Les « Oeuvres philosophiques complètes » de saint Augustin dans les « Classiques favoris »

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Œuvres philosophiques complètes

de saint Augustin

Traductions sous la direction de Jean-Joseph-François Poujoulat et Jean-Baptiste Raulx. Traduction des Confessions par Pierre de Labriolle.

3 312 pages avec index général et table des matières détaillée.

2 volumes de grand format, reliés, sous coffret.

Tome I

Préface de Maxence Caron
Note sur la présente édition
Repères biographiques
Notice chronologique sur les oeuvres

Confessions
Les Soliloques
De l’immortalité de l’âme
De la vie bienheureuse
Du Maître
De l’ordre
Contre les académiciens
De la grandeur de l’âme
Traité du libre arbitre
Traité de la musique
Des moeurs de l’Église catholique
De la vraie religion
La Règle de saint Augustin
Explication du Sermon sur la Montagne
Quatre-vingt-trois questions
De la foi aux choses qu’on ne voit pas
De la foi et du symbole
De la foi et des oeuvres
Des hérésies
De l’utilité de la foi
Des deux âmes
Conférences entre saint Augustin et Fortunat
Contre Adimantus
De la nature du bien

Tome II

Enchiridion ou le Manuel
Du combat chrétien
Le catéchisme
De la continence
De ce qui est bien dans le mariage
De la sainte virginité
Avantages de la viduité
Des unions adultères
Du mensonge
Contre le mensonge
Du travail des moines
De la divination des démons
Des devoirs à rendre aux morts
De la patience
Du symbole
De la discipline chrétienne
Du cantique nouveau
De l’utilité du jeûne
De la ruine de Rome
La Trinité
La Cité de Dieu

Index général
Table des matières détaillée

Les Sermons de saint Augustin, par Richard Millet

Couverture 'Bouquins' Saint Augustin

Les sermons de Saint Augustin

Comme Bach ou comme Rembrandt, Augustin opère la synthèse de ce qui le précède et qu’il expose à son temps. 

Par Richard MILLET

Supplément littéraire de L’Orient-Le Jour (nº 99, août 2014)

Possidius, le disciple qui a fermé les yeux de Saint Augustin sur son lit de mort, disait qu’une vie tout entière ne suffirait pas pour lire et méditer l’œuvre du « docteur des docteurs », le plus grand des Pères de l’Église, penseur considérable dont les écrits n’ont cessé de nourrir l’Occident, même les protestants et les agnostiques, et cela sans éclipse, au Moyen Âge comme à la Renaissance, au XVIIe siècle comme à notre époque, où un Gérard Depardieu a lu, à Notre-Dame et ailleurs, avec un succès considérable, des extraits des Confessions – un des textes les plus extraordinaires de la littérature universelle.

On connaît les épisodes majeurs de la vie de cet Africain du Nord, depuis sa naissance à Thagaste, en 354, dans l’actuelle Algérie, où il sera élevé de façon chrétienne par sa mère, Monique (son père, lui, se convertira sur le tard), jusqu’à sa mort, en 430, à Hippone (l’actuelle Annaba), assiégée par les Barbares : une jeunesse dédiée en partie aux plaisirs et à l’étude de la rhétorique (à Carthage puis à Rome), la vie hors mariage avec une femme dont il aura un fils, la rencontre avec Saint Ambroise, la voix qu’il entend dans un jardin de Milan et qui le somme de lire l’Évangile, sa conversion, son baptême, la mort de sa mère, son retour en Afrique du Nord, sa nomination à l’évêché d’Hippone, la mort de son fils, et une activité monumentale d’écriture, dont émergent, outre Les confessions, La cité de Dieu, La Trinité, les Dialogues philosophiques et ces Sermons, qui n’avaient pas été réédités depuis le XIXe siècle.

Le volume de la collection « Bouquins » fait plus que combler une lacune : il nous montre, dans une traduction du XIXe, un Augustin dans son exercice oratoire quotidien : plus de 500 sermons, chacun d’eux présentant « une pars totalis, une partie totale de la pensée augustinienne, un miroir où son œuvre se condense, s’intensifie, se concentre », les 183 premiers sermons ayant été regroupés ensemble, car consacrés à l’« éclaircissement de passages de la Bible », écrit Maxence Caron, remarquable préfacier et maître d’œuvre de cette édition. Leur effet sur les fidèles était tel qu’ils ne constituaient pas seulement un prêche mais aussi une oraison dont le style (car Augustin est aussi un immense écrivain) nous les rend encore infiniment sensibles.

De quoi parlent ces sermons ? Continuer à lire « Les Sermons de saint Augustin, par Richard Millet »

Saint Augustin : « De la foi aux choses qu’on ne voit pas »

Saint Augustin au travail_Botticelli

DE LA FOI AUX CHOSES QU’ON NE VOIT PAS

Saint Augustin

 

CHAPITRE PREMIER.

