Le Bloc-Notes du « Service Littéraire » (janvier 2020) : « L’athéisme ordinaire, ‘Stardust Memories’ et Dieu »

Service Littéraire, numéro 135

Bloc-Notes de Maxence Caron (janvier 2020) dans le Service Littéraire :
L’athéisme ordinaire, Stardust Memories et Dieu.

 

Tintoret, le Christ sur les eaux de Galilée.jpg

L’athéisme ordinaire, Stardust Memories et Dieu

 

Aussi plat et desséché qu’un stoquefiche, le langage commun est usé, que remplissent des expressions aussi courues qu’insensées. De l’unanime cacodrome les phrases surviennent agressivement vides. Se protéger du fracas ordinaire n’est pas toujours possible. Je fus ainsi forcé d’ouïr hier un animateur de radio d’État, et le bécassin coucouanna fièrement la tapageuse trivialité de cette sentence : « il n’y a pas de vie après la mort ». Le dadais parlait comme s’il était convaincu d’avoir trouvé son chemin en se hâtant vers le fond d’une impasse en acier. Savait-il seulement ce qu’il disait, ou ce que les mots disaient tout seuls et sans lui ? Restons-en certes au sens des choses : qu’il n’y ait pas de vie après la mort signifie, en toute rigueur, que les deux termes, vie et mort, s’excluent absolument. C’est là qu’implose et s’inverse la proposition athée de l’animateur d’État. Vie et mort s’opposent assurément ; or il se trouve que nous sommes en vie : par conséquent, puisqu’il n’y a pas de vie après la mort, il n’y a pas de mort après la vie – pas de mort après notre vie. Ce qui advient lors du décès relève d’une apparence dont la réalité (la continuité de la vie) se constitue à la fois rationnellement et hors du visible. Ce fait de continuité doit être pleinement assumé, et non abandonné au caprice. « Il n’y a pas de vie après la mort » veut dire : il y a la vie après la vie, et la mort après la mort ; et moi qui suis en vie je le suis donc pour toujours. De quelle façon ? C’est la seule question. Et c’est en y répondant selon la mesure de la vie qui depuis toujours m’a précédé, que je boirai à la gloire de ce qui me prononce et me contient.

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Un athée est une personne qui, sous couvert de porter plus loin l’exigence d’Absolu, ne cesse de la bafouer. Dans Stardust Memories (sorti en 1980), parlant de Dieu et se défendant d’être athée, Woody Allen affirme : I’m the Loyal Opposition. Le mot fait référence à la relation de fidélité que l’opposition majoritaire et non gouvernementale incarne dans la politique anglaise. Cette partie de la Chambre des communes se nomme « la très fidèle opposition de Sa Majesté » (Her Majesty’s Most Loyal Opposition). Lorsqu’au XVIIIe s. apparaît la notion d’« opposition loyale » au sein du gouvernement, c’est pour signifier que les désaccords d’opinion, quoi qu’il en soit, demeurent fidèles aux intérêts d’un même principe : l’unité monarchique. La voix de « la fidèle opposition » est là pour enrichir le chemin qui conduit à la mise en valeur de cette unité. Lorsque W. Allen affirme qu’au sein de sa relation avec Dieu, il est l’opposition loyale, alors que celle-ci représente aux Commons après-guerre le parti majoritaire lorsqu’il n’est pas au gouvernement, l’auteur de Stardust Memories dit deux choses en un paradoxe : il est la majorité reconstituée, c’est-à-dire la voix du peuple opposée au gouvernement, mais il est aussi cette « opposition » quelle que soit la couleur du parti qui la représente, l’essentiel étant ici de demeurer au cœur de cette relation de « loyal opposition » – qu’il faut définir en soi. Car le sens ultime de ces mots empruntés au latin et qui sont donc rares et riches pour l’usage américain courant, ne se découvre pas dans les faux-amis que sont leurs homophones français, mais par l’étymologique condensation qu’un anglophone lettré y entend lorsque, comme W. Allen, il les emploie en place de mots qui fussent plus naturels à l’oreille de la plèbe américaine. En affirmant I’m the Loyal Opposition pour déjouer l’athéisme, et en mêlant à ses paroles la charge linguistique des mots latins qui les tissent – legalis ou lex, et opponere – W. Allen connaît ainsi Dieu comme Celui dont l’existence rend possible la mienne puisque, préalablement à toute conscience, je suis constitué en Lui qui me fait son vis-à-vis (opponere) légitime (legalis). Loyal Opposition, le cœur d’homme est le face-à-face (opponere) dont une Alliance (lex) révèle l’antécédent cœur-à-cœur. Déployant l’espace d’une Loyal Opposition, Dieu est ainsi Celui à qui je fais face en vertu d’une Alliance qui me précède. Et plus que l’œuvre entier de W. Allen, il y a là l’être de l’homme, et une leçon de vérité.

