrues, les autofictions d’inceste, les épopées de la layette et les lettres ouvertes à mon cul. Vous serez maudits par la ministresse de la litière de Procuste et de l’interversion zizi-zézette, Milène Chiaplus. Ainsi vont les hystéries de Microgénitopolis. « Non vraiment cela finit trop mal, vraiment c’est triste. Ô le feu du Ciel sur cette ville de la Bible ! » (Verlaine)

Pour conjurer la funeste saison des crapaudes à plumes, il faut lire le remarquable roman historique de l’illustre Rex Warner, Périclès l’Athénien (réed. Belles Lettres). Haute figure de la démocratie attique, le grand homme y est entouré de grands hommes – Thucydide, Sophocle, Eschyle… L’on retourne ici aux sources profondes de l’esprit démocratique : transmettre au peuple un paradigme de grandeur et de sensibilité plutôt qu’inciter l’humaine bêtise à l’impudeur par voie de subjectivisme que flatte une molle féminité globalisée. Dans cette belle unité démocratique sont mises en évidence à la fois les conditions favorables à l’avènement de l’œuvre d’art et, réciproquement, les conditions esthétiques qui, telle une constitution implicite, font la vie intérieure d’un État autant que la santé d’un peuple – celui de l’âge classique grec. Une démocratie assurément, et qui pense au contraire de la nôtre : comme c’est étonnant.  Quoi de neuf, donc ? Périclès. Et je laisse à leur sort les crapaudes déguisées en crapaudes.

Maxence Caron

Oct 2019

Beethoven, Böhm, Backhaus : le 4e Concerto

par admin

Sep 2019

Le désir de Dieu

par admin

Saint Pierre, par Pompeo Batoni

« Le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l’homme, car l’homme est créé par Dieu et pour Dieu ; Dieu ne cesse d’attirer l’homme vers lui, et ce n’est qu’en Dieu que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher (…). De multiples manières, dans leur histoire, et jusqu’à aujourd’hui, les hommes ont donné expression à leur quête de Dieu par leur croyances et leurs comportements religieux (prières, sacrifices, cultes, méditations, etc.). Malgré les ambiguïtés qu’elles peuvent comporter, ces formes d’expression sont si universelles que l’on peut appeler l’homme un être religieux.

Mais ce « rapport intime et vital qui unit l’homme à Dieu » peut être oublié, méconnu et même rejeté explicitement par l’homme. De telles attitudes peuvent avoir des origines très diverses : la révolte contre le mal dans le monde, l’ignorance ou l’indifférence religieuses, les soucis du monde et des richesses (Mt 13,22), le mauvais exemple des croyants, les courants de pensée hostiles à la religion, et finalement cette attitude de l’homme pécheur qui, de peur, se cache devant Dieu (Gn 3,8s) et fuit devant son appel (Jon 1,3).

« Joie pour les cœurs qui cherchent Dieu » (Ps 104,3). Si l’homme peut oublier ou refuser Dieu, Dieu, lui, ne cesse d’appeler tout homme à le chercher pour qu’il vive et trouve le bonheur. Mais cette quête exige de l’homme tout l’effort de son intelligence, la rectitude de sa volonté, « un cœur droit » (Ps 96,11), et aussi le témoignage des autres qui lui apprennent à chercher Dieu. »

Catéchisme de l’Eglise catholique, §27 sq.

Sep 2019

« Service Littéraire » : le Bloc-notes de Maxence Caron de septembre 2019 : « La folie contre l’insensé »

par admin

On peut lire le Bloc-Notes de Maxence Caron dans le numéro 131 du Service Littéraire (septembre 2019) : « La Folie contre l’insensé ».

le Christ en Croix sourit à st Dominique, détail de Fra Angelico(le Christ en Croix sourit à saint Dominique — détail de Fra Angelico)

Maxence Caron
Bloc-notes de septembre 2019

La Folie contre l’insensé

 

Remarquable et récente édition bilingue, aux Belles Lettres, de l’Éloge de la folie : un précieux et unique accès au véritable texte d’Érasme. Cette œuvre capitale ouvre ainsi la plénitude de son intelligence. La richesse de son titre frappe : laus stultitiæ, dont le sous-titre précise que ce n’est pas seulement « la folie qui parle », mais aussi Érasme. Il ne parle pas d’une folie qui fût insanité, mais de stultitia, de stupeur, d’innocence hébétée : non certes par le monde, que dénonce l’énergie de cette stupeur primordiale, mais par la profondeur même de la conscience capable de revenir à cet étonnement premier et qui, habitant ainsi le point haut de son mystère, décrit dès lors si magistralement le péché du monde. La liberté même de la conscience, la différence entre la conscience et le monde, est un sujet d’étonnement sacré : et au regard des immanentes normes du monde, la différence de l’esprit dans l’homme est une folie. Habiter cette dimension spirituelle, en faire le choix, revient donc à voir la liberté choisir de ne point déchoir : c’est la « folie » qui choisit la « folie ». Puisque les hommes sont insanes, il s’agit, en revenant à la source d’une inadaptation sacrée avec le monde bestialisé, de faire réussir la folie parmi l’insensé. Pour cela, il faut laisser parler la folie : qu’elle prononce de soi le bon discours, soit (en grec) l’eu-logos, l’eu-loge, l’éloge.

