Il y a 20 ans, sous la direction d’un jeune homme, paraissait le premier titre d’une nouvelle collection, Les Cahiers d’Histoire de la Philosophie. Ce premier « Cahier » avait pour titre Heidegger et réunissait des textes majeurs.

Juste avant que l’université ne s’effondrât en ces quinze dernières années, cette collection unique a pris soin de réunir les derniers universitaires de formation classique qui fussent susceptibles de transmettre avec force et pédagogie, à haut niveau, l’intégralité de la pensée d’un auteur du répertoire. Une telle collection est le dernier témoignage d’une époque où les professionnels connaissaient leurs auteurs et où les grandes figures de l’Histoire étaient infailliblement enseignées. Il est impossible de trouver aujourd’hui l’équivalent d’un tel travail car il est tout simplement impossible de trouver les acteurs pour le produire.

Maxence Caron a conçu cette collection en 2004 comme les « Cahiers de l’Herne » de la Philosophie. Le premier volume parut en 2006. On y trouve de nombreux textes qui étaient fort rares et qui le sont encore plus (l’explication de l’Encyclopédie par Marcel Conche, le texte sur l’espace chez Heidegger de Jean-Louis Chrétien, de nombreux inédits parmi lesquels deux traductions de grands textes du jeune Joseph Ratzinger (et futur Benoît XVI) sur saint Augustin.
A l’exception du Cahier sur Philippe Muray, qui est une oeuvre d’avant-garde, un remarquable travail de percée (la première à son époque, et toujours la seule, d’une telle ampleur sur le sujet — plus de 700 pages), chaque Cahier d’Histoire de la Philosophie regroupe par conséquent les meilleurs lecteurs de chaque auteur ; et chacun de ces professeurs, à partir d’un point, guide au coeur d’une pensée, puis l’éclairent avec efficacité.

Le volume sur Hegel est à cet égard exemplaire, où l’on trouve ainsi réunis Myriam Bienenstock, Bernard Bourgeois, Christophe Bouton, Emilio Brito, Maxence Caron, Emmanuel Cattin, Marcel Conche, Michel Dalissier, Jean-Christophe Goddard, Gwendoline Jarczyk, Jean-François Kervégan, Pierre-Jean Labarrière, Jean-Marie Lardic, André Léonard, Bernard Mabille, Catherine Malabou, Jean-François Marquet, André Stanguennec, Olivier Tinland, Luc Trabichet, Jean-Marie Vaysse, Jean-Louis Vieillard-Baron, Norbert Waszek et Jean-Pierre Zarader. Le Cahier est dirigé par Maxence Caron.

Deux autres exemples au hasard :
— le Cahier sur Montaigne, dirigé par le grand Pierre Magnard, regroupe Jean Balsamo, Ali Benmakhlouf, Philippe Desan, Emiliano Ferrari, Marc Foglia, Thierry Gontier, Francis Goyet, Pierre Magnard, Suzel Mayer, Thierry Ménissier, Géralde Nakam, Nicola Panichi, Jean-Louis Vieillard-Baron ;
— le Cahier sur Schelling, dirigé par l’illustre Jean-François Courtine, regroupe Gérard Bensussan, Christophe Bouton, Emmanuel Cattin, Jean-François Courtine, Mildred Galland-Szymkowiak, Lore Hühn, Marc Maesschalk, Jean-François Marquet, Luigi Pareyson, Hans Jörg Sandkühler, Walter Schulz, Giusi Strummiello, Xavier Tilliette, Jean-Marie Vaysse, Miklos Vetö.

Tous les détails de chaque Cahier sont à consulter sur la page Edition de ce site.

De nombreux autres titres étaient en cours de publication, et la collection s’ouvrait au champ de l’histoire littéraire — dans l’esprit insufflé par le maître-livre de Jean-François Marquet, Miroirs de l’identité : La Littérature hantée par la philosophie (Ed. du Cerf, 2009, préface de M. Fumaroli). Toutefois, le néfaste changement de direction intervenu au Cerf en 2014 et l’arrivée d’une équipe surnaturellement dénuée de toute compétence, décidèrent Maxence Caron à quitter les Ed. du Cerf sans la moindre hésitation.

La nouvelle direction laissa les Cahiers d’Histoire de la Philosophie s’épuiser, après avoir orchestré leur absence de diffusion. Mais elle fit également disparaître tout le catalogue historique du Cerf, qui est désormais à ce jour un éditeur dont plus personne n’entend parler. Avant 2014 les Editions du Cerf étaient une maison de renommée mondiale. En 2010, sous l’impulsion de Maxence Caron, elles s’étaient même offert le luxe de devenir le plus gros vendeur francophone d’ouvrages de philosophie, devant Vrin et les PUF.
Mais il suffit parfois d’un sot pour saccager un héritage centenaire. Gageons que son successeur sera tissu d’un moindre assortiment d’inaptitudes.

On met encore parfois la main aujourd’hui sur quelques titres des Cahiers d’Histoire de la Philosophie, mais la grande partie d’entre eux est de plus en plus difficile à trouver. Peut-être les Editions du Cerf sortiront-elles un jour de la sombre période où elles sont enfouies. Peut-être y reparaîtront un jour les nombreux ouvrages majeurs qu’efface depuis plusieurs années la politique de la table rase agitée par un sinistre. C’est tout le bien que nous souhaitons à un éditeur porté à l’existence par la volonté de Pie XI, et dont l’histoire est à jamais plus grande que les hobereaux maurrassiens qui y gesticulent aujourd’hui en crachant sur l’esprit des fondateurs, donc de l’Église.