Prochaines parutions

Maxence Caron a achevé en décembre 2020 la tétralogie de son Système nouveau de la philosophie. Il en a écrit les deux derniers livres :

Le Verbe proscrit (De la philosophie, III)

Traité fondamental de la seule Philosophie (De la philosophie, IV)

Les deux ouvrages paraîtront aux Belles Lettres, le premier en octobre prochain, le second en février.

Ils sont publiés dans le même grand format que La Transcendance offusquée (17 x 24). Dans ce format les 5,5 millions de signes que comprend Le Verbe proscrit tiennent en 1400 p., et le Traité fondamental de la seule Philosophie fait environ 1200 p.

Le tome 1 du Système, La Vérité captive, était épuisé : une nouvelle édition paraîtra aux Belles Lettres en même temps que le Traité fondamental de la seule Philosophie. Cette monumentale tétralogie devrait donc être intégralement disponible dans les mois prochains.

Maxence Caron a également achevé plusieurs autres oeuvres de littérature et de poésie ces derniers mois. Nous en parlerons en temps voulu, et publierons bientôt sur notre site une mise à jour de sa bibliographie.

Pour mémoire :

Plan de la Tétralogie

  1. La Vérité captive (De la philosophie, I)
  2. La Transcendance offusquée (De la philosophie, II)
  3. Le Verbe proscrit (De la philosophie, III)
  4. Traité fondamental de la seule Philosophie (De la philosophie, IV)

Version 2

« La Vie de Molière », de Grimarest

LA VIE DE M. DE MOLIERE.

A PARIS,

Chez JACQUES LE FEBVRE, dans

la grand’Salle du Palais,

au Soleil-d’Or.

M.DCCV.

AVEC PRIVILÈGE DU R0I

APPROBATION.

J’ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier LA VIE DE MOLIÈRE & j’ai cru que le Public la verroit avec plaisir, par l‘intérêt qu’il prend à la mémoire d’un auteur si Illustre. FAIT à Paris ce 15° Décembre I704. 

FONTENELLE.

Le Privilège du Roy, en date du 11 Janvier 1705, est au nom de Jean-Leonor LE GALLOIS, SIEUR DE GRIMAREST.


LA VIE DE M. DE MOLIÈRE 

Il y a lieu de s’étonner que personne n‘ait encore recherché la Vie de M. de Molière pour nous la donner. On doit s’intéresser à la mémoire d’un homme qui s‘est rendu si illustre dans son genre. Quelles obligations notre Scène comique ne lui a-t-elle pas? Lorsqu’il commença à travailler, elle étoit destituée d’ordre, de mœurs, de goût, de caractères ; tout y étoit vicieux. Et nous sentons assez souvent aujourd’hui que sans ce Génie supérieur le Théâtre comique seroit peut-être encore dans cet affreux chaos, d’où il l’a tiré par la force de son imagination ; aidée d’une profonde lecture, et de ses réflexions, qu’il a toujours heureusement mises en œuvre. Ses Pièces représentées sur tant de Théâtres, traduites en tant de langues, le feront admirer autant de siècles que la Scène durera. Cependant on ignore ce grand Homme ; et les foibles crayons, qu’on nous en a donnez, sont tous manquez ; ou si peu recherchez, qu’ils ne suffisent pas pour le faire connoître tel qu’il étoit. Le Public est rempli d’une infinité de fausses Histoires à son ocasion. Il y a peu de personnes de son temps, qui pour se faire honneur d’avoir figuré avec lui1 n’inventent des avantures qu’ils prétendent avoir eues ensemble. J’en ai eu plus de peine â déveloper la vérité ; mais je la rends sur des Mémoires très-assurez ; et je n’ai point épargné les soins pour n’avancer rien de douteux. J’ai écarté aussi beaucoup de faits domestiques, qui sont communs à toutes sortes de personnes ; mais je n’ai point négligé ceux qui peuvent réveiller mon Lecteur. Je me flate que le Public me sçaura bon gré d’avoir travaillé : je lui donne la Vie d’une personne qui l’ocupe si souvent ; d’un Auteur inimitable, dont le souvenir touche tous ceux qui ont le discernement assez heureux pour sentir à la lecture, ou à la représentation de ses Pièces, toutes les beautez qu’il y a répandues.