Maxence Caron

bloc-notes janvier 2020

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Le Bloc-Notes de Maxence Caron, nov. 2019 : « Zelig ou la pensée de Woody Allen »

Service Littéraire, numéro 133

Bloc-Notes de novembre 2019 :
Zelig ou la pensée de Woody Allen.

 

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Zelig ou la pensée de Woody Allen

 

Woody Allen est un écrivain à qui le cinéma est survenu : il y trouve la possibilité de mettre en scène une parole. L’unité obtenue est un modèle d’équilibre et manifeste une pensée dont le célèbre et magistral Zelig de 1983 constitue un véritable précis. Zelig est le patronyme du personnage central de ce film que W. Allen présente drolatiquement comme un documentaire. Ce Léonard Zelig, joué par W. Allen, a un don : quand il craint de n’être pas aimé ou accepté par les communautés qu’il fréquente, il peut prendre les caractéristiques physiques des gens au milieu desquels il se trouve. C’est un homme-caméléon. « Léonard Zelig l’homme-caméléon » : ces mots fonctionnant dans le film comme un refrain, il faut entrer dans cette scansion que l’auteur même présente instamment. Zelig est un nom germanique (nota : le patronyme de W. Allen est Königsberg et sa mère est autrichienne). Léonard, soit Leon(h)ardt signifie : fort comme un lion. Et zelig, ou selig, veut dire serein. Leon(h)ardt Selig « the cameleon-man »… : le mot grec khamai qui compose « caméléon » désigne ce qui est assis à terre et ne bouge pas, avec le propos de se rendre invisible. Le khamai léôn désigne ainsi un lion blotti et qui se cache, se fait petit : l’homme-caméléon Zelig est l’union de ces propriétés, il est « caméléonard », ou, en son équation développée, khamai Leon-(h)ardt : c’est quand il est à terre, mêlé au paysage, fondu en lui et confondu avec l’extériorité, c’est quand il disparaît et ne fait plus qu’un avec l’altérité, c’est là qu’invisible (khamai), à la fois soi et toute chose, il acquiert sa force (hardt), son identité, c’est là que « fort comme un lion » (Leon-(h)ardt), il coïncide avec son prénom : Léonard. Et cette force acquise dans le refus de la force comme dans le déni d’identité, est conquête de sa propre paix, en allemand la Seligkeit de celui qui est selig et a ainsi pour nom Zelig. Le Caméléon Léonard Zelig est ainsi celui qui a pleine force en s’évaporant, qui trouve le sceptre ou la puissance de la royauté individuelle (Leon-hardt) en restant discrètement à couvert (khamai), paradoxe de con-fusion où, en contournant le stade du miroir et se voyant toujours autre, il découvre sa paix : zelig.

