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Le Verbe proscrit, 3e tome du Système de Maxence Caron, est sous presse.

Volume grand format, mise en page dense. Tout pour déplaire.

Parution à la rentrée.

Le 4e et dernier tome (Traité fondamental de la seule Philosophie) et la nouvelle édition du 1er (La Vérité captive) paraîtront ensemble au trimestre suivant.


NB : Le nombre de pages indiqué pour l’instant par certains sites de vente en ligne est erroné. Le Verbe proscrit fait 1350 p.

Quoi de neuf ? Rabelais

RABELAIS

OEUVRES COMPLÈTES, édition « bilingue » sous la direction de Romain Menini

Parution le 8 septembre

Texte original nouvellement établi d’après les recherches les plus récentes et accompagné d’une translation en français moderne. Collection « Bouquins ». 2016 pages. — Nouvelle édition de référence.

Ouvrage publié sous la direction de Maxence Caron

Ce volume rassemble tout ce qui nous est parvenu de l’œuvre de François Rabelais (1483-1553). D’abord, la fiction : cinq livres d’aventures gigantales et une Pantagruéline Prognostication, publiés dans l’ordre chronologique, et dont le texte original est accompagné d’une nouvelle translation en français de nos jours. Ensuite, les œuvres diverses : les lettres, les poèmes, les dédicaces, préfaces, almanachs et la Sciomachie, qui, souvent méconnues, sont l’indispensable contrepoint des romans majeurs de l’humaniste français et permettent de le suivre tout au long de sa vie. Au sein de cet ensemble riche, cohérent et varié, ici revu au plus juste par ses éditeurs, le lecteur aura le privilège de découvrir certains inédits. Chaque fois des introductions et une riche annotation éclairent l’histoire du texte et permettent d’entrer dans le jeu de l’interprétation.
Tout Rabelais en un seul livre, qui s’ouvre à tous les niveaux de lecture, à la découverte autant qu’à l’érudition. « C’est pourquoi il faut ouvrir le livre, et soigneusement peser ce qui y est exposé. » Simple farce ? Sens caché ? Satire subtile ? Théologie ? « Chacun abonde en son sens », dit énigmatiquement Pantagruel avant d’ajouter : « seulement me déplaît la nouveauté et mépris du commun usage ». Car le moine franciscain Rabelais est un philosophe bâtisseur, un constructeur spirituel de républiques mentales et de monastères parfaits, comme l´illustre sa fameuse Abbaye de Thélème. L’ébranlement du monde par le rire monumental n’a lieu qu’à la lumière de ce qui est assez consciemment sublime pour rendre ce monde risible.
Pantagruel et Gargantua ont cinq cents ans. Plus que des personnages, les géants de Rabelais ont atteint au mythe. Ils font rire, ils font penser, ils doutent, ils savent, ils apprennent, ils connaissent. Le style inouï qui les fait vivre est la noce où un auteur capital fait pivoter l’histoire, dans la conscience totale du passé et l’ouverture illimitée de l’avenir. En l’oeuvre inépuisable de Rabelais explose le commencement qui fonde la langue française et produit ses possibilités.

Bloy révèle au monde Lautréamont

C’est Léon Bloy qui, en 1890, écrivit le premier sur le génie de Lautréamont. Personne ne savait alors l’identité de l’auteur : le nom d’Isidore Ducasse, mort à 24 ans en 1870, était inconnu. Et personne n’avait lu les Poésies I et II que Ducasse avait publiées sous son nom quelques mois après avoir été le « Lautréamont » des Chants de Maldoror. Bloy écrit donc sans avoir idée de la « conversion » dont ces Poésies font état, qui commencent par cette phrase : « Je remplace la mélancolie par le courage, la doute par la certitude, le désespoir par l’espoir, la méchanceté par le bien, le doute par la foi, les sophismes par la froideur du calme et l’orgueil par la modestie. »

Le seul exemplaire conservé des Poésies sera découvert par Rémy de Gourmont à la Bibliothèque nationale en 1891, un an après le texte bloyen. Et l’oeuvre ne paraîtra qu’en 1919, deux ans après la mort de Bloy.

LE CABANON DE PROMÉTHÉE

À Georges Rouault

Les imaginations mélancoliques ont toujours adoré les ruines. Les employés de la Tristesse et les Comptables de la Douleur ont à peine, quelquefois, d’autres domiciles pour se repaître, pour se propager et pour s’assoupir.

C’est là, surtout, qu’en des songes de suie ou de lumière, leur viennent les péremptoires suggestions d’un Infini persistant, quoique mal famé, dans l’auberge de l’existence où l’on s’accoutume, de plus en plus, à bafouer les éternités.

