Mr Caron’s Philosophy is not at all for the Lazy

« À ceux qui liront et comprendront véritablement la philosophie que j’ai dite, je promets une amélioration d’existence que jamais leur imagination n’eut l’audace d’espérer. 
Pour obtenir le bénéfice de ce résultat, il faut suspendre en soi l’automate et ses réprobations de cantinière, il faut cesser de s’embrunir au sein de gaberies incantatoires, il faut révoquer les tristes jouissances collectives à galéjader et geindre désastrément, et il faut simplement travailler : il faut comprendre pleinement de quoi il est question. 
La probité de l’intelligence a ses droits et son histoire. Sans rien connaître du contenu, a-t-on jamais dit sérieusement d’un livre qu’il est trop volumineux ou trop difficile ? À moins de n’avoir pas l’impudeur de s’avouer impotent : non. 

☆

La philosophie véritable est difficile, et elle l’est encore plus pour ceux qui sont loin du but qu’elle propose au travail de ses lecteurs. Or son but est un accroissement de joie dont ils ne peuvent mesurer l’ampleur au sein de cet état de délabrement où ils sont avant de commencer, et qui paralyse la plupart d’entre ceux qui ont le plus besoin d’elle. 
Tels des possédés, ce sont généralement ceux qui ont le plus besoin d’elle qui insultent le plus grossièrement les difficultés de la philosophie, et qui, en une langue indéchiffrablement vile, accusent le prétendu « jargon » des philosophes. »

Maxence Caron
Les Immédiates

—

🇬🇧 In English :

« To those who will truly read and understand the philosophy I have uttered, I promise an improvement of existence that never did their imagination have the audacity to hope for. 
To obtain the benefit of this result, one must suspend within oneself the automaton and its scullery-maid reprobations; one must cease to darken oneself in the midst of incantatory mockery; one must revoke those dismal collective pleasures of jesting and groaning disastrously; and one must simply work: one must fully understand what is in question. 
The probity of the intellect has its rights and its history. Without knowing anything of the content, has anyone ever seriously said of a book that it is too voluminous or too difficult? Unless one lacks the impudence to confess oneself impotent: no.

☆

True philosophy is difficult, and it is even more so for those who are far from the goal it proposes to the labor of its readers. Yet its goal is an augmentation of joy, the scale of which they cannot measure from within that state of dilapidation wherein they are before beginning, and which paralyzes most of those who have the most need of it. 
Like the possessed, it is generally those who have the most need of philosophy who most grossly insult its difficulties, and who, in an undecipherably vile tongue, accuse the so-called ‘jargon’ of philosophers. » 

Maxence Caron

Le Bloc-notes de Maxence (juin 2024)

La Journaliste, par Otto Dix

—

Si tu veux être heureux, commence par l’être.

*

Irréfutable preuve de la supériorité féminine : depuis que l’homme est devenu une femme comme les autres, les femmes intelligentes ont disparu. 

*

La presse se fabrique un pandémonium prétendument littéraire de figures vulgaires dont l’inconsistant niveau a pour but de ne surtout pas dépasser le sien. Elle a pu se donner ainsi tout contrôle sur ce que, dans le but de cacher que son néant en était l’origine, elle nomma d’un mot : « littérature contemporaine ». Alors déferlèrent ces succès d’imbéciles fabriqués pour les besoins de la presse, et dont, pas même pour un cirque, nulle ère de l’histoire n’eût voulu. Ces sots sont sérieusement et pompeusement désignés comme des auteurs : personne ne sait dire pourquoi, mais qu’importe ! La chose est décidée avant que la question ne soit posée. Il y avait naguère le bourgeois, ce poussah d’éducation lourde mais réelle ; il y a maintenant la vacuité du journaliste que nourrit son inculte bachotage de circonstances. 

*

Peu d’intelligences sont en mesure de comprendre que sainte Thérèse de Lisieux (morte à un peu plus de vingt ans et Docteur de l’Église), c’est beaucoup plus important que Rimbaud. Les gens font ce qu’ils peuvent, c’est pour cela que c’est accablant. Et ce qu’ils peuvent, pour l’instant, c’est Rimbaud. 

*

En un phénomène aussi répétitif qu’éblouissant, l’écrivain majeur, le penseur capital, trente ans après sa mort, sera acclamé par la presse comme prophète incompris de la presse. Par le même grégarisme qui le lui faisait mépriser, la paresse de presse fera éloge de son style incomparable. Les enfants de ceux qui refusaient de parler de lui renieront le conspirateur silence de leurs parents. Ils dénonceront ce qu’avant eux l’on fit subir au génie, mais en faisant subir la même chose aux génies qui vivent en même temps qu’eux… Jamais l’intemporel n’est ainsi promu, en son incarnation, par le petit clan des échotiers, que lient, par mentalité et profession, les esclavages de leurs pactes mondains. 

*

Pour un face-à-face qui sera le moyen de leur châtiment, leur mort apportera aux faibles d’esprit la seule preuve qu’ils obtiendront de Dieu. 

*

À l’égard de la gent journalistique je laisse toute espérance : jamais un chiotte infernal ne gargouillera la louange du paradis. Quant à mon sort médiatique, il est scellé… Je n’ai pas aimé le monde, j’ai aimé la vie : voilà qui est impardonnable aux yeux des morts qui s’enterrent entre eux toute la journée dans une tiédeur que Dieu vomit. 

Maxence Caron

Service Littéraire, n° 182