Le Bloc-notes du « Service Littéraire » (février 2024)

Bloc-notes de Maxence Caron paru dans le numéro 178 du Service Littéraire (février 2024)

L’élyséenne stratégie du Pdt. Maquereau pour 2027 n’a pas encore fait l’objet d’une analyse lucide. Les choses sont pourtant claires aux yeux du non-rééligible aigrefin. Lorsqu’il aura tout accompli pour abaisser sa fonction au caniveau et se rendre imbuvable à son peuple, ce à quoi s’emploie et se surpasse la bassesse de son naturel, lorsqu’il aura provoqué cette victoire électorale des héritiers du fascisme, qu’il prévoit et prépare, alors, en un instant, les « insoumis » de la gauche totalitaire lanceront leurs milices contre le parti tout juste élu ; ils ont en effet ce marxiste espoir que naisse une conscience de classe et que les communautés allogènes les rejoignent afin de leur offrir la prise du pouvoir. Cette atmosphère de coup d’État qu’espère la gauche de gauche, commencera à l’annonce des résultats du scrutin, alors même que l’ancien mandat est actif et que la passation de pouvoir est lointaine. La Présidence de la République n’aura donc plus qu’à invoquer « l’intérêt supérieur de la nation » pour que l’article 16 de la Constitution apparaisse comme un moindre mal, et que soient ainsi votés les pleins pouvoirs au sortant. Parmi les soupirs de soulagement et le plus légalement du monde, voici finalement désigné dictateur extraordinaire celui même qui n’avait plus droit à l’exercice de l’autorité. 
La situation de tension entre les deux extrémités de « la droite » et de « la gauche » étant installée pour longtemps par la tyrannie centriste même qu’est devenu l’État occidental, il n’existera jamais aucun motif suffisant pour que les institutions entendent dispenser le pays de la nécessité d’une tyrannie. Au peuple on dira que c’est pour son bien et pour le salut de la république : « Lorsqu’un mauvais coup se mijote, il y a toujours une république à sauver », explique Le Président de Simenon joué par Gabin. 
C’est beau comme un mois de juillet 1940, et ce ne sera qu’un mois de mai 2027. L’humanité a-t-elle entre-temps appris quelque chose ? Non. Mais moi j’ai appris ceci : à quoi bon laisser aux peuples le vote s’ils n’en usent qu’à élire des dictateurs afin d’être protégés des despotes.  

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Scène de la vie romancière : « C’était la nuit. Avant de se travailler à gicler sa cendre dans un ventre rempli d’ovules morts, sur les bords de Seine le gentil Boucleglabre promenait l’irrésistible Porcella. » 
Quand les effondrés se servent de la pudeur c’est pour mieux dissimuler l’obscénité. 

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L’homme nomma « progrès » de commander à la matière, mais il ne prit pas garde de s’y obnubiler.

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« Ils l’attachèrent avec une double chaîne d’airain, et il tournait la meule dans la prison. » (Jg 16, 21) Cette charmante allégorie du couple gynocrate est l’état où fut décrit Samson après qu’il eut cédé à Dalila. La Bible est le livre de tant de prophéties… C’est le livre de l’année et des suivantes. Curieusement, l’auteur n’a jamais gagné aucun prix. Et l’on crucifia son Verbe. 
J’en sais combien dont le verbe est si accommodant qu’ils sont, pour ainsi dire, incrucifiablement lisibles. Oh ! ils sont aimés, ces tout lisses culs ! On leur dit du bien d’eux, ils ont une place dans le cœur des majorités, ils soignent leurs relations. « En vérité je vous le dis : ils ont leur récompense. » (Mt 6, 2) 

Maxence Caron

Bloc-notes de Maxence Caron (décembre 2023)

L’inaltérable grandeur du peuple juif vient de ce qu’il est le seul peuple surnaturel de l’histoire, le seul qui soit absolument « méta-physique ». C’est la raison pour laquelle les autres nations, qui de l’immanence se sont fait une religion, persécuteront jusqu’à la fin cette différence capitale du peuple hébreu. Elles persécuteront la pureté de la vérité transcendante que porte le peuple de l’élection, et dont le christianisme, qui est ce qu’il y a de plus puissamment juif, contient la plénitude d’expression.

