Heredia : parution des Oeuvres poétiques complètes aux Belles Lettres

José-Maria de Heredia, Oeuvres poétiques complètes, édition historique et critique de Simone Delaty, colletion des « Classiques favoris », Les Belles Lettres, 2026, grand format relié, 744 pages.
Avec préface, introductions, index, notes, variantes, étude des manuscrits et apparat critique.

Parution le 6 novembre

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Publiée pour la première fois aux Belles Lettres, et jusqu’à présent sans rivale, cette brillante édition critique des Œuvres poétiques de Heredia (1842-1905), conduite par Simone Delaty, fut un tournant à tous égards, et continue d’exercer à elle seule une incontestable autorité. 

Pour la première fois en effet, et la seule, cette édition donne toute sa mesure à un auteur qui n’a cessé d’imposer son incomparable stature. Son caractère aussi concis que monumental fait de Heredia non seulement l’égal mais la récapitulation des plus grands. Heredia choisit une voie, celle de la perfection récapitulative : abstracteur de toutes les quintessences d’une ère exceptionnellement féconde, il concentra en un livre capital, Les Trophées, le génie de ce foisonnant XIXe siècle, qui, avant lui, paraissait si indomptablement dispersé. Né la même année que Charles Cros et Mallarmé, il vivra à peine plus longtemps, et juste assez pour que son tempérament discret, acharné au travail, ne le cache pas définitivement aux yeux du monde : de son vivant, ses Trophées seront récompensés par les plus prestigieux lauriers nationaux. Avant cela, le grand homme avait d’abord connu une gloire paradoxale, celle d’être l’un des plus célèbres poètes de son temps sans avoir fait paraître le moindre recueil. Lorsqu’il se résolut à publier les Trophées en 1893, la première édition fut épuisée en quelques heures. 

Est-ce à dire que Heredia serait l’homme d’un seul livre ? Pas vraiment, et cette édition de ses œuvres le prouve abondamment. Elle réunit ce qui était inconnu ou introuvable avant elle : la somme des œuvres dispersées ou inédites. Il fallut le travail de Simone Delaty pour réunir cet archipel de pièces éparses, ou découvrir les poèmes inconnus qu’après la mort de l’auteur ses filles avaient légués à différentes bibliothèques. À côté des Trophées, notre édition présente aussi bien la vie créatrice du poète que son laboratoire central, aussi bien les poèmes qui ont précédé ou suivi le maître-livre, que de nombreux fragments, classés selon les cinq sections des Trophées. Tout est ici disposé comme un constant commentaire de l’auteur par son propre texte, selon la grâce de l’esprit de finesse : c’est ce que l’édition historique et critique a conçu de plus éclairant et de plus élégant. 

Le texte de Heredia est ainsi pleinement restitué, et avec lui nous est pleinement révélé cet auteur « qui fonde nos cœurs », comme disait de lui Barrès : en ses rythmes majestueux il nous est loisible d’entendre en détail « cet accent dorien que les Grecs réservaient pour l’éducation des jeunes gens et dont ils attendaient des héros ». 

José-Maria de Heredia

Né à Cuba le 22 novembre 1842, Heredia embarque pour la France dès sa neuvième année. Il s’y installe définitivement en 1861 et participe à la vie littéraire de son temps. Il entre à l’École des Chartes en 1862 où il acquiert une solide formation historique et développe son goût de l’érudition. Entre-temps Leconte de Lisle lui est devenu une figure tutélaire, dont il avait acquis les œuvres lorsqu’il était encore à Cuba. Il publie ses premiers poèmes en 1863 puis rejoint le mouvement du Parnasse dès la naissance de celui-ci. Il y rencontre Verlaine, à qui le lie une belle amitié, que n’entamera point la rupture de Verlaine et des Parnassiens. Il fréquente également Charles Cros et Flaubert. Ennemi du tapage et de santé fragile, Heredia est un homme réservé : il se garde pour le travail, qu’il pratique de manière aussi méthodique qu’acharnée. Il publie peu, confidentiellement, et seulement dans quelques revues. Il fait paraître Les Trophées à la fin de l’année 1893, à cinquante ans passés, et juste après avoir obtenu la nationalité française. Ouvrage d’un auteur aussi célèbre qu’inconnu, aussi pudique que légendaire, Les Trophées sont un triomphe, et l’auteur est élu à l’Académie française quelques semaines après la parution. La veuve de Leconte de Lisle fit don de l’habit d’académicien de son époux afin que le nouvel élu pût s’en vêtir. Nommé à la Bibliothèque de l’Arsenal, il meurt en 1905.