1. Plusieurs pensent qu’il faut rire de la religion chrétienne plutôt que l’embrasser, parce qu’au lieu de mettre sous les yeux ce qu’on peut voir, elle oblige à croire ce qu’on ne voit pas. Pour réfuter ces hommes qui s’estiment sages en ne rien croyant de ce qu’ils ne peuvent voir, nous ne pouvons sans doute découvrir aux regards humains les objets divins de notre foi; du moins nous leur démontrons que, même dans l’ordre des choses humaines, il faut croire beaucoup de choses sans les voir. Et tout d’abord à ces insensés, tellement esclaves de leurs sens qu’ils estiment ne devoir croire que ce que les sens leur découvrent, disons que non-seulement ils croient, mais qu’ils connaissent une multitude de choses que les yeux du corps ne peuvent voir. Notre âme renferme en grand nombre des objets invisibles par nature. Pour n’en donner qu’un exemple : qu’y a-t-il de plus simple, de plus clair, de plus certain pour la vue intérieure de l’âme, que la foi même qui nous fait croire, oui que l’assurance que nous croyons une chose ou que nous ne la croyons pas, bien que cette assurance soit tout à fait étrangère à notre vue corporelle ? Comment donc ne rien croire de ce que nous ne voyons pas des yeux du corps, quand nous voyons avec certitude que nous croyons ou que nous ne croyons pas, même alors que la vue du corps ne joue aucun rôle ?

2. Mais, dit-on, nous n’avons pas besoin de connaître par les yeux du corps ce qui se passe dans l’âme puisque nous pouvons le voir dans l’âme elle-même; tandis que ce que vous voulez nous faire croire, vous ne nous le montrez ni au dehors pour nous le faire voir des yeux, du corps, ni au dedans de notre âme Pour nous le faire voir par, la pensée. Voilà ce qu’ils disent: comme si on exigeait la foi pour tout objet qui peut être présenté aux sens. Nous devons certainement croire à certaines choses temporelles que nous ne voyons pas, pour mériter de voir les choses éternelles que nous croyons. Mais, qui que lu sois, toi qui ne veux croire que ce que tu vois, voilà que tu connais les corps présents par les yeux du corps, et par ton esprit, les volontés et les pensées de ton esprit : mais dis-moi, je te prie, de quels yeux vois-tu les dispositions de ton ami envers toi? Car il est impossible de voir une volonté par les yeux du corps. Est-ce par ton esprit que tu vois ce qui se passe dans l’esprit d’un autre? Or si tu ne le vois pas, comment réponds-tu parla bienveillance à la bienveillance d’un ami, puisque tu ne crois à rien de ce que tu ne vois pas? Diras-tu, par hasard, que tu vois la volonté d’un autre par ses actes? Soit: tu verras les actes, tu entendras les paroles, mais tu croiras seulement à la volonté de ton ami, laquelle ne peut ni se voir ni s’entendre. Car cette volonté n’est pas une couleur ou une figure qui puisse frapper les yeux, ni un son ou un chant qui pénètre dans les oreilles; elle n’est point ta volonté non plus, et tune saurais la sentir dans ton propre coeur. Il ne te reste donc qu’à croire ce que tu ne vois pas, ce que tu n’entends pas, ce que tu ne découvres point en toi-même, si tu ne veux ni vivre dans l’abandon et l’isolement, faute d’ami, ni manquer de payer de retour l’affection qu’on te témoigne. Où est maintenant ce que tu disais tout à l’heure : que tu ne dois croire que ce que tu vois, ou extérieurement des yeux du corps, ou intérieurement des yeux de l’âme ? Continuer à lire « Saint Augustin : « De la foi aux choses qu’on ne voit pas » »

Parution des Sermons de saint Augustin dans la collection « Bouquins »

Couverture 'Bouquins' Saint Augustin

Saint Augustin, Sermons sur l’Ecriture, édition établie et préfacée par Maxence Caron, coll. « Bouquins », Robert Laffont, 1568 pages, 2014.

Présentation de l’éditeur :

« Saint Augustin (354-430) est reconnu depuis l’Antiquité tardive comme le plus puissant des penseurs, le plus grand des écrivains et le plus sage des docteurs. L’œuvre du « docteur de la grâce » est ainsi la plus lue de tous les temps après la Bible. Pourtant, la plupart de ses textes – bien plus d’une centaine – sont aujourd’hui introuvables, alors que la littérature et la philosophie n’ont cessé de s’y alimenter.

Son œuvre oratoire, aussi importante que Les Confessions, le De Trinitate ou La Cité de Dieu, rassemble des méditations composées au fil d’un quotidien rythmé par le temps liturgique : à l’occasion d’un passage de l’Écriture sainte correspondant à tel office de tel jour, de telle fête, de telle commémoration, Augustin commente la Bible, établit le panégyrique d’un haut personnage en s’adaptant au public ou aux circonstances. On dénombre aujourd’hui cinq cents sermons – certains découverts il y a une trentaine d’années seulement – classés en trois grandes séquences. On trouvera ici dans leur intégralité les cent quatre-vingt-trois Sermons sur l’Écriture qui composent la première de ces séquences.

Du Buisson ardent à la Transfiguration du Christ, de la lutte de Jacob avec l’Ange au mystère de Pâques, les paroles augustiniennes nous font entrer dans l’intelligence des Écritures grâce à la beauté d’une langue qui va droit au cœur.

Cette édition est précédée d’une préface de Maxence Caron qui présente la vie de saint Augustin selon l’œuvre oratoire. Agrégé de philosophie, docteur ès lettres, lauréat de l’Académie française, Maxence Caron est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages. Il a également dirigé, aux Éditions du Cerf, le volume des « Cahiers d’histoire de la philosophie » consacré à saint Augustin et l’édition intégrale des Discours sur les Psaumes. »