Article de Robert Redeker sur les « Oeuvres prophétiques » de Claudel

Paul Claudel : le Verbe en cathédrale : Article de Robert Redeker paru dans la Nouvelle Revue Politique, à lire sur cette page.

Extrait :

Claudel, Maxence Caron, Sœur Marie de l’Assomption

Cathédrale que Claudel ! Il fallait son fils en poésie, son fils en spiritualité, son fils en souffle et en vent, son fils en Verbe, Maxence Caron, dont le poème « épique et perpétuel » publié aux Belles Lettres se titre Le Chant cathédral pour l’arracher aux limbes de la littérature, à la médiocrité de la jalousie des sexes, à l’imbécilité du refoulement de Dieu, et le ramener parmi nous. Il fallait aussi l’éblouissante préface de Sœur Marie de l’Assomption pour mettre les choses en place et ouvrir la porte de la cathédrale au lecteur – une porte baptisée d’un apophtegme de Claudel, par où l’on entre en cette œuvre, « Que Dieu est grand et qu’il est magnifique d’être né ». Tu es là Claudel, nous ne te laisserons plus repartir !

Paul Claudel, Oeuvres prophétiques, préface de Soeur Marie de l’Assomption, Les Belles Lettres, 2026

Claudel, « Oeuvres prophétiques »

Parution

–

Paul Claudel, Oeuvres prophétiques, édition établie par Maxence Caron, préface de Soeur Marie de l’Assomption, collection « Classiques favoris », Les Belles Lettres, 2026, broché, grand format, 1014 pages

–

Ecouter un extrait en suivant ce lien

Lire un extrait sur Calameo

–

Cet ouvrage n’a guère à voir avec ce que l’on publia jusqu’à présent de Claudel (1868-1955). Il est un fait qu’en dehors de quelques titres, l’un des plus célèbres écrivains du monde n’est aujourd’hui connu dans son pays que de nom. Ce volume édite ses livres capitaux. Il est préfacé par Émilie d’Arvieu (Soeur Marie de l’Assomption), dominicaine et arrière-petite-fille du grand homme.
Claudel n’est pas un écrivain comme les autres : derrière cette force qui plonge dans le puits de Jacob un bras sculpté par Isaïe, Eschyle et Rimbaud, il est la plus puissante figure fondatrice de l’Histoire contemporaine. Cette figure est encore si proche de nous, que nous commençons seulement d’apercevoir l’ampleur où conduit sa parole. Entrant un jour de Noël à Notre-Dame ce « grand coeur catholique », qui d’abord ne le fut point, se convertit au christianisme de manière aussi fulgurante qu’inattendue. Il fréquente alors chez Mallarmé où il se rencontre avec la jeune avant-garde. Irréductible aux manières des habitués de la rue de Rome, Claudel crée une oeuvre souverainement affirmative en qui l’art est indissociable de l’annonce de la Vérité. Or, annoncer la Vérité, c’est ce que signifie précisément le mot « prophétie ».
Prophétiques, les oeuvres de Claudel le sont par nature : armées de l’héritage de l’immortalité antique dont elles déduisent un symbolisme universel, elles dépassent les avant-gardes. Claudel traverse ainsi les genres littéraires, qu’il soumet à cette exigence prophétique et dont il obtient une parole nouvelle et éternelle. Poète, bien sûr, puis dramaturge dont le théâtre est un poème à plusieurs voix, il est d’abord un penseur au sens le plus pur. Ainsi, après avoir achevé Le Soulier de satin, il laisse le théâtre et consacre trente ans de sa vie à l’invention d’une nouvelle forme : la méditation biblique totale, en qui s’unissent tous les arts au sein d’une seule pensée récapitulant sa plénitude. Ces livres de philosophie, véritablement katholiques, prolongent sa recherche poétique qui, dépassant à présent le cadre d’un « théâtre dont la scène est le monde », épouse en une langue sublime les contours de l’Écriture Sainte afin de découvrir le sens de notre monde et la clef de son avenir. Jamais de tels textes n’avaient été écrits. Avant que Claudel ne manifestât cette unité qui mène des Cinq grandes Odes à Un poète regarde la Croix en passant par l’étincelant examen de notre époque au regard de l’Apocalypse, jamais n’avait été établie la cohérence qui va de la poésie à la pensée la plus intense. C’est ce parcours, cette cohérence, cet art, cette unité d’une vie qu’incarne notre ouvrage en réunissant les livres majeurs où, traçant son chemin entre grands poèmes et traités bibliques abyssaux, se révèle la pensée prophétique de Claudel.