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Au nom des bons sentiments qu’on leur connaît et sans le moindre regret pour ce dont l’histoire leur doit les conséquences, des gens « de gauche » battent le pavé de France en hurlant contre les Juifs. À quel satrape ne voteront-ils pas bientôt les pleins pouvoirs ! Car de Robespierre à Vichy, ce n’est pour eux, finalement et factuellement, que retour aux sources. À l’inverse d’à peu près tout le monde, je ne m’étonne point, toutefois, que dans le matérialiste pays d’une république athée tout spécialement bâtie pour désaltérer la revanche des gueux, le sentiment exprimé par la grasse éthique de ces déambulants grégaires soit à l’image de l’immanentisme sur quoi il est exactement fondé.

Quant aux fameux devoirs imposés aux mémoires par la gent républicaine, ils forment les consciences aux réflexes conditionnés, mais pas à la conscience. Quel que soit en effet le contenu de la déploration collective (génocide, esclavage…), aux yeux de l’État l’important est que ce contenu soit collectif : dans l’équation de cette organisation malsaine, ce contenu n’est qu’une variable indifférente, tandis qu’indépendamment de lui la constante est l’obligation de ne penser qu’uniformément, selon un formaliste ensemble d’opinions déclenchées par réflexe, quand on vous le demande. On ne juge là des choses que soviétiquement, sous injonction, en houraillis : comme le chien de Pavlov on ne bave qu’au bruit du métronome. Et le paradoxe surgit : malgré des années d’éducation républicaine et d’incantations diverses (« plus jamais ça », et cætera), des masses infâmes butissent encore leurs clameurs antisémites. Dans la nature de la république athée rien n’interdit cette ignominie, bien au contraire : le mot tellement laid de « laïque » a pour sens originel « ordinaire, vulgaire, commun » (cf. le latin laicus). Un État laïc se veut ainsi structurellement populaire, violent et grossier : il marche vers le fascisme comme vers sa vérité. Et c’est un fait, le fascisme n’est jamais né du droit divin. La « basse république » – traduction de respublica laica – ne veut jamais regarder vers le haut, elle n’est pas faite pour l’humanité de l’homme car il est celui qui, anthropos, se tourne vers le ciel (ana-tropos). Cet État athée ne rend pas impossible le crime contre l’humanité, mais il le couve et le nourrit : l’histoire contemporaine en est la suffocante démonstration. Rien n’a changé, donc rien ne change : sur les boulevards un peuple de possédés vocifère contre les Juifs. Évidemment : on leur a enseigné la théophobie laïque comme seule institution possible. Comment comprendraient-ils le caractère sacré du peuple méta-physique par essence, comment aimeraient-ils la singularité du peuple juif ? On leur a appris « la république ordinaire ». Ces braillements immondes n’auraient pas lieu si l’on enseignait la Torah ou l’Évangile. Aussi, tandis qu’à l’époque les laïcs avaient internationalement fait litière des promesses de Balfour, Pie XI, déployant la force déjà incluse dans le Concile de Trente, rappelait que les catholiques étaient spirituellement sémites, avant de publier en 1936 l’encyclique Mit brennender Sorge contre le nazisme et l’antisémitisme.

J’ai l’archet en main, je termine. Face à ce taudis de morale dont, accroupis dans leur youpala de vertus rhétoriques, les républicains athées font un cirque ambulant qui ne recule devant aucun processionnement antisémite, je propose la beauté de la raison : je propose la voie des Sémites spirituels, je propose le catéchisme de l’Église catholique. Son dernier éditeur se nomme saint Jean-Paul II.

Maxence Caron

Service Littéraire n° 176, décembre 2023

Nouvelle édition du « Bouquins » Rivarol, Chamfort, Vauvenargues

Victime de son succès en dépit de plusieurs tirages déjà, le volume « Bouquins » des Oeuvres complètes d’Antoine de Rivarol, contenant également les Oeuvres majeures de Chamfort et de Vauvenargues, était épuisé. Il atteignait des prix extravagants sur le marché de l’occasion.

Une nouvelle édition paraît ces jours-ci.

Rivarol, Chamfort, Vauvenargues : « L’art de l’insolence », édition de Maxence Caron, préface de Chantal Delsol, collection Bouquins, 1536 pages.

