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oct 2021

« La Loi du silence » (Hitchcock, 1953)

par admin

Plus éloquent que les procès bananiers des débats orchestrés pour ne jamais rien comprendre, sur le secret de la confession il y a ce film d’Hitchcock : La Loi du silence (I Confess), sorti en 1953, avec Montgomery Clift (bande-annonce d’époque ci-dessous). 90 mn d’une oeuvre qui a tout compris contre 15 jours d’ORTF et de journalisme français.

oct 2021

Bloc-notes de Maxence Caron : « La Saison des vidanges »

par admin

Service Littéraire, numéro 152

Bloc-notes de Maxence Caron (octobre 2021) dans le Service Littéraire :

La Saison des vidanges

 

L'uniformité

La Saison des vidanges

 

« Jeannette la jolie a pris pour époux Langouret. Son cœur languit à côté de Langouret… » Si la suite vous intéresse, vous serez comblés car parallèlement aux vendanges il y a la vidange : la saison des romans contemporains est commencée. Autant dire que « nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » (Valéry). Les prix littéraires sont aussi nombreux que les brigueurs, il y a plus de médailles que de ceux qui vont à la maraude. Qu’on ne s’en fasse pas, il y en a déjà plus que pour tout le monde. Oui : lorsque l’honneur manque les honneurs grouillent. Lorsque vient la saison de l’inventaire, ne pouvant célébrer le génie, la grandeur d’art ou la puissance créatrice, pour cacher sa gale la décence des impuissants se tricote des manches : elle démultiplie les trophées pour masquer la vacuité des performances. Le peuple n’est certes jamais fin et il est toujours aisé de l’animer avec quelque grossier artifice : mais cette histoire de prix dont on tient absolument à dire d’eux, comme s’il y avait là le moindre rapport, qu’ils sont « littéraires », cette fable est l’asticot mort d’un hameçon tellement aplati que la grossièreté même des peuples les plus abêtis n’y mord plus. Ces prix sont faits pour la satisfaction d’une secte de bas-bleus très pâlis et qui sont salement éfaufilés. De tels certificats d’accointances se trouvent placés haut dans la hiérarchie de leurs diplômes, car ils sont les illusions dont une caste de cancres veut amuser le monde pour entretenir l’idée qu’à condition d’eux-mêmes il existe des auteurs. Ô l’endurance litanique de ceux qui commettent le mauvais et clament avoir concocté le bien esthétique de tous… Ô l’infatigable bégaiement de ceux qui toujours décoctent le pire mais trompettent avoir fabriqué le meilleur… Cette forme de coprolalie parfumée aurait passionné Gilles de La Tourette.

*

Des écrivains il y en a beaucoup, il y en partout. Ce doivent être gens si intelligents, si savants, si passionnants… Quelle chance de pouvoir en rencontrer ! Et quelle gloire rebondit sans doute sur ceux qui les ont pour amis ! Que suis-je à côté de tels géants ? Et quelle sorte de génie deviendrais-je si, ver d’étoile amoureux de la terre, j’avais l’heur de dîner à la table de tels Nestors. Pauvre de moi : je n’ai rien d’un écrivain… Je ne suis pas écrivain. Ce n’est certes pas moi qui écris le livre mais c’est le livre qui s’écrit de lui-même et qui arrive à ses fins, quoi qu’il m’en coûte. Et il me coûte. Je ne suis pas écrivain, pas même écriveur, mais « livr-eur », avec un trait d’union pour bien faire résonner ce que le mot veut dire. Je suis livreur, parce que je transporte des livres qui travaillaient là en moi, au-dessus de moi, et bien avant moi. Je livre ces livres et les délivre : ce ne sont pas les miens, mais les nôtres, ce pourquoi je ne dis jamais « mon livre », moi qui ne suis que délivreur des livres et de ce qui me dépasse. Les écrivains vivent de la « littérature » : comme ce doit être exaltant ! Ils « se réalisent » : comme ce doit être excitant ! Et – ô la sublimité suprême – ils se racontent. Mais moi je ne suis rien du tout, et je ne vis pas de la « littérature » : je suis le commis de son Principe : dissout dans cette fonction, transporteur de livres, livreur, c’est tout. Je regarde ce Principe et je me souviens d’une phrase aperçue sous le portrait du saint Jean-Baptiste de Grünewald : « Illum oportet crescere, me autem minui : il faut qu’il croisse et que je diminue. » Importante parole pour ceux qui ne sont pas écrivains, mais seulement œuvrier-livreur : ces mots ne disent pas seulement un objectif, ils disent une condition, celle de l’existence d’une œuvre. Car pour qu’il y ait effectivement des œuvres, pour qu’il y ait ces sortes de choses qui ne sont pas des choses et qui donnent la sensation de respirer de l’étendue, pour qu’il y ait des œuvres d’art, il faut qu’il n’y ait pas d’écrivains.

