De saint Jean XXIII : l’Encyclique « Pacem in terris »

saint Jean XXIII

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PACEM IN TERRIS

LETTRE ENCYCLIQUE
DU SOUVERAIN PONTIFE JEAN XXIII

Sur la paix entre toutes les nations,
fondée sur la vérité, la justice, la charité, la liberté.

A nos vénérables frères, patriarches, primats, archevêques,
évêques et autres ordinaires, en paix et communion avec le Siège Apostolique,
au clergé et aux fidèles de l’univers ainsi qu’à tous les hommes de bonne volonté.

Vénérables frères et chers fils,
Salut et bénédiction apostolique,

INTRODUCTION

L’ordre dans l’univers

1 – La paix sur la terre, objet du profond désir de l’humanité de tous les temps, ne peut se fonder ni s’affermir que dans le respect absolu de l’ordre établi par Dieu.

2 – Les progrès des sciences et les inventions de la technique nous en convainquent : dans les êtres vivants et dans les forces de l’univers, il règne un ordre admirable, et c’est la grandeur de l’homme de pouvoir découvrir cet ordre et se forger les instruments par lesquels il capte les énergies naturelles et les assujettit à son service.

3 – Mais ce que montrent avant tout les progrès scientifiques et les inventions de la technique, c’est la grandeur infinie de Dieu, Créateur de l’univers et de l’homme lui-même. Il a créé l’univers en y déployant la munificence de sa sagesse et de sa bonté. Comme dit le Psalmiste : « Seigneur, Seigneur, que ton nom est magnifique sur la terre (1), que tes œuvres sont nombreuses, Seigneur ! Tu les as toutes accomplies avec sagesse (2). »

Et il a créé l’homme intelligent et libre à son image et ressemblance (3), l’établissant maître de l’univers : « Tu l’as fait de peu inférieur aux anges ; de gloire et d’honneur tu l’as couronné ; tu lui as donné pouvoir sur les œuvres de tes mains, tu as mis toutes choses sous ses pieds (4). »

L’ordre dans les êtres humains

4 – L’ordre si parfait de l’univers contraste douloureusement avec les désordres qui opposent entre eux les individus et les peuples, comme si la force seule pouvait régler leurs rapports mutuels.

5 – Pourtant le Créateur du monde a inscrit l’ordre au plus intime des hommes : ordre que la conscience leur révèle et leur enjoint de respecter : « Ils montrent gravé dans leur cœur le contenu même de la Loi, tandis que leur conscience y ajoute son témoignage (5). »

Comment n’en irait-il pas ainsi, puisque toutes les œuvres de Dieu reflètent son infinie sagesse, et la reflètent d’autant plus clairement qu’elles sont plus élevées dans l’échelle des êtres (6).

6 – Mais la pensée humaine commet fréquemment l’erreur de croire que les relations des individus avec leur communauté politique peuvent se régler selon les lois auxquelles obéissent les forces et les éléments irrationnels de l’univers. Alors que les normes de la conduite des hommes sont d’une autre essence : il faut les chercher là où Dieu les a inscrites, à savoir dans la nature humaine.

7 – Ce sont elles qui indiquent clairement leur conduite aux hommes, qu’il s’agisse des rapports des individus les uns envers les autres dans la vie sociale ; des rapports entre citoyens et autorités publiques au sein de chaque communauté politique ; des rapports entre les diverses communautés politiques ; enfin des rapports entre ces dernières et la communauté mondiale, dont la création est aujourd’hui si impérieusement réclamée par les exigences du bien commun universel.

I. L’ORDRE ENTRE LES ÊTRES HUMAINS

Tout être humain est une personne, sujet de droits et de devoirs.

8 – Il faut, en premier lieu, parler de l’ordre qui doit régner entre les êtres humains.

9 – Le fondement de toute société bien ordonnée et féconde, c’est le principe que tout être. humain est une personne, c’est-à-dire une nature douée d’intelligence et de volonté libre. Par là même iI est sujet de droits et de devoirs, découlant les uns et les autres, ensemble et immédiatement, de sa nature : aussi sont-ils universels, inviolables, inaliénables (7).

10 – Si nous considérons la dignité humaine à la lumière des vérités révélées par Dieu, nous ne pouvons que la situer bien plus haut encore. Les hommes ont été rachetés par le sang du Christ Jésus, faits par la grâce enfants et amis de Dieu et institués héritiers de la gloire éternelle.

LES DROITS

Le droit à l’existence et à un niveau de vie décent

11 – Tout être humain a droit à la vie, à l’intégrité physique et aux moyens nécessaires et suffisants pour une existence décente, notamment en ce qui concerne l’alimentation, le vêtement, l’habitation, le repos, les soins médicaux, les services sociaux. Par conséquent, l’homme a droit à la sécurité en cas de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse, de chômage et chaque fois qu’il est privé de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté (8).

Droits relatifs aux valeurs morales et culturelles

12 – Tout être humain a droit au respect de sa personne, à sa bonne réputation, à la liberté dans la recherche de la vérité, dans l’expression et la diffusion de la pensée, dans la création artistique, les exigences de l’ordre moral et du bien commun étant sauvegardées ; il a droit également à une information objective.

13 – La nature revendique aussi pour l’homme le droit d’accéder aux biens de la culture, et, par conséquent, d’acquérir une instruction de base ainsi qu’une formation technico-professionnelle correspondant au degré de développement de la communauté politique à laquelle il appartient. Il faut faire en sorte que le mérite de chacun lui permette d’accéder aux degrés supérieurs de l’instruction et d’arriver, dans la société, à des postes et à des responsabilités aussi adaptés que possible à ses talents et à sa compétence (9).

Le droit d’honorer Dieu selon la juste exigence de la droite conscience

14 – Chacun a le droit d’honorer Dieu suivant la juste règle de la conscience et de professer sa religion dans la vie privée et publique. Lactance le déclare avec clarté : « Nous recevons l’existence pour rendre à Dieu, qui nous l’accorde, le juste hommage qui lui revient, pour le connaître lui seul et ne suivre que lui. Cette obligation de piété filiale nous enchaîne à Dieu et nous relie à lui, d’où son nom de religion (10). »

A ce sujet, Notre prédécesseur d’immortelle mémoire, Léon XIII, affirmait : « Cette liberté véritable, réellement digne des enfants de Dieu, qui sauvegarde comme il faut la noblesse de la personne humaine, prévaut contre toute violence et toute injuste tentative ; l’Église l’a toujours demandée, elle n’a jamais rien eu de plus cher. Constamment les apôtres ont revendiqué cette liberté. là, les apologistes l’ont justifiée dans leurs écrits, les martyrs en foule l’ont consacrée de leur sang (11). »

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