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Lors donc qu’une fois sous hypnose le psychiatre demande à Zelig pourquoi il change d’apparence, il répond : pour être en sécurité, pour être aimé. C’est là l’universel résultat que la fantasmagorie de toute l’humanité apporte réactionnellement à sa pandémique inquiétude. Et ce résultat, la mascarade dont le cas Zelig est la déclinaison à la fois la plus docile et la plus acharnée, est une extrapolation de la situation de la personne humaine parmi les faux-semblants qu’exige la vie en société. Tous mettent des masques et tous mentent dès qu’ils sont pris dans l’inhumain réseau des relations humaines. Seulement voilà : Zelig ne ment pas plus que les autres, mais il ment mieux, dans tous les sens du terme : il ment sans nuire et sans mal. Là où le jeu social fait de gros dégâts, Zelig ment pour ne pas en faire ; quand tous mentent pour gagner quelque chose sur le dos de quelqu’un, Zelig, lui, mène une action infiniment plus belle : car, au jeu de la mascarade et du mensonge généralisés, par sa détermination et sa réussite, Zelig est imbattable et véridique, tandis que, par sa vertu et son désintéressement, il ne prend aucune part aux basses ambitions du monde. Jamais Zelig ne nuit à personne, au contraire il met des masques pour tisser ce qu’effrange l’individualisme socio-mondain. Il est un succès de l’intelligence autant qu’un triomphe moral. Zelig n’utilise les masques dont avec une agilité magique ses métamorphoses se revêtent, que parce que dans le but de se cacher, il se montre multiplement ; à l’inverse, la vie sociale est un contrat passé entre des hommes qui, afin de se montrer, ne cessent de se cacher. Ils sont duplices et rusés, ils veulent l’emporter en n’affichant qu’une seule image, lisse et travaillée. Zelig ne veut rien de ce que procure l’ambition, il veut la gratuité, la seule joie d’être. Les métamorphoses du caméléon Zelig bouleversent ainsi la société des hommes : la visible invisibilité (khamai) du métamorphe que son humilité devant l’existence pacifie (selig) et rend fort comme un lion (leon-hardt), afflige la société humaine en lui tendant ainsi le reflet de la polymorphe absurdité de ses totems et de ses masques – alors que la cohérente substance de l’honnête Zelig, loin de s’y disloquer, s’y maintient, et, tout en se jouant des apparences, prononce à leur endroit une condamnation aussi effective que silencieuse.

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Cette ridiculisation du mensonge est le cœur de l’œuvre de W. Allen. Elle établit à elle seule, en profondeur, l’innocence de l’artiste octogénaire qu’ose accuser une grossière convention de tribunaux gynomanes. Car au pays de McCarthy, un comité de saletés publiques persécute l’auteur de Blue Jasmine. Que valent les appels à la vertu punitive proférés par une nation qui critique l’apartheid sud-africain tout en le pratiquant chez soi. Patrimonialement hypocrites, les Américains ne peuvent accueillir Zelig, cet homme qui sait à l’infini l’art des apparences mais sans jamais être immoral ni faux : il leur est nécessaire que Zelig soit coupable afin que Tartuffe demeure innocent.

Maxence Caron

Parution du livre-référence d’Alfred Eibel sur Fritz Lang

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« J’ai fréquenté Fritz Lang durant de nombreuses années. J’ai vu et revu la plupart de ses films. Le texte qui va suivre ne s’adresse pas à un public de cinéphiles. Les rapports souvent orageux avec Fritz Lang sont ici rapportés avec exactitude.

Les rapports souterrains entre la vie de Fritz Lang et les personnages de ses films font partie de mon interprétation personnelle. Les critiques que j’ai pu lire à propos de son oeuvre, nombreuses, se recoupent ici et là et pourtant diffèrent sur bien des points. Aucun ne détient la vérité absolue.
Je laisse de côté ceux qui, revoyant certains films, sont revenus sur leurs premières impressions. Leur enthousiasme a disparu. Certains considèrent l’oeuvre américaine du cinéaste comme un pis-aller dû à un exil forcé. Les quelques propositions que j’avance concernant les deux Tigre n’engagent que moi et peuvent aussi bien être refusées.

Les lettres que Fritz Lang m’avait adressées, figurant en fin de volume, sont suffisamment parlantes pour que je m’abstienne de les commenter. Enfin, reconnaissons que cet homme n’a pas cédé un pouce en rapport avec ce qu’il voulait exprimer ; plus souvent qu’on ne l’imagine avec des budgets dérisoires. Il s’en est accommodé en tirant le meilleur parti possible, restant lui-même. Ce fut à la fois sa force et son anémie. »

Alfred Eibel

Alfred Eibel, Fritz Lang, incluant la Correspondance inédite entre F. Lang et A. Eibel, traduite de l’allemand par l’auteur, Klincksieck, 2017

Portrait de Maxence Caron par Friederike Migneco à partir du « Journal inexorable » : article paru dans la « Warte » du « Luxemburger Wort »

Les pages qui demandaient à paraître

Le Journal inexorable de Maxence Caron

par

Friederike Migneco

 