*

Lorsque hobereau désemparé de sa provenance et fier d’être un petit peu arrivé, lorsque frétillant à la cour où il se travaille à faire oublier d’où il vient, lorsque Philippe Sollers dit l’admiration qu’il conçoit pour Mozart, on a le sentiment de comprendre qui était Salieri.

Maxence Caron

sept 2021

Revue de presse de Bossuet

par admin

Extraits de la revue de presse du coffret des Oeuvres historiques, philosophiques et politiques de Bossuet publié aux Belles Lettres dans l’édition de Maxence Caron, avec une préface de Renaud Silly o.p.

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« Il existe des œuvres qui changent le cours d’une vie et à l’égard desquelles nous contractons une dette littéraire mais aussi religieuse. Bossuet, sans nul doute, fait partie de celles-ci. » Aleteia

« Bossuet rendu à soi-même, à tout ce qu’il y a en lui de la force du bœuf (celui de son nom) et du vol de l’aigle (celui de son surnom) : il fallait bien M. Maxence Caron, qui se plaît aux défis cyclopéens, pour nous proposer en deux volumes le théologien, l’historien, le philosophe, le controversiste, le moraliste ? en un mot, l’écrivain français, dont Bossuet est à jamais la plus haute illustration. » Valeurs actuelles

« Leur lecture réserve une magnifique surprise tant on découvre, à parcourir ces pages, l’étendue du génie d’un auteur trop vite oublié par une modernité qu’il avait pressentie et méthodiquement récusée. » Le Figaro Histoire

« Poussiéreux Bossuet ? Non ! Depuis le passé il nous parle du présent. […] Ses lecteurs le comprendront : l’Aigle de Meaux, l’homme dont l’esprit est un regard d’aigle, n’a pas fini de nous donner des leçons. » Le Figaro Magazine

« Bossuet ne se réduit pas à ses célébrissimes sermons. Grâce au travail d’édition remarquable réalisé par Maxence Caron, il est possible de découvrir en deux admirables volumes la richesse de l’œuvre du « Père de l’Église ». » Les Échos 

sept 2021

« Choeur de chair », de Véronique Lévy

par admin

Extrait du quart de couverture :

« Au regard de Dieu la Femme est l’accomplissement de son œuvre. Du paradis perdu à la figure de la Vierge Marie, Véronique Lévy déroule cette tunique du Salut et de la Rédemption — tissée par Dieu Seul — et dont la femme est La gardienne : Femmes des déserts, héroïnes des combats, messagères de la Bonne nouvelle, femmes brisées ou en marge… Toutes s’acheminent vers le cœur d’un Mystère triomphal… Véronique Lévy ose l’affirmer à travers une écriture flamboyante au style inspiré et prophétique : si Ève est le couronnement d’Adam, Marie est la vocation de l’Église. Car dans son chœur de pierre et sous la chaire de Pierre bat un cœur de chair : le cœur d’une Femme. »

FIC179796HAB0

Véronique Lévy écrit depuis sa conversion au catholicisme des ouvrages spirituels aussi littéraires qu’inspirés.