–

TABLE DES MATIÈRES EN ABRÉGÉ *

CINQ GRANDES ODES

PROCESSIONNAL POUR SALUER LE SIÈCLE NOUVEAU

UN POËTE REGARDE LA CROIX

DU SENS FIGURÉ DE L’ÉCRITURE (Introduction au livre de Ruth)

L’ÉPÉE ET LE MIROIR

CORONA BENIGNITATIS ANNI DEI

LA MESSE LÀ-BAS

L’OFFRANDE DU TEMPS

FEUILLES DE SAINTS

PAUL CLAUDEL INTERROGE L’APOCALYPSE

—

* On peut consulter le détail de la table sur le site des Belles Lettres

Citation ! Quotation ! Cita !

« L’inexistence de Dieu n’existait pas, le petit-bourgeois l’a donc inventée. »

Maxence Caron
Bloc-notes du mystique à l’état sauvage

In english :

« The non-existence of God did not exist; thus, the petty-bourgeois invented it. »

Maxence Caron
Notebook of a Mystic in the Wild

En español :

« La inexistencia de Dios no existía; el pequeño burgués, por lo tanto, la inventó. »

Maxence Caron
Bloc de notas del místico en estado salvaje

Parution de la 2e partie du Chant cathédral (chants 41 à 100)

Chant cathédral, 2e partie : Le Royaume

–

« Chef d’oeuvre qui invente de nouvelles et multiples formes en une intensité ininterrompue, Le Chant cathédral voit paraître son 2e tome, le plus ambitieux, le plus vertigineux. Il ouvre un avenir immense et permet à la création littéraire de reprendre son cours. Ce n’est pas seulement un monument, c’est un acte héroïque : à la fois un bouleversement total de la littérature telle qu’on la connaît, et sa refondation. » J.-P. M.

—

Maxence Caron, Le Chant cathédral, chants 41 à 100, Les Belles Lettres, 2026, 1302 pages, 75 €

—

Présentation de l’éditeur (sur le site des Belles Lettres) :

Avec ses 42 500 versets, Le Chant cathédral est le plus long poème de notre littérature. Il est aussi l’oeuvre d’un auteur qui, ayant accompli la refondation de la pensée en un monumental système de philosophie, rend désormais la parole à sa source en habitant le coeur même de son émergence. Par ce Poëme, Maxence Caron pose un nouvel acte fondateur. Il parle depuis un lieu d’où la langue déploie une envergure et des possibilités qu’on n’avait encore jamais vues.
Au sein de ce Chant cathédral, de cette épopée qui est à la fois celle de l’humanité, de l’histoire, de l’Ultime, et du langage, l’auteur déploie une oeuvre d’art totale. Le premier tome révélait la puissance de son orchestre, le deuxième en use pleinement et jusqu’au vertige. Les 60 nouveaux chants qui composent cette deuxième partie sont répartis en neuf livres : les quatre nouvelles Symphonies de psaumes alternent avec les grands hymnes consacrés à l’Histoire universelle du Salut : grandes fresques bibliques, portraits des Apôtres et des Rois, grands hymnes à la Vierge, visions prophétiques…En un flot surmaîtrisé d’images et de musiques insondables, les audaces de Rimbaud et d’Ezra Pound sont débordées. Car cette deuxième partie du Chant cathédral ne se caractérise pas seulement par l’élévation épique qui regarde Dante, Eschyle et Le Tasse en face ; elle est aussi cette oeuvre qui, ayant intégralement traversé l’histoire de notre langue, surplombe ses décrets et dépasse ses avant-gardes en une parole bouleversante et décisive, qui est celle d’une renaissance littéraire.
Ce poème magistral est une expérience qui transforme son lecteur en chemin. L’auteur n’écrit pas ici comme le font ses contemporains, mais il écrit dans l’absolu du Poëme. Par cette réconciliation vitale du style et de l’être, Le Chant cathédral crée une rupture dans la manière de lire et d’écouter la littérature. En un monde saturé de phrases vides, une telle oeuvre est ce à quoi l’on s’attendait le moins et que l’on n’osait espérer, tout en étant déjà résolu à lui opposer les contradictions formulées par l’habitude. De la littérature on croyait avoir défini les règles et la liberté, on croyait même avoir défini l’anarchie autorisée. Loin des préjugés, Maxence Caron rattache le langage à une origine dont sa propre exploration des racines de la parole a montré la profondeur et libéré d’insoupçonnables puissances. Une littérature nouvelle en surgit, comme le prouve ce grand livre dont on peut dire, comme on l’a dit un jour de l’oeuvre de Claudel, qu’il est le poème « qui invente la poésie ».

Les Belles Lettres

Biographie de l’auteur (sur le site de l’éditeur)

Maxence Caron est né en 1976. Agrégé de philosophie à 22 ans, il est Docteur ès Lettres à 26 ans. Sur décision de C. Lévi-Strauss, J. d’Ormesson et M. Fumaroli, il reçoit au même âge et pour ses jeunes œuvres le prix de philosophie de l’Académie française. Il a 29 ans lorsqu’en 2005, rompant avec toute carrière académique, il rédige La Vérité captive : ce livre d’avant-garde est le premier volume d’un Système nouveau des arts et de la pensée. Il achève ce Système considérable quinze ans plus tard, à 44 ans, puis, établissant une littérature nouvelle, écrit les 42000 versets du Chant cathédral. 