Il est certain que les très-vieilles pierres, anciennement remuées et taillées par l’homme, dégagent d’immortels effluves de toutes les âmes disparues qu’elles abritèrent autrefois et qui les avaient oxydées de leurs joies ou de leurs douleurs.

La patine des murs tombants fut, à la longue, déterminée par l’haleine des cœurs en travail d’angoisse et par les moites mains qui tremblèrent, en s’y appuyant, au milieu des siècles.

Les yeux même, les pauvres yeux qui les regardèrent si souvent, comme un horizon, avant de s’éteindre à jamais, semblent avoir laissé quelque chose de leurs clartés, calmes ou tragiques, sur ces réflecteurs attentifs de tant de périssables flambeaux.

Et les ruines vont toujours se multipliant, jusqu’à tout combler, sur notre planète sénile qui n’en roule pas moins dans le merveilleux espace, — comme une cinquième roue d’Ézéchiel rebutée du camion des prophéties, — offrant impassiblement aux jours et aux nuits le Dies iræ silencieux de ses implacables poussières.

On en voit de ces reliques de la ténébreuse histoire, qui assument, en quelques pieds carrés, la moisissure de plusieurs empires archi-défunts dont nul peuple ne se souvient et qui font éclater l’insuffisance des savantissimes. Il en est d’autres moins émiettées, moins pilonnées par le temps, qui vocifèrent à leur façon, par leurs fentes, par leurs crevasses et du fond de leurs alcôves de reptiles, l’invalidité des catastrophes ou des épopées d’hier, dont nos mandarins sont à peine mieux informés.

Toutes, en vérité, sont néanmoins, très-puissantes sur le rêveur penché au-dessus du puits de la Mort qui est précisément son âme, — au fond de laquelle chaque atome croulant produit un tonnerre composé des éclats de joie ou des sanglots, des rugissements d’amour ou des ramages de désespoir de plusieurs millions de cousins germains qu’il n’a pas connus, mais dont il répercute, en sa profondeur, la dolente consanguinité.

*

Il est une autre sorte de ruines, un peu plus curieuses, vraiment, que toutes les ruines fameuses de l’Orient ou de l’Occident qui font bramer les poètes et blanchir les archéologues.

Celles-là, nul ne les explore, le monde ignore jusqu’à leur existence et la sollicitude réclamière des guides ne les signale jamais à l’attention des crevants d’ennui qui font voiturer leurs carcasses pleines de dégoût sur l’épine dorsale du globe.

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Prochaines parutions maxenciennes

Version 2

Maxence Caron a achevé en décembre 2020 la tétralogie de son Système nouveau de la philosophie. Il en a écrit les deux derniers livres :

Le Verbe proscrit (De la philosophie, III)

Traité fondamental de la seule Philosophie (De la philosophie, IV)

Les deux ouvrages paraîtront aux Belles Lettres, le premier en octobre prochain, le second en février.

Ils sont publiés dans le même grand format que La Transcendance offusquée (17 x 24). Dans ce format les 5,5 millions de signes que comprend Le Verbe proscrit tiennent en 1400 p., et le Traité fondamental de la seule Philosophie fait environ 1200 p.

Le tome 1 du Système, La Vérité captive, était épuisé : une nouvelle édition paraîtra aux Belles Lettres en même temps que le Traité fondamental de la seule Philosophie. Cette monumentale tétralogie devrait donc être intégralement disponible dans les mois prochains.

Maxence Caron a également achevé plusieurs autres oeuvres de littérature et de poésie ces derniers mois. Nous en parlerons en temps voulu, et publierons bientôt sur notre site une mise à jour de sa bibliographie.

Pour mémoire :

Plan de la Tétralogie

  1. La Vérité captive (De la philosophie, I)
  2. La Transcendance offusquée (De la philosophie, II)
  3. Le Verbe proscrit (De la philosophie, III)
  4. Traité fondamental de la seule Philosophie (De la philosophie, IV)

« La Vie de Molière », de Grimarest

LA VIE DE M. DE MOLIERE.

A PARIS,

Chez JACQUES LE FEBVRE, dans

la grand’Salle du Palais,

au Soleil-d’Or.

M.DCCV.

AVEC PRIVILÈGE DU R0I

APPROBATION.

J’ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier LA VIE DE MOLIÈRE & j’ai cru que le Public la verroit avec plaisir, par l‘intérêt qu’il prend à la mémoire d’un auteur si Illustre. FAIT à Paris ce 15° Décembre I704. 

FONTENELLE.

Le Privilège du Roy, en date du 11 Janvier 1705, est au nom de Jean-Leonor LE GALLOIS, SIEUR DE GRIMAREST.


