Grand entretien de Maxence Caron avec Henri de Monvallier pour Actu-Philosophia

Entretien avec Maxence Caron : autour de La Vérité captive – De la philosophie

publié le vendredi 4 décembre 2009, par Henri de Monvallier, sur le site « Actu Philosophia »

Un nouveau système de philosophie

Né en 1976, Maxence Caron est philosophe, écrivain, musicien, musicologue et directeur de collection aux éditions du Cerf où il a fondé la collection Les Cahiers d’histoire de la philosophie, collection dont il a, du reste, dirigé, plusieurs volumes [1]. Remarqué en 2005, à l’occasion d’une monumentale étude sur Heidegger, préfacée par Jean-François Marquet [2], le jeune philosophe continue son cheminement en nous proposant cette fois-ci ni plus ni moins qu’un nouveau système de la philosophie et de son histoire. Les mille cent et quelques pages de La Vérité captive [3] constituent le premier moment de ce vaste projet dont je me suis entretenu ici avec l’auteur.

Propos recueillis par Henri de Monvallier

La Vérité captive : non pas réactiver une quête du Principe mais activer la quête radicale du Principe

Actu Philosophia : Je voudrais partir du titre de votre ouvrage : La Vérité captive. Il s’agit d’une allusion à une phrase de saint Paul qui dit que « la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes, qui tiennent la vérité captive dans l’injustice » (Rm, I, 18, je souligne). Pouvez-vous expliquer le sens et la fonction de cette phrase dans l’économie générale de l’Épître aux Romains ? De manière plus générale, concernant votre livre, de quoi (ou de qui) la vérité est-elle captive et comment peut-on la délivrer ?

Maxence Caron : Le titre de ce livre n’a pas pour premier sens de lancer le lecteur dans une exégèse de la si riche parole de saint Paul (tant mieux si ce titre y invite par ailleurs…), mais d’ouvrir à la philosophie l’une des multiples dimensions offertes par cette parole. Ce pourquoi, avec lequel il forme un binôme, offrant ainsi le contrepoint d’une lecture selon trois différentes mais conjointes mélodies, le sous-titre de l’ouvrage : De la philosophie. Il s’agit en effet d’un Tractatus de philosophia, et plus précisément de omne philosophia : le titre, directement ainsi, envoie à l’écoute attentive que la pensée déployée par la philosophie a rendu le regard captif au point de ne pas laisser place à ce que la philosophie s’est donnée cependant pour fond et finalité : la Vérité.

Quelle Vérité ? Quelle philosophie ? Et de quelle captivité s’agit-il ? Ce sont les questions auxquelles répond le Système de l’Éternité, de l’histoire et du temps dont ce livre est, malgré son millier de pages, l’expression microcosmique, un premier tome, qui, si Dieu m’accorde vie, montrera sa suite en plusieurs volumes (la perspective générale en est détaillée dans le « Prière d’insérer »). Continue la lecture