Parution des « Essais et pamphlets » de Bloy chez « Bouquins »

« Comment deviner, quand on est la légion des cuistres, que des oeuvres non estampillées par l’admiration des ecclésiastiques sonores parviendraient un jour à s’évader du puits de silence où l’hostilité fangeuse des journaux soi-disant chrétiens avait cru les engouffrer ? Or ce fut précisément ce qui arriva. La haine crapaude fut vaincue. »

Léon Bloy

« Nous pouvons marcher à l’avenant et nous pouvons construire toutes sortes de choses si nous voulons, mais si nous ne confessons pas Jésus-Christ, tout cela est vain. Quand on n’édifie pas sur la pierre, il arrive ce qui arrive aux châteaux de sable : tout s’écroule car rien n’a de consistance. Ne pas confesser Jésus-Christ me fait penser à cette phrase de Léon Bloy : « Celui qui ne prie pas le Seigneur, prie le diable. » Quand on ne confesse pas Jésus-Christ, on professe la mondanité du diable. »

Pape François, homélie d’intronisation de son pontificat, 14 mars 2013

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Léon Bloy, Essais et Pamphlets, édition établie et présentée par Maxence Caron, préface d’Augustin Laffay o.p., collection « Bouquins », Robert Laffont, 2017, 1600 pages.

 

TABLE DU VOLUME

Préface, par Augustin Laffay o.p.
Chronologie de la vie de Léon Bloy
Léon Bloy par son filleul Jacques Maritain

Essais & pamphlets

Propos d’un entrepreneur de démolitions
Léon Bloy devant les cochons, suivi de Lamentation de l’épée
Je m’accuse
Belluaires et Porchers
Le Sang du pauvre
Exégèse des lieux communs
Le Révélateur du Globe
Le Salut par les Juifs
Le Fils de Louis XVI
L’Âme de Napoléon
Jeanne d’Arc et l’Allemagne
Méditations d’un solitaire en 1916
Dans les ténèbres
Le Symbolisme de l’Apparition
Celle qui pleure

Présentation de l’éditeur :

« Imprécateur et pamphlétaire « par amour », selon sa formule, Léon Bloy est l’écrivain de l’excès, de la démesure, de l’engagement total. Il consacra son oeuvre et sa vie à la défense des pauvres, à la dignité de l’homme, à l’amour de Dieu, à la figure du Christ et à l’esprit des Évangiles.
« Pèlerin de l’Absolu », le catholique Bloy se fait mendiant pour gagner la liberté de tout dire et traquer la bêtise, dont l’illustration parfaite à ses yeux est « le bourgeois, cet homme qui ne fait aucun usage de la faculté de penser ». Il s’en prend, au nom de cet Absolu, aux politiques, aux écrivains, aux journalistes, aux athées, ainsi qu’aux chrétiens eux-mêmes, qu’il met en cause avec une violence magistrale.
L’auteur des Méditations d’un solitaire en 1916 et des Propos d’un entrepreneur de démolitions a bâti une oeuvre immense, ou se déploient une impressionnante philosophie de l’histoire et une réflexion sur la fin des temps. Mais il était difficile jusque là de se faire une idée complète d’un écrivain si singulier. En réunissant la quasi-totalité de ses essais et de ses pamphlets, des plus célèbres, comme l’Exégèse des lieux communs et Belluaires et Porchers, aux plus rares, Celle qui pleure, Le Révélateur du Globe et l’inachevé Dans les ténèbres, en passant par Le Salut par les Juifs, ce livre constitue le plus considérable volume d’écrits de Léon Bloy jamais publié. Un siècle après sa mort, l’oeuvre de celui qui ne voyait pas qu’il fût possible d’écrire autrement qu’« au seuil de l’Apocalypse » est ainsi de nouveau disponible et enfin présentée dans sa véritable cohérence. »

Léon Bloy : « La Femme pauvre », texte intégral (2)

Léon Bloy

La Femme Pauvre

Deuxième partie – L’épave de la lumière

Libera me, Domine, de morte æterna, dum veneris judicare sœculum per ignem.

Officium Defunctorum.

I

Vous aurez toujours des pauvres parmi vous. Depuis le gouffre de cette Parole, aucun homme n’a jamais pu dire ce que c’est que la Pauvreté.

Les Saints qui l’ont épousée d’amour et qui lui ont fait beaucoup d’enfants assurent qu’elle est infiniment aimable. Ceux qui ne veulent pas de cette compagne meurent quelquefois d’épouvante ou de désespoir sous son baiser, et la multitude passe « de l’utérus au sépulcre » sans savoir ce qu’il faut penser de ce monstre. Continuer à lire « Léon Bloy : « La Femme pauvre », texte intégral (2) »

Léon Bloy : « La Femme pauvre », texte intégral (1)

Léon Bloy

La Femme pauvre

Pro defunctis fratribus, propinquis, et benefactoribus.

Dédicace

À Pierre Antide Edmond

BIGAND-KAIRE

capitaine au long cours

?

La voici, enfin ! cette Femme pauvre que vous avez tant désirée sans la connaître, et que j’ai placée — comme il convenait — sous l’invocation des Défunts.

Je ne sais pas d’homme plus étonnant que vous, mon cher Bigand, et cela, je l’écrirai, quelque jour, le plus somptueusement que je pourrai.

Votre amitié, que je n’avais pas prévue et que j’ai dû croire envoyée du ciel, est certainement une des rares merveilles qu’il m’aura été donné de voir sur terre.

À l’exception de notre grand peintre Henry de Groux, qui donc est descendu aussi profondément que vous et d’aussi bon cœur dans ma fosse noire ? Souvenez-vous que vous fûtes mon hôte, quand j’habitais la maison sans nom, la maison de putréfaction et de désespoir que j’ai essayé de peindre et dont vous avez, j’imagine, emporté l’horreur dans la splendide et sanglante Asie.

À vous donc, cher ami, ce douloureux livre qui me fut dicté par l’énergie de votre âme et qui serait, sans doute, un chef-d’œuvre, si je n’en étais pas l’auteur.

Que Dieu vous garde du feu, du couteau, de la littérature contemporaine et de la rancune des mauvais morts !

Grand-Montrouge, mercredi des Cendres, 1897.

LÉON BLOY.

La Femme pauvre

Première Partie – L’épave des ténèbres

Qui erant in pœnis tenebrarum, clamantes et dicentes : Advenisti, Redemptor noster.

Officium Defunctorum.

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