Editions Artège, 350 pages

Préface de Maxence Caron (disponible ici)

 

Pour plus d’informations sur l’auteur, voir le site officiel de Véronique Lévy

sept 2021

Bloc-notes de Maxence Caron : « Des passes bien propres »

par admin

Service Littéraire, numéro 151

Bloc-notes de Maxence Caron (septembre 2021) dans le Service Littéraire :

Des passes bien propres

Josef Engelhart, Loge im Sofiensaal

Des passes bien propres

 

Lorsque j’ai entendu parler de passe sanitaire, je me suis beaucoup réjoui. Et il y avait de quoi s’éjouir que les passes devinssent sanitaires ; s’ébaudir à l’idée qu’en pleine clitocratie l’État non seulement réouvrît les bordels, mais s’impliquât en outre dans l’hygiène et la qualité des établissements. Des passes sanitaires ! Fini la loi d’avril 46, dont Audiard disait que nous lui devions mai 68. Des passes propres, et bien hygiéniques : quelle émouvante et soudaine générosité de nos oligarques ministrants. Il est beau de voir ainsi la gent politique partager avec le peuple ses secrets privilèges de Polichinelle : lui offrir de sanitaires passes, lancer un programme national, insister vigoureusement pour que tout le monde par passes passe. Car il est impératif que tous aient leur tranche. Ainsi est-ce, en plein été, l’authentique fête de fraternité. C’est « l’immunité de groupe », qu’ils disent, et « l’immunité de groupe » c’est quand tout le monde a servi son pays par les passes, quand tout le monde a fait son service sanitaire : « l’immunité de groupe » c’est quand tout le monde, ayant fait ses passes, aura fait ses classes. « Après vous… », « dépêchez-vous ! », « je n’en ferai rien », « mais si mais si ! » : comme c’est touchant…

*

Mais il semble que cette affaire de passe soit une tout autre histoire. J’ai entendu dire de drôles de choses. Dans le paradis de la cité des hommes où l’on boit, bouffe et se besogne, la pénétration n’est possible qu’à proportion de préservatif. C’est le principe de la précaution de principe : intelligent. Aussi, pour conserver sa citoyenneté dans un lupanar qu’habitent 70 millions de personnes, l’individu n’a droit à sa pénétration qu’au prorata de la préservativité des passes. J’ai même entendu dire que tout serait préalablement une question de lubrification vaccinale. C’est la condition pour entrer : sans vaccin pas de bousin, sans lubrification pas de pénétration. Car, voyez-vous, il y a des conditions à la circulation dans le bocson. Le petit président glabre a ainsi décrété les choses, et le ministre de la maladie a applaudi. Certains rechignent et ils sont donc d’extrême-droite : des sortes de fascistes préhistoriques qui voudraient pénétrer dans le bocson sans le certificat de lubrification. Rien que des arriérés teigneux, des « antibocs » que guette l’imminence d’une déchéance de nationalité. D’après le monumental ministre de la virose Olivan Véreux, il faut leur couper les vivres. Quant à « l’Élyséen », quant au président du pacte du projet démocratique, qui est un sage nourri aux meilleures sources hellènes, il demeure inflexible sur la lubrification, et il a raison : on ne rigole pas avec la lubrification ! En dépit de tout ce que l’on fait pour eux, ô les scandaleux ! en dépit de la gratuité bordelière de ces passes thérapeutiques, les gens murmurent et maugréent. « Mais pour qui sont ces masses qui sifflent sur nos passes ! » s’exclame un député de la minoritaire majorité. Il n’empêche : les gens partent en campagne quand même l’on s’occupe si bien de dorloter leur vie. Pourquoi cette ingratitude du peuple envers ses bienfaiteurs ? C’est à n’y rien comprendre. Et il n’est pas impossible que la situation dégénère… Enfin, nulle inquiétude, cela pourrait être pire : nous pourrions être gouvernés par des imbéciles.