« Dieu a convaincu de folie la sagesse des hommes » et « la sagesse de Dieu est folie pour les nations », disent les Écritures : le prêtre Érasme le sait, qui dresse ainsi contre le monde et ses ronflantes pompes l’instance d’une folie théologale. Cette folie dénonciatrice des ahuris qui vont à la mort, c’est la folie des Prophètes bibliques que la foule persécute, la folie du Verbe que le péché crucifie. Contre l’insanité des réformateurs qui ne parviennent pas même à voir qu’il y a errance et aberration à vouloir réformer l’Éternité, contre l’ultravagance des « tolérants » qui se croient « avant-gardistes » lorsqu’ils agitent la mollesse des bas-fonds de l’opinion du monde, Érasme brandit la folie du Logos qui parle jusqu’à la Croix et dont la parole excède la causalité du monde. Cette folie propre à la Vérité et qui fait enrager le monde contre elle, c’est celle de la plus haute figure de sagesse, d’humanisme et de philosophie, celle du « fol en Christ », de saint François, le mendiant d’Assise, qui pour vêtir les pauvres se mit lui-même à nu et fut renié par son propre père. Le fol en Christ ne renverse pas l’ordre de la Vérité, il l’incarne, au point de porter la tension de la contradiction existant entre la Vérité et le monde, de porter la Croix, et jusque dans sa chair qui reçoit les Stigmates de la Passion.

La folie à qui Érasme remet son éloge est une folie relevant d’une réalité autonome et qui fait éloge de soi-même. Elle dit d’elle-même le bien qu’elle constitue, elle est pour soi Eu-Logos : « Éloge ». Confrontation entre le Logos de la Vérité et le monde, la folie à qui Érasme donne la parole est ainsi la Croix de l’EuLogos, la Croix que porte avec soi la Parole véritable, la Bonne Parole, l’Euangelium, tous synonymes de l’étymologique Eu-loge. Cet eulogique éloge de la Vérité est folie aux yeux de l’insensé dont le monde est le dieu. Il faut accepter d’être fou de cette folie sacrée, contre laquelle crache la meute mondiale, pour naître à la Vérité que l’on contient. L’autonomie de la folie qui est la Différence du Logos par rapport aux décisions du monde, cette folie est le contraire de la soumise indocilité des bourgeois-rebelles et autres dégénéreux tenanciers de « progrès » qui, de Luther à Woodstock en passant par l’écolo-panthéisme et les goulags végétariens, insultent par amour et condamnent par charité. L’éloge que fait de soi la folie est le contraire de la course de ces imbéciles à la digestion de leur être par l’immanence de l’ordre établi – établi par la nature, la politique, la culture ou la contre-culture. L’éloge de la folie appelle une révolte infiniment plus radicale que celle des séditieuses bedondaines qui crapouillotent deux slogans aux heures des congés ouvrables : cette révolte se nomme conversion, elle est un retour du regard à l’exigence que demandent non pas les limbes de l’ombilic mais les anormées raisons de l’Essentiel. Il y a si peu de fous dans cette quintessente folie… Tandis que d’insensés il y a superfétation qui, puisant au plus profond de leur interchangeabilité, courent les rues en s’imaginant avec fièvre et fierté qu’ils sont « fous », « spéciaux », « différents », « originaux » tout en jacassant leurs si mitoyennes et si quotidiennes unicités. Il faut beaucoup d’amour de la Vérité, beaucoup de philo-sophie pour accepter contre la pléthocratie des insensés la Croix de la Vérité et la folie de la Croix. À l’égard d’un monde si satisfait de la tristesse d’être aveugle, ceux qui ne se sont pas fait solitude pour l’amour de la sagesse vivent déjà dans l’enfer et hurlent « tu es folle » à l’insaisissable liberté de la sagesse qui vient de Dieu.

La folie sacrée raille les fous par son éloge même. Un pari vital est ici proposé à la conscience d’homme, dont celui de Pascal ne sera qu’un cas particulier : vaut-il mieux d’être fou avec les hommes plutôt que de l’être avec Dieu. Faut-il se fondre dans le croissant enfer présent ou accepter d’accueillir le Paradis qui est, qui était et qui vient. On notera que je ne fais pas usage du point d’interrogation.

