« Muray chez sosialistes et rathées » : de Maxence Caron dans la « Revue Littéraire » de Léo Scheer

revue littéraire LéoScheer avril 2015

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Muray chez sosialistes et rathées

La parution d’Ultima necat

par

Maxence Caron

 

Une contraction historique accoucha d’un monde perdu pour la littérature : le leur. Les quelques esprits qui savent composer sur la gamme révélée par l’Impérissable se tiennent plus que jamais en solitude : s’il leur arrive d’entrer en résonance les uns avec les autres, là n’est cependant pas leur question, et ils savent proche l’éclat de ce dont cette renaissance leur parle qu’en silence ils portent devers eux. Et si est-ce en ce contexte étrange, et entre deux mondes, que paraît le journal de Muray : à la fois tellement en avance sur la masse trop humaine de ceux qui le liront dans la fascination ou le rejet, et tellement en retard sur la vocation des quelques-uns qui avec respect verront se dessiner, dans la Pensée, le visage véritable des décisions ontologiques prises par cet auteur.

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 Les six-cents premières pages du journal murayen divisent les opinions de ceux estimant qu’il importe de donner son avis et que la parole est une affaire d’opinion. À la pullulante bedeaudaille de plume surgie du siècle d’enfer, à cette race parvulifique que jaboter remplit d’une certitude chaleureuse, la recherche fondamentale semble vouloir céder ; et, d’un articlier à l’autre, le Concept abdique face au convulsif boutoir de la récupération idiosyncrasique.

Tout comme des bancs de chameaux que parmi le sable odieux et kilométrique l’on verrait confrontés à la discrète, soudaine et déroutante présence d’un edelweiss, les plumitifs répandus dans les déserts francoccidentaires, tous les unanimes et mourants défenseurs de la liberté de mal s’exprimer, ont vu, sourdant insolemment au sein des habitus et coutumes de leur plein vide, un livre véritable ; ils ont vu ses exigences, son irréductibilité, ses difficultés, ils ont vu également, inattendue, son incongruité même par rapport au sentiment que l’on avait construit autour de l’auteur, déjà. Personne en revanche n’a vu, par-delà les avis endémiques et chroniques, que cette fresque de granit imposait à jamais « sa borne au noir vol du blasphème épars dans le futur », et qu’il fallait donc regarder l’œuvre comme telle, dans la singularité de ses décrets esthétiques. Amoureux de l’éphémère comme tous le sont, tous crurent et immédiatement qu’il convenait, car ainsi font, de donner ses impressions : aujourd’hui l’on ne pense pas, l’on a des sympathies, et cela fait longtemps qu’à l’exercice contemplatif plus personne ne consent la moindre tache de sang intellectuel.

À l’occasion de cette parution l’on assiste donc à la coutumière répansion de ceux qui aiment et de ceux qui non.

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