Sur un prétendu droit à n’être pas, quand on n’est déjà rien

Texte paru dans Maxence Caron, Immédiates II, « La Cinquième Saison », Ed. de l’Aire, Vevey, 2025

Quand Pilate ponce la statue de Péguy

Il faut saluer la belle éloquence du grand-rabbin de France, Haïm Korsia, qui dans un récent libelle (le texte en est paru dans la collection « Tracts » des éd. Gallimard) a détruit toute l’argumentation gouvernementale en faveur de l’euthanasie. Le rôle d’un État, dit-il à l’encontre de ce que ne cesse de s’entendre à sasser le lexique officiel de l’abomination, le rôle de l’État est de légiférer pour aider les hommes à vivre, et non point pour les « aider à mourir ». 

Parallèlement à cette force vive de la pensée juive, que font les intellectuels babyloniens dont l’hypocrisie ose confesser le christianisme ? Ils procèdent comme ce paradigmatique petit professeur Foutriquier, échappé de l’Institut soi-disant « catholique » de Paris : n’écoutant que sa grandeur d’âme, donc radicalement sourd, ce philosophe à perruque pousse ainsi son petit article dans Le Monde[1] pour y affirmer pompeusement qu’il faut, au nom de la pensée et pour cela même que l’on est catholique, ne pas prendre position sur l’euthanasie. 

Ô la mascarade de « neutralité » que se ménage le désespoir de l’arriviste… À regarder le sparadrap de préservatif gratuit, laïc et obligatoire dont se coiffe le front du confessant instituteur Foutriquier, on songe au mot d’Alfred Capus : ce n’est pas tout d’arriver, il faut encore voir dans quel état. 

Affirmer comme le fait le foliesophe Foutriquier que « la raison » ne doit pas prendre position sur l’euthanasie, cela revient à laisser un choix de fait : et à donner ainsi son assentiment en affectant de se taire. Voilà ce qu’excrète, lorsqu’on le sort de sa chambre capitonnée, le paganisme du néo-christianisme athée. 

Mais la danse macabre ne s’arrête pas là qui tourne dans la schizophrène structure de ses manies de possédé. Faisant caloriquement exhibition de son goût pour Péguy, à l’égard de qui ses enthousiasmes sont accablants puisque Péguy eût évidemment refusé de lui serrer la main, le barbacole Foutriquier est un disciple – un laquais – de J.-L. Marion. Il assassine le Christ toute la journée. 

Ainsi va lâche, mondain et calculateur, en versant sciemment des arrhes à l’enfer, le chrétien p(h)arisien dont l’âme enfourche les immondices et dont le cœur est monté à l’envers : devant même que ne s’en charge l’Ange exterminateur, d’avance et spontanément il vomit sa tiédeur. 

Maxence Caron


[1] Cette feuille de choux à se tordre 
Dont le titre est déjà un mot d’ordre. (N. de l’A.)

Mr Caron’s Philosophy is not at all for the Lazy

« À ceux qui liront et comprendront véritablement la philosophie que j’ai dite, je promets une amélioration d’existence que jamais leur imagination n’eut l’audace d’espérer. 
Pour obtenir le bénéfice de ce résultat, il faut suspendre en soi l’automate et ses réprobations de cantinière, il faut cesser de s’embrunir au sein de gaberies incantatoires, il faut révoquer les tristes jouissances collectives à galéjader et geindre désastrément, et il faut simplement travailler : il faut comprendre pleinement de quoi il est question. 
La probité de l’intelligence a ses droits et son histoire. Sans rien connaître du contenu, a-t-on jamais dit sérieusement d’un livre qu’il est trop volumineux ou trop difficile ? À moins de n’avoir pas l’impudeur de s’avouer impotent : non. 