Le premier ouvrage en français sur Robert Penn Warren

Il n’existait à ce jour aucun travail d’ampleur sur Robert Penn Warren autrement qu’en anglais, et il n’existait aucun ouvrage francophone sur l’auteur des Fous du roi. On mesurera donc l’importance de la publication en français de la biographie de référence américaine de Joseph Blotner :

Joseph Blotner, Robert Penn Warren : une biographie, traduction de Thibaut Matrat, préface de Maxence Caron, 900 pages, Séguier / Perrin, en librairie le 28 septembre 2023.

Puissance de sainte Catherine de Sienne

Lettre 1, au pape Grégoire XI (extrait simplifié des Œuvres complètes de sainte Catherine, intégralement rééditées aux Belles Lettres en un volume en 2019, avec la grande biographie que lui consacre Raymond de Capoue)

Au nom de Jésus crucifié et de la douce Marie [1],

1.Très révérend et très aimé Père dans le Christ Jésus, votre indigne et pauvre misérable petite fille, Catherine, la servante et l’esclave des serviteurs de Jésus-Christ, vous écrit dans son précieux sang, avec le désir de vous voir un arbre fertile qui donne en abondance des fruits délicieux, parce qu’il est planté dans une terre féconde. Il sécherait, s’il n’était pas dans cette terre, et il ne donnerait pas de fruits ; cette terre est la vraie connaissance de vous-même, L’âme qui se connaît s’humilie, parce qu’elle ne voit aucune raison de s’enorgueillir, et elle nourrit en elle le bon fruit d’une ardente charité, parce qu’elle y voit l’infinie bonté de Dieu ; elle reconnaît qu’elle n’est pas; et l’être qu’elle possède, elle l’attribue à Celui qui est. Alors, il semble que l’âme soit contrainte d’aimer ce que Dieu aime, et de détester ce qu’il déteste.

2. O douce et bonne connaissance, qui portes avec toi le glaive de la haine cette haine te fait tendre la main du saint désir, pour arracher et détruire le ver de l’amour-propre. Ce ver gâte et ronge la racine de notre arbre, tellement, qu’il ne peut plus produire des fruits de vie, mais qu’il dessèche et qu’il perd sa verdure. Car celui qui s’aime, nourrit en lui ce funeste orgueil, source et principe de tout mal dans toutes les conditions, que l’on commande ou qu’on obéisse. Celui qui s’isole dans l’amour de lui-même, celui qui s’aime pour lui et non pour Dieu, ne peut que mal faire, et toute vertu est morte en lui. Il ressemble à une femme qui met au jour des enfants morts. Car il ne possède pas la vie de la charité ; il songe à sa propre gloire, et non pas à celle du nom de Dieu. Aussi, je le dis, s’il commande, il fait mal, parce que, par amour de lui-même et pour ne pas déplaire aux créatures, dont l’intérêt et l’amour-propre le rendent esclave, il étouffe en lui la sainte justice. Il voit les défauts et les péchés de ceux qui lui sont soumis, et il fait semblant de ne pas les voir, pour ne pas les reprendre ; ou, s’il les reprend, c’est avec une telle nonchalance et une telle lâcheté de cœur, qu’il ne produit aucun effet. Il ménage ainsi le vice, parce qu’il craint de déplaire et de s’attirer des ennemis. Il s’aime lui-même, et il ne fait rien pour avoir la paix, et c’est la plus grande cruauté qu’il puisse commettre. Si la plaie, quand il le faut, n’est pas brûlée avec le feu et taillée avec le fer, si on y met seulement du baume, non seulement elle ne guérit pas, mais encore elle se corrompt et elle donne la mort.