Mr de Molière se nommait Jean-Baptiste Pocquelin ; il estoit fils et petit-fils de Tapissiers, Valets-de-Chambre du Roy Louis XIII. Ils avoient leur boutique sous les pilliers des Halles, dans une maison qui leur appartenoit en propre. Sa mère s’appelloit Boudet : elle étoit aussi fille d’un Tapissier, établi sous les mêmes piliers des Halles.

Les parens de Molière l’élevèrent pour être Tapissier ; et ils le firent recevoir en survivance de la Charge du père dans un âge peu avancé : ils n’épargnèrent aucuns soins pour le mettre en état de la bien exercer ; ces bonnes Gens n’aïant pas de sentimens qui dûssent les engager à destiner leur enfant à des occupations plus élevées : de sorte qu’il resta dans la boutique jusqu’à l’âge de quatorze ans ; et ils se contentèrent de lui faire apprendre à lire et à écrire pour les besoins de sa profession.

Molière avoit un grand-père, qui l’aimoit éperduement ; et comme ce bon homme avoit de la passion pour la Comédie, il y menoit souvent le petit Pocquelin, à l’Hôtel de Bourgogne. Le père qui appréhendoit que ce plaisir ne dissipât son fils, et ne lui ôtât toute l’attention qu’il devoit à son métier, demanda un jour à ce bon homme pourquoi il menoit si souvent son petit-fils au spectacle ? « Avez-vous », lui dit-il, avec un peu d’indignation, « envie d’en faire un Comédien ?— Plût à Dieu », lui répondit le grand-père, « qu’il fût aussi bon Comédien que Belleroze » (c’étoit un fameux Acteur de ce tems là). Cette réponse frapa le jeune homme, et sans pourtant qu’il eût d’inclination déterminée, elle lui fit naître du dégoût pour la profession de Tapissier ; s’imaginant que puisque son grand-père souhaitoit qu’il pût être Comédien, il pouvait aspirer à quelque chose de plus qu’au métier de son père.

Cette prévention s’imprima tellement dans son esprit, qu’il ne restoit dans la boutique qu’avec chagrin : de manière que revenant un jour de la Comédie, son père lui demanda pourquoi il estoit si mélancholique depuis quelque tems ? Le petit Pocquelin ne put tenir contre l’envie qu’il avoit de déclarer ses sentimens à son père : il lui avoua franchement qu’il ne pouvoit s’accommoder de sa Profession ; mais qu’il lui feroit un plaisir sensible de le faire étudier. Le grand-père, qui étoit présent à cet éclaircissement, appuya par de bonnes raisons l’inclination de son petit-fils. Le père s’y rendit, et se détermina à l’envoyer au Collège des Jésuites.

Le jeune Pocquelin étoit né avec de si heureuses dispositions pour les études, qu’en cinq années de tems il fit non seulement ses Humanitez, mais encore sa Philosophie.

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Les « Paradis » de Milton

Parution des « Paradis » de Milton dans la collection de Maxence Caron, les « Classiques favoris », aux Belles Lettres : le Paradis perdu (Paradise lost) et le Paradis reconquis (Paradise regained).

Edition bilingue, traduction, introduction et notes de Pierre Messiaen et Jacques Blondel, préface de David Perrin o.p.

792 pages, ouvrage relié, format 17,5 x 24,5 cm.