Simone Delaty

Professeur émérite à l’Université de l’Iowa, Simone Delaty est la plus grande spécialiste mondiale de Heredia. Son édition critique de l’Œuvre poétique n’a jamais été égalée. 

Article de Robert Redeker sur les « Oeuvres prophétiques » de Claudel

Paul Claudel : le Verbe en cathédrale : Article de Robert Redeker paru dans la Nouvelle Revue Politique, à lire sur cette page.

Extrait :

Claudel, Maxence Caron, Sœur Marie de l’Assomption

Cathédrale que Claudel ! Il fallait son fils en poésie, son fils en spiritualité, son fils en souffle et en vent, son fils en Verbe, Maxence Caron, dont le poème « épique et perpétuel » publié aux Belles Lettres se titre Le Chant cathédral pour l’arracher aux limbes de la littérature, à la médiocrité de la jalousie des sexes, à l’imbécilité du refoulement de Dieu, et le ramener parmi nous. Il fallait aussi l’éblouissante préface de Sœur Marie de l’Assomption pour mettre les choses en place et ouvrir la porte de la cathédrale au lecteur – une porte baptisée d’un apophtegme de Claudel, par où l’on entre en cette œuvre, « Que Dieu est grand et qu’il est magnifique d’être né ». Tu es là Claudel, nous ne te laisserons plus repartir !

Paul Claudel, Oeuvres prophétiques, préface de Soeur Marie de l’Assomption, Les Belles Lettres, 2026

Claudel, « Oeuvres prophétiques »

Parution

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Paul Claudel, Oeuvres prophétiques, édition établie par Maxence Caron, préface de Soeur Marie de l’Assomption, collection « Classiques favoris », Les Belles Lettres, 2026, broché, grand format, 1014 pages

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Cet ouvrage n’a guère à voir avec ce que l’on publia jusqu’à présent de Claudel (1868-1955). Il est un fait qu’en dehors de quelques titres, l’un des plus célèbres écrivains du monde n’est aujourd’hui connu dans son pays que de nom. Ce volume édite ses livres capitaux. Il est préfacé par Émilie d’Arvieu (Soeur Marie de l’Assomption), dominicaine et arrière-petite-fille du grand homme.
Claudel n’est pas un écrivain comme les autres : derrière cette force qui plonge dans le puits de Jacob un bras sculpté par Isaïe, Eschyle et Rimbaud, il est la plus puissante figure fondatrice de l’Histoire contemporaine. Cette figure est encore si proche de nous, que nous commençons seulement d’apercevoir l’ampleur où conduit sa parole. Entrant un jour de Noël à Notre-Dame ce « grand coeur catholique », qui d’abord ne le fut point, se convertit au christianisme de manière aussi fulgurante qu’inattendue. Il fréquente alors chez Mallarmé où il se rencontre avec la jeune avant-garde. Irréductible aux manières des habitués de la rue de Rome, Claudel crée une oeuvre souverainement affirmative en qui l’art est indissociable de l’annonce de la Vérité. Or, annoncer la Vérité, c’est ce que signifie précisément le mot « prophétie ».
Prophétiques, les oeuvres de Claudel le sont par nature : armées de l’héritage de l’immortalité antique dont elles déduisent un symbolisme universel, elles dépassent les avant-gardes. Claudel traverse ainsi les genres littéraires, qu’il soumet à cette exigence prophétique et dont il obtient une parole nouvelle et éternelle. Poète, bien sûr, puis dramaturge dont le théâtre est un poème à plusieurs voix, il est d’abord un penseur au sens le plus pur. Ainsi, après avoir achevé Le Soulier de satin, il laisse le théâtre et consacre trente ans de sa vie à l’invention d’une nouvelle forme : la méditation biblique totale, en qui s’unissent tous les arts au sein d’une seule pensée récapitulant sa plénitude. Ces livres de philosophie, véritablement katholiques, prolongent sa recherche poétique qui, dépassant à présent le cadre d’un « théâtre dont la scène est le monde », épouse en une langue sublime les contours de l’Écriture Sainte afin de découvrir le sens de notre monde et la clef de son avenir. Jamais de tels textes n’avaient été écrits. Avant que Claudel ne manifestât cette unité qui mène des Cinq grandes Odes à Un poète regarde la Croix en passant par l’étincelant examen de notre époque au regard de l’Apocalypse, jamais n’avait été établie la cohérence qui va de la poésie à la pensée la plus intense. C’est ce parcours, cette cohérence, cet art, cette unité d’une vie qu’incarne notre ouvrage en réunissant les livres majeurs où, traçant son chemin entre grands poèmes et traités bibliques abyssaux, se révèle la pensée prophétique de Claudel.