Les pages du Journal inexorable de Maxence Caron qui vient d’être publié[1] s’imposent à rebours comme un ensemble inquiétant qui précède intimement  la gestation fulgurante de son grand oeuvre philosophique La Vérité captive et de son poëme symphonique Le Chant du Veilleur, déjà présentés ici. [2]

Maxence Caron confie à ses « chères pages » ce dont il ne voit pas encore les contours finis, mais dont il perçoit distinctement la teneur, c’est-à-dire l’avènement d’une œuvre et d’une vie dédiée à une totalité d’art, en laquelle philosophie et poésie, littérature et musique seront mêlées au plus haut degré pour témoigner de l’Absolu. Avant de devenir lui-même le « système d’une cathédrale à ciel ouvert », qui en regardant l’essence de la pensée l’ouvrira à elle-même, il nous livre 800 pages troublantes  de confessions, d’aphorismes, d’invectives, de réflexions, de poëmes, d’adoration et de méditation sur l’essentiel. Mais aussi, comme nous le dit l’éditeur, « un exhaustif défilé d’imbéciles élevés au rang de Caractères ».

De l’été 2004 à l’été 2005, le Journal relate les faits et les observations de sa vie quotidienne, de ses amitiés et de ses amours, ainsi que la « parturition permanente » de sa pensée dans une superbe virtuosité de registres émotifs et stylistiques. Caron le fait avec une logique inexorable, en cynique au sens parfait du mot, c’est-à-dire en restant attentif à tout ce qui relève de l’enseignement de Dieu, et en anarchiste face à tout ce qui ne l’est pas et qui relève du « ridicule des individus abandonnés à  leurs propres volontés désamarrées (53) ». Le lecteur devient le témoin du chemin intérieur et extérieur qui  mènera à l’éclosion de ce que l’auteur considère le seul Système véritable et légitime de la Pensée, puisqu’il sera « ouvert à la puissance de rection de son Objet absolu »,  et pourra « clore la philosophie à jamais tout en l’ouvrant à l’infinité de son Principe (317) ».

El Greco, Saint Jean l'Evangeliste et saint Jean-Baptiste

Caron est un catholique inclassable, un méditatif au tempérament de feu, qui a choisi depuis quelques années la liberté pour se vouer à l’écriture, loin de la carrière académique qui lui tendait les bras. Une agrégation en philosophie à vingt-deux ans, une thèse de doctorat récompensée par l’Académie française[3], de nombreux prix au Conservatoire de musique de Paris ne l’ont pas empêché de se vouer complètement à un cheminement littéraire, philosophique et musical tout à fait solitaire, hors des sentiers battus. « On essayera  de me classer sous telle appartenance, et l’on dira n’importe quelle arrangeante billevesée : tous les partis me rejetteront. Considérant que le vrai est le tout, non au sens de Hegel mais au sens de Bossuet, la binarité dualisante des sectes se disputant le gras ne pourra que refuser une pensée qui comme la mienne et comme dit Bossuet, chrétienne, ‘tient les deux bouts de la chaîne’, connaît l’unité des antagonismes (439) ».

Après la conception et la rédaction en huit semaines de son système de philosophie intégrale à l’âge de 28 ans, il fonde aux Editions du Cerf la collection des Cahiers d’histoire de la philosophie, et se tourne ensuite vers la poésie, l’essai et le roman.[4]

Il pose sa candidature à l’Académie française pour être élu à un fauteuil vacant, et il la pose comme un défi à l’époque d’outre-modernité (« Vous m’avez-là : profitez-en »), se doutant bien qu’il ne sera pas accueilli en son sein (et ne sachant pas encore qu’il sera lauréat de l’Académie quelque mois après avec son ouvrage sur Heidegger de deux milliers de pages,  écrit, celui-ci, en seize semaines). Caron sait très bien qu’il n’a rien à perdre à ne pas être consacré par les notables de la culture d’une société contemporaine « gavée de faux dieux, ployant sous le poids d’idoles diverses dont la nullité est l’équation », mais il sait aussi ce qu’il vaut : « J’ai reconstruit la philosophie, j’ai reconstruit l’instrument de la langue française et j’ai sous les doigts un clavier de sonorités et de sens que nul autre possède, j’ai recommencé le roman à un niveau qui est celui de sa tradition oubliée. Qui aujourd’hui parmi ces pis que pouacres pour qui avoir ressentiment fût déjà perdre une trop salutaire énergie, qui aujourd’hui serait capable d’écrire une phrase comme celles dont mes orgues sont pleines ? (270) ».