 

Maxence Caron

À lire : Érasme, Éloge de la folie, édition bilingue, Belles Lettres, 2018.

 

Aug 2019

Saint Barthélemy, apôtre et martyr

par admin

St Barthélemy par Rembrandt (1661)

St Barthélemy par Rembrandt (1661)

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Barthélemy

Chers frères et soeurs,

Dans la série des Apôtres appelés par Jésus au cours de sa vie terrestre, c’est aujourd’hui l’Apôtre Barthélemy qui retient notre attention. Dans les antiques listes des Douze, il est toujours placé avant Matthieu, alors que le nom de celui qui le précède varie et peut être Philippe (cf. Mt 10, 3; Mc 3, 18; Lc 6, 14) ou bien Thomas (cf. Ac 1, 13). Son nom est clairement un patronyme, car il est formulé avec une référence explicite au nom de son père. En effet, il s’agit probablement d’un nom d’origine araméenne, bar Talmay, qui signifie précisément « fils de Talmay ».

Nous ne possédons pas d’informations importantes sur Barthélemy; en effet, son nom revient toujours et seulement au sein des listes des Douze susmentionnées et ne se trouve donc au centre d’aucun récit. Cependant, il est traditionnellement identifié avec Nathanaël:  un nom qui signifie « Dieu a donné ». Ce Nathanaël provenait de Cana (cf. Jn 21, 2) et il est donc possible qu’il ait été témoin du grand « signe » accompli par Jésus en ce lieu (cf. Jn 2, 1-11). L’identification des deux personnages est probablement motivée par le fait que ce Nathanaël, dans la scène de vocation rapportée par l’Evangile de Jean, est placé à côté de Philippe, c’est-à-dire à la place qu’occupe Barthélemy dans les listes des Apôtres rapportées par les autres Evangiles. Philippe avait dit à ce Nathanaël qu’il avait trouvé « Celui dont parle la loi de Moïse et les Prophètes […] c’est Jésus fils de Joseph, de Nazareth » (Jn 1, 45). Comme nous le savons, Nathanaël lui opposa un préjugé plutôt grave:  « De Nazareth! Peut-il sortir de là quelque chose de bon? » (Jn 1, 46a). Cette sorte de contestation est, à sa façon, importante pour nous. En effet, elle nous fait voir que, selon les attentes des juifs, le Messie ne pouvait  pas  provenir  d’un village aussi obscur, comme l’était précisément Nazareth (voir également Jn 7, 42). Cependant, dans le même temps, elle met en évidence la liberté de Dieu, qui surprend nos attentes en se faisant trouver précisément là où nous ne l’attendrions pas. D’autre part, nous savons qu’en réalité, Jésus n’était pas exclusivement « de  Nazareth », mais qu’il était né à Bethléem (cf. Mt 2, 1; Lc 2, 4), et qu’en définitive, il venait du ciel, du Père qui est aux cieux.

L’épisode de Nathanaël nous inspire une autre réflexion:  dans notre relation avec Jésus, nous ne devons pas seulement nous contenter de paroles. Philippe, dans sa réponse, adresse une invitation significative à Nathanaël:  « Viens et tu verras! » (Jn 1, 46b). Notre connaissance de Jésus a surtout besoin d’une expérience vivante:  le témoignage d’autrui est bien sûr important, car généralement, toute notre vie chrétienne commence par une annonce qui parvient jusqu’à nous à travers un ou plusieurs témoins. Mais nous devons ensuite personnellement participer à une relation intime et profonde avec Jésus; de manière analogue, les Samaritains, après avoir entendu le témoignage de leur concitoyenne que Jésus avait rencontrée près du puits de Jacob, voulurent parler directement avec Lui et, après cet entretien, dirent à la femme:  « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant; nous l’avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde! » (Jn 4, 42).