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TABLE DES MATIÈRES EN ABRÉGÉ *

CINQ GRANDES ODES

PROCESSIONNAL POUR SALUER LE SIÈCLE NOUVEAU

UN POËTE REGARDE LA CROIX

DU SENS FIGURÉ DE L’ÉCRITURE (Introduction au livre de Ruth)

L’ÉPÉE ET LE MIROIR

CORONA BENIGNITATIS ANNI DEI

LA MESSE LÀ-BAS

L’OFFRANDE DU TEMPS

FEUILLES DE SAINTS

PAUL CLAUDEL INTERROGE L’APOCALYPSE

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* On peut consulter le détail de la table sur le site des Belles Lettres

Bel article suisse sur « Le Chant cathédral »

Paru dans le vénérable journal La Gruyère, fondé en 1882 et véritable institution helvétique, nous pouvons lire ce bel article d’Eric Bulliard sur le 2e tome du Chant cathédral.

Cliquer sur l’image pour agrandir

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On peut s’abonner à La Gruyère en suivant ce lien

Sur un prétendu droit à n’être pas, quand on n’est déjà rien

Texte paru dans Maxence Caron, Immédiates II, « La Cinquième Saison », Ed. de l’Aire, Vevey, 2025

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Quand Pilate ponce la statue de Péguy. 

Il faut saluer la belle éloquence du grand-rabbin de France, Haïm Korsia, qui dans un récent libelle (le texte en est paru dans la collection « Tracts » des éd. Gallimard) a détruit toute l’argumentation gouvernementale en faveur de l’euthanasie. Le rôle d’un État, dit-il à l’encontre de ce que ne cesse de s’entendre à sasser le lexique officiel de l’abomination, le rôle de l’État est de légiférer pour aider les hommes à vivre, et non point pour les « aider à mourir ». 

Parallèlement à cette force vive de la pensée juive, que font les intellectuels babyloniens dont l’hypocrisie ose confesser le christianisme ? Ils procèdent comme ce paradigmatique petit professeur Foutriquier, échappé de l’Institut soi-disant « catholique » de Paris : n’écoutant que sa grandeur d’âme, donc radicalement sourd, ce philosophe à perruque pousse ainsi son petit article dans Le Monde[1] pour y affirmer pompeusement qu’il faut, au nom de la pensée et pour cela même que l’on est catholique, ne pas prendre position sur l’euthanasie. 

Ô la mascarade de « neutralité » que se ménage le désespoir de l’arriviste… À regarder le sparadrap de préservatif gratuit, laïc et obligatoire dont se coiffe le front du confessant instituteur Foutriquier, on songe au mot d’Alfred Capus : ce n’est pas tout d’arriver, il faut encore voir dans quel état. 

Affirmer comme le fait le foliesophe Foutriquier que « la raison » ne doit pas prendre position sur l’euthanasie, cela revient à laisser un choix de fait : et à donner ainsi son assentiment en affectant de se taire. Voilà ce qu’excrète, lorsqu’on le sort de sa chambre capitonnée, le paganisme du néo-christianisme athée. 

Mais la danse macabre ne s’arrête pas là qui tourne dans la schizophrène structure de ses manies de possédé. Faisant caloriquement exhibition de son goût pour Péguy, à l’égard de qui ses enthousiasmes sont accablants puisque Péguy eût évidemment refusé de lui serrer la main, le barbacole Foutriquier est un disciple – un laquais – de J.-L. Marion. Il assassine le Christ toute la journée. 

Ainsi va lâche, mondain et calculateur, en versant sciemment des arrhes à l’enfer, le chrétien p(h)arisien dont l’âme enfourche les immondices et dont le cœur est monté à l’envers : devant même que ne s’en charge l’Ange exterminateur, d’avance et spontanément il vomit sa tiédeur. 

Maxence Caron


[1] Cette feuille de choux à se tordre 
Dont le titre est déjà un mot d’ordre. (N. de l’A.)