Claudel, « Oeuvres prophétiques »

Parution le 4 septembre 2026

Paul Claudel, Oeuvres prophétiques, édition établie par Maxence Caron, préface de Soeur Marie de l’Assomption, collection « Classiques favoris », Les Belles Lettres, 2026, broché, grand format, 1014 pages

Ecouter un extrait en suivant ce lien

Lire un extrait sur Calameo

Cet ouvrage n’a guère à voir avec ce que l’on publia jusqu’à présent de Claudel (1868-1955). Il est un fait qu’en dehors de quelques titres, l’un des plus célèbres écrivains du monde n’est aujourd’hui connu dans son pays que de nom. Ce volume édite ses livres capitaux. Il est préfacé par Émilie d’Arvieu (Soeur Marie de l’Assomption), dominicaine et arrière-petite-fille du grand homme.
Claudel n’est pas un écrivain comme les autres : derrière cette force qui plonge dans le puits de Jacob un bras sculpté par Isaïe, Eschyle et Rimbaud, il est la plus puissante figure fondatrice de l’Histoire contemporaine. Cette figure est encore si proche de nous, que nous commençons seulement d’apercevoir l’ampleur où conduit sa parole. Entrant un jour de Noël à Notre-Dame ce « grand coeur catholique », qui d’abord ne le fut point, se convertit au christianisme de manière aussi fulgurante qu’inattendue. Il fréquente alors chez Mallarmé où il se rencontre avec la jeune avant-garde. Irréductible aux manières des habitués de la rue de Rome, Claudel crée une oeuvre souverainement affirmative en qui l’art est indissociable de l’annonce de la Vérité. Or, annoncer la Vérité, c’est ce que signifie précisément le mot « prophétie ».
Prophétiques, les oeuvres de Claudel le sont par nature : armées de l’héritage de l’immortalité antique dont elles déduisent un symbolisme universel, elles dépassent les avant-gardes. Claudel traverse ainsi les genres littéraires, qu’il soumet à cette exigence prophétique et dont il obtient une parole nouvelle et éternelle. Poète, bien sûr, puis dramaturge dont le théâtre est un poème à plusieurs voix, il est d’abord un penseur au sens le plus pur. Ainsi, après avoir achevé Le Soulier de satin, il laisse le théâtre et consacre trente ans de sa vie à l’invention d’une nouvelle forme : la méditation biblique totale, en qui s’unissent tous les arts au sein d’une seule pensée récapitulant sa plénitude. Ces livres de philosophie, véritablement katholiques, prolongent sa recherche poétique qui, dépassant à présent le cadre d’un « théâtre dont la scène est le monde », épouse en une langue sublime les contours de l’Écriture Sainte afin de découvrir le sens de notre monde et la clef de son avenir. Jamais de tels textes n’avaient été écrits. Avant que Claudel ne manifestât cette unité qui mène des Cinq grandes Odes à Un poète regarde la Croix en passant par l’étincelant examen de notre époque au regard de l’Apocalypse, jamais n’avait été établie la cohérence qui va de la poésie à la pensée la plus intense. C’est ce parcours, cette cohérence, cet art, cette unité d’une vie qu’incarne notre ouvrage en réunissant les livres majeurs où, traçant son chemin entre grands poèmes et traités bibliques abyssaux, se révèle la pensée prophétique de Claudel.

TABLE DES MATIÈRES EN ABRÉGÉ *

CINQ GRANDES ODES

PROCESSIONNAL POUR SALUER LE SIÈCLE NOUVEAU

UN POËTE REGARDE LA CROIX

DU SENS FIGURÉ DE L’ÉCRITURE (Introduction au livre de Ruth)

L’ÉPÉE ET LE MIROIR

CORONA BENIGNITATIS ANNI DEI

LA MESSE LÀ-BAS

L’OFFRANDE DU TEMPS

FEUILLES DE SAINTS

PAUL CLAUDEL INTERROGE L’APOCALYPSE

* On peut consulter le détail de la table sur le site des Belles Lettres

Claudel : « Abrégé de toute la Doctrine Chrétienne »

Paul Claudel

ABRÉGÉ DE TOUTE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE

1. Dieu est l’Être parfait, en qui toute puissance est acte ; inaccessible à nos sens, et de qui nous pouvons affirmer seulement qu’il est, et ce qu’il n’est pas.