3. Hélas ! hélas ! mon très doux Père, c’est ce qui fait que ceux qui obéissent se perdent dans le désordre et l’iniquité. Hélas ! je le dis en gémissant, combien est dangereux ce ver rongeur de l’amour-propre, qui non seulement donne la mort au pasteur, mais en fait périr aussi tant d’autres ! Pourquoi emploie-t-il de semblables moyens ? Parce qu’il redoute la peine. Le baume qu’il applique aux malades ne déplaît à personne, et personne ne lui en saura mauvais gré. Il n’a pas contrarié le malade, qui voulait du baume ; il lui en a donné. O misère humaine ! Le malade est aveugle, parce qu’il ne connaît pas son besoin ; le pasteur qui soigne est aveugle, car il ne voit et ne regarde que son plaisir et son utilité personnelle ; et, pour ne pas se nuire, il n’use pas du fer de la justice, ni du feu d’une ardente charité. Il arrive ce que dit le Christ : « Si un aveugle en conduit un autre, ils tomberont tous les deux dans le précipice. » Le malade et le médecin se précipitent dans l’enfer. C’est bien là un pasteur mercenaire ; car non seulement il n’arrache pas ses brebis à la dent du loup, mais encore il les dévore lui-même. Et pourquoi cela ? Parce qu’il s’aime sans aimer Dieu, et il ne suit pas le doux Jésus, le vrai Pasteur, qui a donné sa vie pour ses brebis. Il est donc bien dangereux pour soi et pour les autres, cet amour coupable ; et il faut bien le fuir ; car il est la source de tout mal. J’espère, par la bonté de Dieu, Ô mon vénérable Père, que vous l’étoufferez en vous. Vous ne vous aimerez pas pour vous, vous n’aimerez pas le prochain pour vous, ni Dieu non plus ; mais vous l’aimerez parce qu’il est l’éternelle et souveraine Bonté, parce qu’il est digne d’être aimé. Et vous vous aimerez, vous aimerez le prochain pour l’honneur et la gloire du doux nom de Jésus. Oui, je veux que vous soyez ce bon et véritable pasteur ; que, si vous aviez mille vies, vous soyez prêt à les donner toutes pour l’honneur de Dieu et le salut des créatures. O mon Père bien-aimé, vous le Christ de la terre, imitez le doux saint Grégoire ; vous pouvez faire ce qu’il a fait, car il était homme comme vous, et Dieu est toujours ce qu’il était alors. Il ne nous manque que le courage et la faim du salut des âmes. Mais, mon Père, le moyen de l’acquérir, c’est de nous séparer de cet amour de nous-mêmes et des créatures en dehors de Dieu : il ne faut plus s’arrêter aux amis, aux parents, aux intérêts temporels, mais seulement à la vertu, aux intérêts spirituels. Les choses de la terre ne périssent que parce qu’on néglige celles du ciel.

4. Efforçons-nous donc d’avoir cette glorieuse faim qu’avaient les saints et vrais pasteurs d’autrefois éteignons en nous le feu de l’amour-propre. Imitons ceux qui combattaient le feu avec le feu. Ils avaient tellement dans leurs cœurs le feu d’une ardente charité, qu’ils avaient faim des âmes et qu’ils s’en nourrissaient avec délices. O feu doux et glorieux, dont la vertu est si grande, qu’elle éteint le feu des plaisirs déréglés et de l’amour de nous-mêmes aussi promptement qu’une goutte d’eau disparaît dans une fournaise ! Si on me demande comment on acquiert ce feu et cette faim, puisque de nous-mêmes nous ne sommes que des arbres stériles, je répondrai que c’est en s’attachant à l’arbre fertile de la très sainte et très douce Croix ; là se trouve l’Agneau immolé pour notre salut, avec tant d’amour, qu’il semble ne pouvoir se rassasier. Il crie encore qu’il a soif, comme s’il disait : Mon ardeur, ma soif, mon désir de votre salut sont plus grands que je ne puis vous le montrer par ma passion, qui n’est pas infinie. O doux et bon Jésus, que les pontifes, les pasteurs et toutes les créatures rougissent de leur ignorance, de leur orgueil et de leurs jouissances, en voyant cette générosité, cette bonté, cet amour ineffable de notre Créateur, qui s’est montré à nous, dans notre humanité, comme un arbre riche de fruits doux et suaves, pour que nous puissions nous greffer sur lui. C’est ce que firent le fidèle saint Grégoire et les autres bons pasteurs ; ils virent qu’il n’y avait aucune vertu en eux, et ils s’attachèrent au Verbe, notre arbre divin. Ils s’y greffèrent en s’unissant à lui par les liens de l’amour, parce que l’oeil se fixe et s’attache là où il voit le bien et la beauté. Ils s’étaient tellement liés à lui, qu’ils ne se voyaient plus, mais qu’ils voyaient et goûtaient tout en Dieu. Le vent de la tempête, les démons, les créatures ne pouvaient les empêcher de porter de bons fruits, parce qu’ils étaient greffés sur la sève de Jésus, notre bon arbre, et les fruits qu’ils donnaient étaient pleins de de cette douce sève de la charité, dans laquelle ils étaient unis.