En revenant à la scène de vocation, l’évangéliste nous rapporte que, lorsque Jésus voit Nathanaël s’approcher, il s’exclame:  « Voici un véritable fils d’Israël, un homme qui ne sait pas mentir » (Jn 1, 47). Il s’agit d’un éloge qui rappelle le texte d’un Psaume:  « Heureux l’homme… dont l’esprit est sans fraude » (Ps 32, 2), mais qui suscite la curiosité de Nathanaël, qui réplique avec étonnement:  « Comment me connais-tu? » (Jn 1, 48a). La réponse de Jésus  n’est pas immédiatement compréhensible. Il dit:  « Avant que Philippe te parle, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu » (Jn 1, 48b). Nous ne savons pas ce qu’il s’est passé sous ce figuier. Il est évident qu’il s’agit d’un moment décisif dans la vie de Nathanaël. Il se sent touché au plus profond du coeur par ces paroles de Jésus, il se sent compris et comprend:  cet homme sait tout sur moi, Il sait et connaît le chemin de la vie, je peux réellement m’abandonner à cet homme. Et ainsi, il répond par une confession de foi claire et belle, en disant:  « Rabbi, c’est toi le Fils de Dieu! C’est toi le roi d’Israël! » (Jn 1, 49). Dans cette confession apparaît un premier pas important dans l’itinéraire d’adhésion à Jésus. Les paroles de Nathanaël mettent en lumière un double aspect complémentaire de l’identité de Jésus:  Il est reconnu aussi bien dans sa relation spéciale avec Dieu le Père, dont  il  est le Fils unique, que dans celle avec le peuple d’Israël, dont il est déclaré le roi, une qualification propre au Messie attendu. Nous ne devons jamais perdre de vue ni l’une ni l’autre de ces deux composantes, car si nous ne proclamons que la dimension céleste de Jésus, nous risquons d’en faire un être éthéré et évanescent, et si au contraire nous ne reconnaissons que sa situation concrète dans l’histoire, nous finissons par négliger la dimension divine qui le qualifie précisément.

Nous ne possédons pas d’informations précises sur l’activité apostolique successive de Barthélemy-Nathanaël. Selon une information rapportée par l’historien Eusèbe au IV siècle, un certain Pantenus aurait trouvé jusqu’en Inde les signes d’une présence de Barthélemy (cf. Hist. eccl. V, 10, 3). Dans la  tradition postérieure, à partir du Moyen Age, s’imposa le récit de sa mort par écorchement, qui devint ensuite très populaire. Il suffit de penser à la très célèbre  scène du Jugement dernier dans la Chapelle Sixtine, dans laquelle Michel-Ange peignit saint Barthélemy qui tient sa propre peau dans la main gauche, sur laquelle l’artiste laissa son autoportrait. Ses reliques sont vénérées ici  à  Rome,  dans l’église qui lui est consacrée sur l’Ile Tibérine, où elles furent apportées par l’empereur allemand Otton III en l’an 983. En conclusion, nous pouvons dire que la figure de saint Barthélemy, malgré le manque d’information le concernant, demeure cependant face à nous pour nous dire que l’on peut également vivre l’adhésion à Jésus et en témoigner sans accomplir d’oeuvres sensationnelles. C’est Jésus qui est et reste extraordinaire, Lui à qui chacun de nous est appelé à consacrer sa propre vie et sa propre mort.

* * *

Je salue cordialement les pèlerins francophones présents ce matin. Puisse la figure de l’Apôtre Barthélemy vous inviter, dans le quotidien de vos vies, à témoigner du Christ, lui qui vous appelle à lui consacrer toute votre existence !

Mercredi 4 octobre 2006

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St Barthélemy par Rembrandt (1657)

St Barthélemy par Rembrandt (1657)

Vie de saint Barthélemy par Jacques de Voragine dans la Légende dorée (œuvre majeure qui ne désigne rien de « légendaire » ni ne relève du « merveilleux », mais, selon l’étymologie — legenda —, désigne ce qu’il faut lire)

 SAINT BARTHÉLEMY

Barthélemy signifie fils de celui qui suspend les eaux, ou fils de celui qui se suspend. Ce mot vient de Bar, qui veut dire fils, de thelos, sommité, et de moys, eau. De là Barthélemy, c’est-à-dire, le fils de celui qui suspend les eaux de Dieu ; donc, qui élève l’esprit des docteurs en haut, afin qu’ils versent en bas les eaux de la doctrine. C’est un nom Syrien et non pas Hébreu.

Il y a trois manières d’être suspendu, que notre saint posséda. En effet il fut suspendu, c’est-à-dire élevé au-dessus de l’amour du monde, porté à l’amour des choses du ciel, entièrement appuyé sur la grâce et le secours de Dieu, de sorte que toute sa vie dépendit non de ses mérites mais de l’aide de Dieu. Par la seconde étymologie est indiquée la profondeur de sa sagesse dont saint Denys dit ce qui suit dans sa Théologie mystique (I, 3): « Le divin Barthélemy avance que la Théologie est tout ensemble développée et briève, l’évangile ample, abondant et néanmoins concis. » Lire la suite…

Aug 2019

Dali : provocation auto-analytique sur l’argent

par admin

Jul 2019

Le Bloc-Notes de Maxence Caron dans le « Service Littéraire »

par admin

On peut lire le Bloc-Notes de Maxence Caron dans le numéro 130 du Service Littéraire (juillet-août 2019). M. C. y médite l’œuvre de Nietzsche, notamment le sens de ses poèmes, et donne la clef de cette pensée.

 

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