2. A quoi reconnaissons-nous un être vivant que nous ne voyons pas ? Au mouvement qu’il détermine. La taupe sous la terre, le lièvre dans la haie, le cœur sous les doigts. Or, nous voyons que tout l’univers remue. Tout, en ce monde est mouvement, et témoigne de l’agitation sacrée de la créature, toujours en état de création, incapable d’exister par elle-même, de subsister, en présence d’un Créateur immobile ; tout trahit l’afflux.

3. La foi nous permet d’aller plus avant dans le mystère de la physiologie divine et d’y distinguer trois relations ou fonctions, ou rôles ou personnes : le Père qui engendre ; le Fils ou Parole, ou Raison, qui en existant dit éternellement au Père ce qu’il est ; l’Esprit, ou Émanation, ou Amour, qui est de l’un à l’autre la procession, l’Haleine inspirée et aspirée. 

4. Dieu étant tout-puissant n’a créé que des choses bonnes. On appelle bonne une chose exactement adaptée à son service. Une bonne plume, un bon cheval ; plus ou moins bonne suivant que plus ou moins adaptée. Dieu n’a créé que des choses très bonnes, c’est-à-dire parfaitement adaptées, suivant leur ordre, à lui rendre un témoignage évident, à le clarifier. L’imperfection de l’ouvrage ne résulte en effet que d’un obstacle étranger à la volonté de l’ouvrier.

5. Or, nous voyons qu’actuellement et en fait les choses ne sont plus très bonnes, c’est-à-dire parfaitement adaptées à nos yeux, à rendre au Créateur un témoignage clair. Nous ne comprenons plus leur langage. Que dire, si nous nous regardons nous-mêmes ?

6. Nous vivons donc dans un état de désordre. Il y a eu une viciation de l’Ordre primitif, du commandement qui a enjoint aux choses d’apparaître, un gauchissement de certains rouages qui cause du frottement dans tout l’appareil. Ce désordre, par définition, ne peut être l’œuvre du Créateur, puisque toute chose est bonne du seul fait qu’elle soit son œuvre. Il ne peut donc être l’œuvre que de la créature libre, libre de se prendre elle-même pour fin, au lieu de Dieu qui n’a pas de fin.

Différence, préférence. Cette préférence vicieuse est le péché dit originel, qui a pour cause cette différence originelle d’avec Dieu en qui l’être se complaît, se plaît en tant que tel.

7. La conséquence du péché originel, par qui l’être fini se choisit pour fin, est la Fin ou mort, ou séparation. Séparation des anges rebelles éternellement inassimilables à la vie, mort de l’homme qui perd son corps ou la différence essentielle en qui il s’était complu.

8. Par le péché, l’homme a soustrait à Dieu son corps, le service de son corps (à qui toute la nature se rattache solidairement). Il cesse d’être adapté. Ce qu’il a dérobé innocent, il ne peut le rendre pécheur. Dieu seul peut rendre Dieu (ou l’œuvre de Dieu) à Dieu par une espèce de recréation, de régénération. Fiat, dit le Père, voluntas meaFiat voluntas tua, répond le Fils.

9. Après la faute, l’homme cache, avoue, retrouve, enfouit son origine et son larcin au ventre de la femme : Dieu ressort après les générations révolues du sein de Marie Immaculée.

10. Par la faute, l’homme a accepté la fin, ou mort, ou limite, ou séparation ; par la croix, le Fils de l’Homme a accepté la fin, ou mort, ou destruction de la limite et de la séparation.

11. Par notre union au Christ, son Chef, dans l’unité visible de l’Église, le corps des fidèles est restitué à Dieu. Il faut communiquer au Christ. Pour tenir à la tête, il faut être corps. Nous sommes Corps de l’Église par notre soumission à la forme, c’est-à-dire aux Sacrements qui en sont les canaux.

12. Le Christ est avec nous. Il ne cesse pas d’être présent à son Église comme docteur par le Pape et la hiérarchie, comme médecin par le Sacrement de Pénitence, comme nourriture par l’Eucharistie.