5. C’est ainsi que je veux vous voir. Si jusqu’à présent vous n’avez pas été bien ferme, je vous demande et je vous conjure, pour le temps qui vous reste, d’agir en homme courageux, et de suivre le Christ, dont vous êtes le Vicaire. Ne craignez rien, Ô Père, des vents furieux qui se sont élevés, et de ces enfants dénaturés qui se sont révoltés contre nous. Ne craignez rien, parce que le secours de Dieu est prêt. Veillez aux choses spirituelles, mettez de bons pasteurs et de bons gouverneurs dans nos villes ; car ce sont les mauvais, pasteurs et les mauvais gouverneurs qui ont fait naître la révolte. Appliquez vite le remède ; confiez-vous dans le Christ Jésus, et ne craignez rien. Avancez donc, et accomplissez avec un saint zèle les bonnes résolutions que vous avez prises ; retournez à Rome, et entreprenez une glorieuse croisade. Ne tardez pas davantage ; vos lenteurs ont fait naître beaucoup d’embarras ; le démon a travaillé et travaille encore pour empêcher ce qui doit se faire, parce qu’il y trouve sa ruine. Courage, Saint Père, plus de négligence ; levez l’étendard de la sainte Croix ; c’est l’odeur de la Croix qui vous donnera la paix. Je vous supplie d’inviter les rebelles à une sainte paix, pour que toute la guerre se tourne contre les infidèles. J’espère que l’infinie bonté de Dieu vous enverra un prompt secours… Courage donc, courage venez, oui, venez consoler les pauvres serviteurs de Dieu, vos enfants. Nous vous attendons avec un ardent et tendre désir. Pardonnez-moi, mon Père, tout ce que je vous ai dit. Vous le savez, c’est de l’abondance du cœur que parle la langue. J’en suis sûre, vous serez l’arbre que je désire voir, et rien ne vous arrêtera.

6. Je vous prie d’envoyer porter aux habitants de Lucques et de Pise les paroles paternelles que Dieu vous inspirera ; secourez-les autant que vous pourrez, et invitez-les à demeurer fermes et fidèles. Je suis restée jusqu’à ce moment à Pise et à Lucques, en les engageant de tout mon pouvoir à ne pas se liguer avec les coupables qui se sont révoltés contre vous. Mais ils sont dans une grande perplexité, parce qu’ils ne reçoivent de vous aucun secours, et qu’ils sont, au contraire, travaillés et menacés par vos ennemis : ils n’ont cependant encore rien promis. Je vous prie d’écrire aussi d’une manière plus pressante à messire Pierre. Faites-le avec affection, et ne tardez pas. Je ne vous en dis pas davantage.

7. J’ai entendu dire ici que vous aviez nommé des cardinaux. Je crois que l’honneur de Dieu et nos intérêts demandent que vous vous appliquiez à choisir des hommes vertueux. Si vous faites le contraire, vous encourrez le blâme de Dieu, et vous nuirez à la sainte Église Nous ne devons pas ensuite nous étonner si Dieu nous envoie les châtiments et les fléaux de sa justice. Faites, je vous prie, ce que vous avez à faire avec courage et crainte de Dieu.

8. J’ai appris que vous vouliez élever à un autre dignité le Maître de notre Ordre je vous demande, par amour de Jésus crucifié, que, s’il en est ainsi, vous nous donniez un bon et vertueux vicaire. Notre Ordre en a besoin, car il est bien inculte. Vous pourrez en causer avec messire Nicolas d’Osimo et avec l’Archevêque d’Otrante. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Je vous demande humblement votre bénédiction. Pardonnez, si j’ose ainsi vous écrire. Doux Jésus. Jésus amour.

[1] : Toutes les lettres de sainte Catherine commencent par ces mots : Al nome di Jesù Cristo crocifisso, e di Maria dolce. Elles finissent par ceux-ci : Jesù dolce, Jesù amore. Sainte Catherine prend le titre de serva e schiava de’servi di Jesù Cristo ; imitant ainsi l’humlité des souverains pontifes, qui signent servus servorum Dei. Ce fut saint Grégoire qui le premier adopta cette formule en opposition aux titres fastueux que prenait le patriarche de Constantinople.