La philosophie véritable est difficile, et elle l’est encore plus pour ceux qui sont loin du but qu’elle propose au travail de ses lecteurs. Or son but est un accroissement de joie dont ils ne peuvent mesurer l’ampleur au sein de cet état de délabrement où ils sont avant de commencer, et qui paralyse la plupart d’entre ceux qui ont le plus besoin d’elle. 
Tels des possédés, ce sont généralement ceux qui ont le plus besoin d’elle qui insultent le plus grossièrement les difficultés de la philosophie, et qui, en une langue indéchiffrablement vile, accusent le prétendu « jargon » des philosophes. »

Maxence Caron
Les Immédiates

🇬🇧 In English :

« To those who will truly read and understand the philosophy I have uttered, I promise an improvement of existence that never did their imagination have the audacity to hope for. 
To obtain the benefit of this result, one must suspend within oneself the automaton and its scullery-maid reprobations; one must cease to darken oneself in the midst of incantatory mockery; one must revoke those dismal collective pleasures of jesting and groaning disastrously; and one must simply work: one must fully understand what is in question. 
The probity of the intellect has its rights and its history. Without knowing anything of the content, has anyone ever seriously said of a book that it is too voluminous or too difficult? Unless one lacks the impudence to confess oneself impotent: no.

True philosophy is difficult, and it is even more so for those who are far from the goal it proposes to the labor of its readers. Yet its goal is an augmentation of joy, the scale of which they cannot measure from within that state of dilapidation wherein they are before beginning, and which paralyzes most of those who have the most need of it. 
Like the possessed, it is generally those who have the most need of philosophy who most grossly insult its difficulties, and who, in an undecipherably vile tongue, accuse the so-called ‘jargon’ of philosophers. » 

Maxence Caron

Un extrait de « Immédiates IV »

« Imaginez telle personne à qui il vous répugnerait de serrer la main, et telle autre avec qui parler vous donne le vertige. Imaginez encore celle-ci que vous méprisez, ou celle-là dont vous avez honte. Imaginez toutes ces personnes que vous ne fréquenteriez pour rien au monde et leur nombre considérable. Imaginez que cette masse un jour vous prenne en affection, vous admire, vous aime et le fasse savoir par monts et par vaux. Imaginez cette masse indigne disant tout ce bien de vous : c’est ce que l’on appelle la popularité. Les assiduités d’une personne qui nous répugne sont un inconvénient ; que si cet inconvénient se trouve cependant un jour multiplié par l’innombrable de la foule, de la masse dont émane à notre égard une admiration non définie, l’inconvénient, pour la plupart, se change en jouissance… 

Lorsqu’ils envient la célébrité, les anonymes envient ainsi ceux qu’acclame la somme des individus qu’ils méprisent ; ils seraient et ils sont prêts à tout pour que ceux qu’ils contemptent les plébiscitent. L’on n’a vécu la célébrité que lorsque la quantité des enthousiastes fait oublier qu’on ne passerait pas une minute avec l’un d’entre eux. 

Bruyante, la popularité attroupe en un point de fixation inflatif la bassesse qui motive chacun des suffrages. Il en va d’une burlesquerie que quiconque en soit fier. Mais qu’on y puisse devenir méprisant est obscène, puisque l’on ne s’y trouve précisément que pour n’avoir pas méprisé le mépris. »

Maxence Caron, Immédiates IV (à paraître)

Maxence Caron

Parution : « Immédiates III » de Maxence Caron

Maxence Caron a de nouveau choisi La Cinquième Saison pour publier un nouvel ouvrage : Immédiates III

On trouvera ainsi le texte dans le 27e numéro de la revue, numéro dirigé par Romain Debluë pour les Editions de l’Aire : 

La Cinquième Saison, n° 27, été 2025, « La littérature au grand jour ».  

NB : les deux ouvrages Immédiates I et Immédiates II ont été publiés respectivement dans le numéro 24 et le numéro 26 de la même revue.

Parution des « Immédiates », nouvelle oeuvre de Maxence Caron

Maxence Caron vient de publier dans La Cinquième Saison le recueil de pensées et d’aphorismes : Immédiates, I. La Cinquième Saison est la revue des Editions de l’Aire, l’un des grands éditeurs historiques de littérature que compte la Suisse.

Cet ouvrage sera suivi de Immédiates, II, à l’automne dans la même revue.

Il est prévu que les Immédiates III puis IV paraissent ensuite au printemps et à l’automne de 2025.

Pour lire Immédiates, I, vous pouvez vous procurer le numéro 24 de La Cinquième Saison, ou vous abonner à la revue.