13. Ainsi la joie éternelle n’est pas loin de nous. Ce n’est pas un rêve ou un appétit morbide, c’est un besoin organique et légitime de notre nature, le plus essentiel. Le Royaume des Cieux est en nous. Il réside dans un acte libre de notre volonté, de notre consentement à la Grâce qui nous sollicite. Royaume, soumission à un « ordre » accepté. Il consiste dans l’ordre restitué de la créature soumise à son Créateur, et, à sa place, participant à sa vie. Fiat voluntas tua.

14. C’est pourquoi la vérité catholique s’apprend le mieux, non pas théoriquement, et par le seul mouvement de la tête qui écoute, mais pratiquement par le placement de toute notre personne dans son ordre vrai, comme un mot qui est mis à sa place, par l’orientation dans le site, par le service dans le corps. 

(Texte publié en 1906 et reproduit dans la Correspondance entre Suarès et Claudel, Paris, 1951)

Bossuet : parution de l’intégrale des Sermons

Les Sermons, suivis des Oraisons funèbres et des Panégyriques, édition complète établie par Maxence Caron, préface de Renaud Silly o.p., Les Belles Lettres, 2026, livre relié, 18 x 25 cm, XLIV + 2450 pages.

Écouter un extrait ici

« Ouvrage fondateur de notre langue, monument de la littérature universelle, les Sermons de Bossuet n’ont fait l’objet d’aucune édition depuis un siècle. En voici l’intégralité. La gloire de ces Sermons tient un éclat auquel nulle autre œuvre ne saurait atteindre. En une relation analogue à celle de Cicéron avec le latin, l’œuvre oratoire de Bossuet constitue ce cœur historique où le génie d’un homme donne ses fondations définitives à l’excellence d’une langue. Ses tournures, ses inventions, son réexamen des usages, son souffle n’ont ainsi cessé d’inspirer les hommes – tandis que Littré illustre constamment de cette voix son Grand Dictionnaire. Puisant au fond des âges pour nourrir l’élévation du siècle, « l’Aigle de Meaux » conjoint le latin, le grec et l’hébreu au sein d’un verbe dont les éblouissantes substructions, par sa parole, sont devenues l’architecture de la nôtre. « Bossuet imite les prophètes, car prophète lui-même, dit Lamartine, il donne à sa langue la hauteur, l’autorité, l’antiquité et la divinité de l’Ancien Testament » : l’accent de l’hébreu et la force de ses images passent avec lui dans le français « qui se moule, colossal, sur le génie incorrect et démesuré de ce Michel-Ange de notre langue ». 

Les Sermons sont l’œuvre d’une vie : Bossuet n’avait que 20 ans quand, bouleversant ses professeurs, il prêcha pour la première fois ; et il prêcha jusqu’à son dernier souffle. Il prononça ses sermons devant la cour aussi bien que devant ses humbles paroissiens. Placé aux plus hautes fonctions par le génie et non par l’intrigue, l’humilité et la force tissent sa personnalité : Mme de La Fayette le décrit ainsi « l’homme le plus doux et le plus franc qui ait jamais été mis à la cour », et l’admiration de La Bruyère lui donne la réputation d’un Père de l’Église. 

Ces sermons suivent le temps liturgique ; il en est donc un pour chaque jour, pour chaque épreuve, pour chaque circonstance. Ils accompagnent l’existence. Ils prennent parfois la forme de « panégyriques » lorsqu’ils font le portrait d’une haute figure de sainteté. Et, à dix célèbres reprises, les sermons devinrent telle oraison funèbre dont les événements commandèrent le devoir. Que ce soit pour vivre, aimer ou souffrir, pour admirer ou mourir, la parole parfaite de Bossuet souffle. Car il est « le plus grand maître de la prose française : son langage contient tous les canons de notre parler. C’est une force, une clarté, une majesté qui baignent l’âme de lumière et la transportent de joie. » (Claudel) Portant en lui cet humanisme qu’il invente et pour qui l’universel entend aller d’Athènes à Jérusalem afin de renaître romain en France, Bossuet érige pendant le Grand Siècle une totalité inouïe au sein de laquelle notre langue reçoit d’un trait son foisonnement et sa rationalité, son émotion, sa précision et sa maturité. En avançant ne fût-ce que de quelques pas dans cette étendue, l’on comprend vite que la « langue de Molière » est, en réalité, celle de Bossuet. » 