Forte à ce jour d’une soixantaine d’ouvrages et d’une centaine de vastes poèmes, dont beaucoup sont aussi longs que des livres, l’œuvre de Maxence Caron contient tous les genres littéraires : aux traités de philosophie monumentaux s’ajoutent ainsi les grands poèmes, les romans, satires, journaux, les livres de littérature, de musique ou d’aphorismes, tous étroitement reliés entre eux. Directeur de collection aux Ed. du Cerf pendant 12 ans, éditeur chez R. Laffont pendant 10 ans pour la collection « Bouquins », Maxence Caron est éditeur aux Belles Lettres depuis 2015, où il dirige la collection des « Classiques favoris ».

–

Maxence Caron à 18 ans

–

Contenu de l’ouvrage / Table :

Chants XLI à XLIV : IIIe Symphonie de psaumes : « Archiprinciele »

Chants XLV à LVI : Vierge signe de la plénitude des temps

Chants LVII à LX : IVe Symphonie de psaumes : « Potestale »

Chants LXI à LXVII : Protecteur du Verbe, Gardien de la Rédemption

Chants LXVIII à LXX : Ve Symphonie de psaumes : « Vertuale »

Chants LXXI à LXXXII : Hymnes dodécapostoliques (1e partie)

Chants LXXXIII à LXXXVI : VIe Symphonie de psaumes : « Dominiducale »

Chants LXXXVII à XCVIII : Hymnes dodécapostoliques (2e partie)

Chants XCIX et C : Visions cathédrales

–

Pour mémoire, le 1er tome du Chant cathédral a été publié aux Belles Lettres il y a neuf mois.

Les Oeuvres complètes de Corneille dans les « Classiques favoris »

PARUTION

Corneille, Oeuvres complètes

Précédées de Vie et vocation de Pierre Corneille par Romain Debluë

Présentation et notes d’André Stegmann, avec chronologie, index nominum, glossaire des vers célèbres, et le Corneille de Fontenelle, Les Belles Lettres, 2025, grand format relié, 1204 pages

–

–

« S’il vivait, je le ferais prince », disait Napoléon de Corneille (1606-1684) que, de son côté, La Bruyère avait déjà fait roi, « et un grand roi » ! Ces mouvements d’un enthousiasme aussi intarissable que leur nombre est incalculable, permettent de mieux comprendre que l’auteur du Cid et de Cinna, de l’Illusion comique et de Suréna, n’est pas seulement un grand écrivain : c’est un géant. Il est de la race des Cicéron, Virgile, saint Augustin, Dante et Shakespeare. 
Jusqu’au début de ce siècle, la France le lisait et le savait par cœur. Mais à mesure que fut établi un environnement de passions qui regardent la grandeur comme une injure, les commissaires des impulsions collectives voulurent déclasser Corneille : sauf par bribes, ou réadaptées, ses œuvres sont donc inaccessibles. En une génération le plus puissant des auteurs classiques est ainsi devenu un poète maudit. Et voici qu’avant-gardiste et révolutionnaire, le classicisme explosif du « vieux Corneille » apparaît tel un péril pour la paix civile.
Dans une langue miraculeuse, la gloire cornélienne est celle d’un théâtre qui réinvente toutes les formes du drame. Elle est aussi celle d’une pensée, que disent ses discours, ses lettres et son abondante œuvre poétique. Elle est enfin celle de son opus ultimum, lorsque se détournant de la scène, le grand homme réécrivit en vers les Psaumes et les offices du Bréviaire romain. Cet ensemble éclaire de cohérence le sens de chaque ouvrage : si les héroïques figures créées par l’auteur disposent ici des montagnes que la foi déplace, elles traversent à pieds secs l’abîme de faiblesses que seul surmonte le regard fixé sur les traces du Logos. La gloire de l’affirmation cornélienne expose le labyrinthe des déficiences humaines et n’y consent pas. Cette littérature éclatante s’appuie sur la rationalité comme un don divin fait à l’homme au-dessus de soi. Goethe s’en souviendra pour qui « la voix de Corneille porte si loin qu’elle reçoit et forge ce dont l’âme est héroïque ». Corneille lance un défi aux époques où les hommes se haïssent assez pour redouter la force de l’appel à l’humanisme intégral. 

À moins de quelque édition spécialisée en plusieurs volumes très onéreux, les Œuvres complètes de Corneille étaient introuvables. 400 ans après la venue au monde de sa première pièce (Mélite en 1625), les voici de nouveau accessibles, accompagnées d’un glossaire des vers célèbres, d’un index des personnages et d’un index nominum. L’ensemble est précédé d’un essai de Romain Debluë, qui constitue le premier texte d’envergure sur Corneille depuis Marc Fumaroli.