Merveilleuse conférence de Maxence Caron hier au Centre Saint Paul, suite à la publication au Cerf d’un livre de 1100 pages intitulé La vérité captive et sous titré De la philosophie. Le sous titre vient comme si l’enjambement était possible : c’est de la philosophie que la vérité est captive. Avec une audace déconcertante pour son jeune âge, Maxence Caron remet Dieu au cœur de la métaphysique. Il explique que c’est à partir du moment où la philosophie a renoncé à penser la transcendance du transcendant qu’elle a trouvé son véritable destin, celui qu’elle poursuit de manière caricaturale jusqu’à aujourd’hui : la canonisation de l’immanence, la mise entre parenthèses de tout ce qui n’est pas l’apparence, la sanctification de ce que Heidegger lui-même appelait Ereignis, la situation…
L’extraordinaire atout de ce jeune ambitieux du vrai c’est qu’il ne jargonne pas. Il n’enferme pas ses concepts dans je ne sais quel idiome crypté auquel n’auraient accès que les spécialistes. Il utilise parfois la phénoménologie, étant d’ailleurs lui-même un spécialiste de Heidegger, sur lequel il a écrit la seule synthèse (2000 pages) disponible en français. Il explique comment la donation ne saurait se réduire à elle même et comment le substrat qui demeure toujours au-delà du don et le permettant, est forcément, en tant que substrat, une Personne, celui auquel il faut d’une manière ou d’une autre attribuer les apparences qui ne sont pas toutes entières dans le déploiement de la conscience, qui ne sont pas réductible au Dasein, c’est-à-dire à l’homme prétendu berger de l’être, mais qui se disent d’une transcendance, qui est elle-même au-delà de ce qu’elle donne à voir dans un perpétuel transcendement d’elle-même. Cette transcendance, aperçue en une phrase par le jeune H. de Sein und Zeit est évidemment toujours autre que ce qu’elle donne à voir. Caron appelle cette altérité la différence fondamentale, qu’il substitue à cette différence ontologique heideggérienne, qui n’en est pas une, qui ne représente que l’insignifiance du néant ou son poids écrasant sur l’étant.
Pour Maxence Caron, que je résume bien mal sans doute, la philosophie est malade d’un discours sur Dieu qui se résume toujours à un discours sur son immanence, autorisant ultimement tous les relativismes. Pour délivrer la vérité captive il faut retrouver ce discours sur Dieu en lui-même, sur Dieu comme autre sur Dieu comme transcendant. Ce sont les poètes (Claudel Ronsard Dante) et les mystiques (le Père Chardon étonnamment cité, Bossuet, Catherine de Sienne etc.) qui détiennent la clé perdue : celle de la vérité délivrée. Et c’est… l’oraison qui pourrait être l’acte premier d’une philosophie sauvée d’elle-même.
N’hésitez pas à vous procurez, aux éditions du Cerf La Vérité captive – De la philosophie. C’est un régal. On y trouve un souffle, une puissance qui a déserté depuis longtemps les philosophies de l’immanence.
Abbé Guillaume de Tanoüarn
4 novembre 2009