Caron a un caractère difficile. Quand on lui pose trop de questions, on court le risque de s’entendre dire : « Je ne répondrai à aucune de vos questions : elles sont idiotes. Vous avez donc le choix entre mon silence ou la radicalité de ma parole ».[5] Il entend  le terme idiot en son sens étymologique, c’est-à-dire circulairement clos sur soi-même. A la question que nous lui posons,  il ne répond donc pas, s’il ne la considère pas une vraie question, une question qui soit ouverte, sans présupposition, à toute réponse possible. Caron ne répond pas aux questions qui n’ont pas le courage de la vérité et de l’essentiel, puisqu’il ne cherche que l’essentiel et n’entend poser, dans son œuvre, que l’essentiel. Le reste l’ennuie. Et il a bien raison, puisqu’il va bientôt tout dire sur l’essentiel, tout penser, tout écrire, en une prose superbe, dense, sidérante, pour en arriver à l’art symphonique, c’est-à-dire à l’art total. Il pourra tout dire puisqu’il situera la pensée au niveau qui est le sien, en permettant qu’elle se déploie en des « métamorphoses de l’objectivité ». Il écrira une pensée aux sonorités musicales, vibrante d’infini, qui ne laissera pas « place à un choix de finitude, à une ‘thèse’, à un système au sens humain ». Mais ceci est une autre histoire.

Retournons à son Journal et à son histoire personnelle : on le voit musicien orant qui, ayant déjà choisi de ne plus divertir (c’est-à-dire distraire) le public illettré et grégaire des salles de concert, se fait maintenant l’interprète solitaire des grands compositeurs devant le Créateur et devant ceux qui manifestent le désir aimant de comprendre véritablement la musique et le Sens qui  préside à sa beauté. On le voit aussi artiste insomniaque et malade, à la sensibilité exacerbée, aimant et détestant les femmes dont l’idéal ne colle jamais à la réalité, et qui finit par se rendre compte, après de longues errances affectives, que  l’absence de celle qui devrait être capable de partager sa vie de sensuel mystique, sera le tribut à payer à l’œuvre dont il est ensemencé. Le génie n’est pas un génie, dit Caron, il a du génie, et il faut vouloir et savoir le porter. Quand il affirme, en se référant à Nietzsche mais aussi à Beethoven, que « l’esprit libre, aristocratique par excellence, se caractérise par le règne en lui d’un puissant instinct ordonnateur, qui tire sa supériorité des victoires qu’il obtient sur soi-même »[6], il n’est peut-être pas faux d’y reconnaître aussi son intériorité à lui.

Ailleurs encore dans le Journal il se veut la « mauvaise conscience de son temps », en disant le contraire de ce que pensent les gens qui l’écoutent « afin précisément de les réveiller » : il est alors communiste chez les fascistes et réactionnaire chez les collectivistes. On l’avait déjà vu laconique à l’égard de la démocratie qui ne peut que basculer entre «le totalitarisme d’un côté et l’avachissement général de l’autre ».[7] Mais bien qu’elle « porte par excellence et dans son essence elle-même la contradiction politique la plus exacerbée qui se puisse concevoir », Caron considère que dans une ère de barbarie et d’athéisme planétaire  « il serait folie d’essayer un autre régime politique (442) ».

Ouvertement et fièrement « judéo-vaticano-romain », il n’hésite pourtant pas à être corrosif à l’égard d’un certain monde catholique : Continuer à lire « Portrait de Maxence Caron par Friederike Migneco à partir du « Journal inexorable » : article paru dans la « Warte » du « Luxemburger Wort » »

Parution du Journal de Maxence Caron

JOURNAL INEXORABLE

de

MAXENCE CARON

Une année du Journal de Maxence Caron, 800 pages

Où l’on goûtera :

Littérature, Philosophie, Musique, Piano, Poëmes, Mirlitoneries, Aphorismes, Prière, Théologie, Histoire, Femmes, Politique

mais aussi un exhaustif défilé d’imbéciles élevés au rang de Caractères