Les Belles Lettres

Léon XIV et la relation privilégiée des Chrétiens avec les Juifs

Le Pape a condamné sans équivoque l’antisémitisme lors de l’audience générale du mercredi 29 octobre au Vatican. S’adressant à des milliers de fidèles, le Pape a déclaré : « Tous mes prédécesseurs ont condamné l’antisémitisme avec des paroles claires », avant d’ajouter : « Moi aussi, je confirme que l’Église ne tolère pas l’antisémitisme et qu’elle lutte contre lui, sur la base même de l’Évangile. »

Le président du Congrès juif mondial, Ronald S. Lauder, a salué ce message du Pape : « c’est un geste extraordinairement positif et profondément significatif ». Il a ajouté : « À un moment où les juifs sont confrontés à la plus grande persécution depuis la Seconde Guerre mondiale, le message du pape a une profonde signification fraternelle. Des gestes comme celui-ci nous encouragent à renforcer les liens entre juifs et catholiques, et à œuvrer ensemble pour un monde où les religions coexistent davantage, dans la recherche de la paix. »

Source : Le Congrès juif mondial salue la ferme condamnation du pape Léon XIV contre l’antisémitisme | ZENIT – Français

Les Oeuvres complètes de Corneille dans les « Classiques favoris »

PARUTION

Corneille, Oeuvres complètes

Précédées de Vie et vocation de Pierre Corneille par Romain Debluë

Présentation et notes d’André Stegmann, avec chronologie, index nominum, glossaire des vers célèbres, et le Corneille de Fontenelle, Les Belles Lettres, 2025, grand format relié, 1204 pages

« S’il vivait, je le ferais prince », disait Napoléon de Corneille (1606-1684) que, de son côté, La Bruyère avait déjà fait roi, « et un grand roi » ! Ces mouvements d’un enthousiasme aussi intarissable que leur nombre est incalculable, permettent de mieux comprendre que l’auteur du Cid et de Cinna, de l’Illusion comique et de Suréna, n’est pas seulement un grand écrivain : c’est un géant. Il est de la race des Cicéron, Virgile, saint Augustin, Dante et Shakespeare. 
Jusqu’au début de ce siècle, la France le lisait et le savait par cœur. Mais à mesure que fut établi un environnement de passions qui regardent la grandeur comme une injure, les commissaires des impulsions collectives voulurent déclasser Corneille : sauf par bribes, ou réadaptées, ses œuvres sont donc inaccessibles. En une génération le plus puissant des auteurs classiques est ainsi devenu un poète maudit. Et voici qu’avant-gardiste et révolutionnaire, le classicisme explosif du « vieux Corneille » apparaît tel un péril pour la paix civile.
Dans une langue miraculeuse, la gloire cornélienne est celle d’un théâtre qui réinvente toutes les formes du drame. Elle est aussi celle d’une pensée, que disent ses discours, ses lettres et son abondante œuvre poétique. Elle est enfin celle de son opus ultimum, lorsque se détournant de la scène, le grand homme réécrivit en vers les Psaumes et les offices du Bréviaire romain. Cet ensemble éclaire de cohérence le sens de chaque ouvrage : si les héroïques figures créées par l’auteur disposent ici des montagnes que la foi déplace, elles traversent à pieds secs l’abîme de faiblesses que seul surmonte le regard fixé sur les traces du Logos. La gloire de l’affirmation cornélienne expose le labyrinthe des déficiences humaines et n’y consent pas. Cette littérature éclatante s’appuie sur la rationalité comme un don divin fait à l’homme au-dessus de soi. Goethe s’en souviendra pour qui « la voix de Corneille porte si loin qu’elle reçoit et forge ce dont l’âme est héroïque ». Corneille lance un défi aux époques où les hommes se haïssent assez pour redouter la force de l’appel à l’humanisme intégral. 

À moins de quelque édition spécialisée en plusieurs volumes très onéreux, les Œuvres complètes de Corneille étaient introuvables. 400 ans après la venue au monde de sa première pièce (Mélite en 1625), les voici de nouveau accessibles, accompagnées d’un glossaire des vers célèbres, d’un index des personnages et d’un index nominum. L’ensemble est précédé d’un essai de Romain Debluë, qui constitue le premier texte d’envergure sur Corneille depuis Marc Fumaroli.