« Portrait du borborosophe », par Maxence Caron

Parution de Portrait du borborosophe, dans le Bloc-Notes de Maxence Caron (numéro 128 de Service Littéraire, mai 2019), où il est question d’un Marcel Onfray.

Nietzsche est à la mode au printemps. Une vraie faridondaine vernale : on publie Nietzsche avec le retour des hirondelles. Cette tradition s’accompagne d’un folklore redoutable : la bourrée des épigones piaillants et qui volent toujours bas. Au lieu de regarder ce qui chez Nietzsche porte un enseignement, à savoir l’expression de contradictions dont le choc allait faire de la planète une guerre civile de trente ans, puis dont le refoulement allait faire de la civilisation un néo-bouddhisme tripier, ces épigones le vendent en pièces de mensonges détachées. L’imposteur en qui symbolise ce syndicat de pochetées s’appelle Marcel Onfray. Depuis des années il essaie de faire passer Nietzsche pour un maître-jouisseur. Il faut être un drôle de godichon pour vouloir vendre comme un hédoniste pléthocratique l’homme qui fut certainement le moins décontracté du monde, et le plus maniaque d’aristocratisme.

Marcel Onfray ne consiste pas. Il faut à l’ahuri des dizaines de livres désertiques et de putaines écrivasseries pour ne rien dire. Combien de braillardes levées de vides pour n’avoir finalement jamais rien prononcé… J’y vois pathologie, et Hippocrate a pris soin de fournir cette précision : « Quand une maladie approche de sa crise les déjections s’épaississent ».

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Onfray n’a pas de contenu, pas de doctrine, pas d’esthétique, pas de pensée, et c’est sur ce dénuement que repose son affaire : l’ameublissement de la vacuité. Onfray c’est une entreprise : l’imposture.  Qu’importe le sujet, il faut en paraître le clerc, parader en satrape d’un soir, exhiber les bursicules d’une culture de circonstance : c’est ainsi que l’on devient à l’usure l’encyclopédiste de la forfaiture. Cet emploi pour âme déshéritée n’est pas même un talent immoral, ou une vocation à briller : cela tombe simplement sur le gonzier dont la foule a besoin pour entendre télévisiblement ce qu’elle veut. Le plébiscite des opinions rustaudes et des notions confuses appelées à le demeurer, nécessite une surface de projection : Onfray se trouve là parce qu’il ne connaît précisément rien hormis l’adéquation de son goût pour la nullité et l’imposture qu’on exige de son ergonomique et si malléable absence de pensée. N’étant rien il va pouvoir devenir tout le monde : l’univers médiatique sera son trottoir. Mobilisateur de bourbes narcissiques dont, si inculte que fruste, la poissarde expression n’a jamais fait résonner le moindre sens, Marcel Onfray est borborosophe (en grec borboros c’est le bourbier). Et le borborosophe se traîne aux journalistes comme des cochons qui vont au gland.

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La voie était ouverte à cette sorte d’Arsule dont le temps passait à supplier les divinités du nombril que celles de la célébrité consentissent à laisser les foules de crétins peloter sa bêtise : pour un nain sans destin et tout voué à la poussière après l’avoir un peu remuée, il fallait être surtout serviciable à tous ceux qui, tel un obèse rêvant de se sentir léger après l’ingestion, désirent de se croire éclairés après avoir bu la ravissante accessibilité de l’idiotie. Pour les sots, le rémouleur de vide est un remarquable pourvoyeur d’ego : que l’imposteur les satisfasse et ces narcissiques pantres lui fourniront le sien. L’égalitariste panurgie distribue la célébrité à celui d’entre les rince-bidets qui, au gré d’un troc prostitutionnel, sera le plus prompt à refiler à la foule l’illusoire euphorie d’avoir compris quelque chose sans avoir jamais pensé. Et pourquoi les naves n’auraient-ils pas leur haut calorique nabab pourvoyeur de bonne conscience ? C’est ça la « diversité » : le ragoût des sots demande son ragoût d’Onfray, les stupides ont leur Stew Pride.

Maxence Caron

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