LA VIE DE M. DE MOLIÈRE 

Il y a lieu de s’étonner que personne n‘ait encore recherché la Vie de M. de Molière pour nous la donner. On doit s’intéresser à la mémoire d’un homme qui s‘est rendu si illustre dans son genre. Quelles obligations notre Scène comique ne lui a-t-elle pas? Lorsqu’il commença à travailler, elle étoit destituée d’ordre, de mœurs, de goût, de caractères ; tout y étoit vicieux. Et nous sentons assez souvent aujourd’hui que sans ce Génie supérieur le Théâtre comique seroit peut-être encore dans cet affreux chaos, d’où il l’a tiré par la force de son imagination ; aidée d’une profonde lecture, et de ses réflexions, qu’il a toujours heureusement mises en œuvre. Ses Pièces représentées sur tant de Théâtres, traduites en tant de langues, le feront admirer autant de siècles que la Scène durera. Cependant on ignore ce grand Homme ; et les foibles crayons, qu’on nous en a donnez, sont tous manquez ; ou si peu recherchez, qu’ils ne suffisent pas pour le faire connoître tel qu’il étoit. Le Public est rempli d’une infinité de fausses Histoires à son ocasion. Il y a peu de personnes de son temps, qui pour se faire honneur d’avoir figuré avec lui1 n’inventent des avantures qu’ils prétendent avoir eues ensemble. J’en ai eu plus de peine â déveloper la vérité ; mais je la rends sur des Mémoires très-assurez ; et je n’ai point épargné les soins pour n’avancer rien de douteux. J’ai écarté aussi beaucoup de faits domestiques, qui sont communs à toutes sortes de personnes ; mais je n’ai point négligé ceux qui peuvent réveiller mon Lecteur. Je me flate que le Public me sçaura bon gré d’avoir travaillé : je lui donne la Vie d’une personne qui l’ocupe si souvent ; d’un Auteur inimitable, dont le souvenir touche tous ceux qui ont le discernement assez heureux pour sentir à la lecture, ou à la représentation de ses Pièces, toutes les beautez qu’il y a répandues.

Mr de Molière se nommait Jean-Baptiste Pocquelin ; il estoit fils et petit-fils de Tapissiers, Valets-de-Chambre du Roy Louis XIII. Ils avoient leur boutique sous les pilliers des Halles, dans une maison qui leur appartenoit en propre. Sa mère s’appelloit Boudet : elle étoit aussi fille d’un Tapissier, établi sous les mêmes piliers des Halles.

Les parens de Molière l’élevèrent pour être Tapissier ; et ils le firent recevoir en survivance de la Charge du père dans un âge peu avancé : ils n’épargnèrent aucuns soins pour le mettre en état de la bien exercer ; ces bonnes Gens n’aïant pas de sentimens qui dûssent les engager à destiner leur enfant à des occupations plus élevées : de sorte qu’il resta dans la boutique jusqu’à l’âge de quatorze ans ; et ils se contentèrent de lui faire apprendre à lire et à écrire pour les besoins de sa profession.

Molière avoit un grand-père, qui l’aimoit éperduement ; et comme ce bon homme avoit de la passion pour la Comédie, il y menoit souvent le petit Pocquelin, à l’Hôtel de Bourgogne. Le père qui appréhendoit que ce plaisir ne dissipât son fils, et ne lui ôtât toute l’attention qu’il devoit à son métier, demanda un jour à ce bon homme pourquoi il menoit si souvent son petit-fils au spectacle ? « Avez-vous », lui dit-il, avec un peu d’indignation, « envie d’en faire un Comédien ?— Plût à Dieu », lui répondit le grand-père, « qu’il fût aussi bon Comédien que Belleroze » (c’étoit un fameux Acteur de ce tems là). Cette réponse frapa le jeune homme, et sans pourtant qu’il eût d’inclination déterminée, elle lui fit naître du dégoût pour la profession de Tapissier ; s’imaginant que puisque son grand-père souhaitoit qu’il pût être Comédien, il pouvait aspirer à quelque chose de plus qu’au métier de son père.

Cette prévention s’imprima tellement dans son esprit, qu’il ne restoit dans la boutique qu’avec chagrin : de manière que revenant un jour de la Comédie, son père lui demanda pourquoi il estoit si mélancholique depuis quelque tems ? Le petit Pocquelin ne put tenir contre l’envie qu’il avoit de déclarer ses sentimens à son père : il lui avoua franchement qu’il ne pouvoit s’accommoder de sa Profession ; mais qu’il lui feroit un plaisir sensible de le faire étudier. Le grand-père, qui étoit présent à cet éclaircissement, appuya par de bonnes raisons l’inclination de son petit-fils. Le père s’y rendit, et se détermina à l’envoyer au Collège des Jésuites.

Le jeune Pocquelin étoit né avec de si heureuses dispositions pour les études, qu’en cinq années de tems il fit non seulement ses Humanitez, mais encore sa Philosophie.

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