Quart de couverture :

« Aux côtés de Shakespeare, Milton (1608-1674) est le plus grand poète anglais. Dans les pays anglophones, et tout comme celle de Shakespeare, l’œuvre de Milton n’a rien d’un simple objet de musée qu’on inspecte et qu’on oublie, mais elle est intégrée à l’existence et à l’éducation de chacun : on grandit avec elle, on vit et pense avec elle. Elle est citée aussi bien par les chercheurs les plus distingués que par les films les plus populaires. En France cette popularité, tôt acquise, fut scellée par la traduction que fit Chateaubriand du Paradis perdu, et dont on ne sortira plus : elle représente aujourd’hui la quasi-totalité des éditions courantes. Le temps des traductions semble s’être figé là. Mais il est difficile de présenter ce libre travail en regard du texte original, et il était donc important de pouvoir donner au public la grande épopée biblique de Milton dans une édition bilingue de référence, préfacée, introduite, annotée, et qui éclairât le sens et les symboles de son drame sacré. Il était également capital de donner à ce Paradis perdu la conclusion avec laquelle l’œuvre a été conçue. Frappé de cécité, tel un Homère anglais, Milton dicte ses épopées au soir de sa vie : quelques mois avant sa mort le grand homme donne ainsi à l’œuvre son issue dans le mystérieux et génial Paradis reconquis. Bien qu’il fût impensable de présenter les deux œuvres l’une sans l’autre, qui n’en font qu’une, ce Paradise Regained, ici publié dans une édition bilingue, était introuvable en France depuis un demi-siècle.

Notre édition de ces deux chefs-d’œuvre bénéficie des traductions, introductions historiques et notes de Pierre Messiaen, l’un des grands anglicistes contemporains, et de Jacques Blondel, le plus grand spécialiste de Milton. L’inclassable pensée religieuse de Milton trouve la singularité de son chemin parmi les déchirures théologico-politiques que traverse l’Angleterre d’un siècle bouleversé. Cette pensée demande qu’on en restitue avec finesse l’axe et les nuances, tout en reliant son génie aux questions de notre temps. Ce dont s’acquitte avec hauteur la préface du père dominicain David Perrin, ancien élève de l’École Normale Supérieure, agrégé et docteur ès Lettres. C’est en Milton que la littérature anglaise construit son classicisme oraculaire et tourmenté, qui nourrira les visions d’un Blake ou la révolution poétique d’un Byron. Tous deux ont vécu comme s’ils étaient quelque greffon du chef-d’œuvre de l’aède aveugle de Londres. Puissants et terribles, les Paradis de Milton sont certes de ces livres qui marquent à jamais l’histoire, puis la dépassent. »

Questionnaire de « La Règle du Jeu » : les réponses de Maxence Caron

Dans son numéro de janvier 2022, la revue La Règle du Jeu (Grasset) a posé quatre questions sur la lecture à une centaine de personnalités. Voici les réponses qu’apporta Maxence Caron à ce questionnaire.

La Règle du Jeu

Questionnaire sur la lecture

La Règle du Jeu : À quel moment de la journée, de la semaine, de l’année, de la vie lisez-vous le plus volontiers ?

Maxence Caron : Je n’en ai jamais pu faire la statistique : je lisais. 

RdJ : Y a-t-il des livres dont vous puissiez dire qu’ils ont changé votre vie ? Dans ce cas, pourquoi ?

MC : Oui, les miens. Et pour la raison qu’il a fallu les faire. 

RdJ : Y a-t-il un grand classique – ou plusieurs – dans lequel vous n’avez jamais eu le goût d’entrer ?

MC : Non. Mais de certains dont j’ai eu le goût de sortir. 

RdJ : Vous est-il arrivé d’aimer des mauvais livres ? Si oui, pourquoi ?

MC : Il est impossible d’aimer ce qui est mauvais, impossible d’aimer ce qui n’est pas aimable, à moins – et comme la formule de cette question le présuppose – que vous ne croyiez au péché originel. Alors, dit le poète, ce qui est mauvais « occupe nos esprits et travaille nos corps, et nous alimentons nos aimables remords, comme les mendiants nourrissent leur vermine » (Baudelaire). Sujet malheureusement considérable. Mais faut-il soulever ici ce lièvre antémémorial…