*

Me tenant loin du déversoir à simulacres à quoi s’emploie l’inculture inouïe du journalisme, je n’avais jamais vu ni entendu le covidien « président du conseil scientifique » : un hasard m’en met l’infatuée guignolade sous les yeux. C’est donc ce monceau d’ignorance quiète, c’est ce petit inquisiteur vicinal avec sa tête à brouter des strings, qui avec sa bande d’illuminés, a mis un masque sur chaque visage et converti la nation à la religion de la burqa prophylactique… Je ne sais que penser d’un peuple qui dit oui à ce genre de gourou fripé qu’on ne serait pas étonné de voir à la tête d’un camp de nudistes.

Maxence Caron

juil 2021

Bloc-notes : « Le suave et rafraîchissant bourgeois »

par admin

Service Littéraire, numéro 150

Bloc-Notes de Maxence Caron (juillet-août 2021) dans le Service Littéraire :

Le suave et rafraîchissant bourgeois

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Le suave et rafraîchissant bourgeois

 

De l’USA et de la France. Que penser d’un pays où l’on vous apprend à écrire un roman… Mais que penser d’un pays où l’on n’en sait rien…

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Quand une femme n’a rien à dire elle parle des femmes. Cela fait beaucoup de livres, et jamais d’œuvres.

*

Pourquoi tant de mauvais livres ? Pourquoi tant d’ouvrages qui ne servent absolument à rien ? Un mauvais livre n’est autre qu’une mauvaise action continuée. Un mauvais livre est la prolongation de quelque crime que plébiscite la bourgeoise emporcination des consciences. Le majoritaire surgeon de bourgeois, arrivé de sa planète en sucre, demande ce crime pour y dicter son style et en fabriquer une morale. À qui, plumitif, veut plaire, il est impératif de ne pas importuner la masse de cette imbécillité. Le oui bourgeois n’est jamais oui, son non n’est jamais non : le bourgeois est tiède comme une vanilleuse bouillie à nourrissons. Il n’habite pas la pensée, il n’a pas de pensée : restent uniquement l’ordinaire et la concalculation de son scepticisme moyen, ambitieux et crispé, souriant et craintif. Et ce coassement en lui de la bête immonde, le bourgeois le prend pour sa méthode infaillible, pour une vocalise avant l’aria. Une fois devenu un principe littéraire, ce scepticisme est en effet ce dont le Français croit qu’il n’est possiblement un Français que s’il en fait sa vertu. Cette vertu cependant ne l’est à ses yeux que depuis le stupide XVIIIe siècle et n’est qu’un singe des protestantes occlusions de l’Angleterre intestine ; elle est la « clarté », le « classicisme » et « l’épure » dressés contre le mystère, l’inventivité, le baroque et la surabondance. On la connaît la lugubre ritournelle stylistique ! C’est ce que devient la littérature entre les mains du tépide et malfaisant bourgeois. On en a plein les recommandations littéraires, qui pensent (c’est-à-dire ignorent) comme des bourgeois, et rêvent d’être prises pour « artistiques ». Épure, classicisme, etc. : Rabelais, pour sûr et comme disait Céline, on lui a bien fait rater son coup ! En un siècle où nul ne sait plus écrire le moindre mot qui sonne, où tous tremblent devant l’ambition qu’une œuvre exige de son auteur ou de son lecteur, et tandis que Valéry, Proust, Joyce et Mallarmé font les couvertures des journaux de ceux qui refuseraient de les éditer, le rabâchage en faveur du saint classicisme épuré et la promotion du doctorat en tiède clarté, qui ne sont que le soupir de soulagement poussé par l’incompétence gigantale et majoritaire du gueux, n’ont guère de difficultés à constituer le discours de la méthode la plus stérile qu’on ait vue depuis les rois fainéants. Ainsi communiquent les sémaphores de la fange, et ils appellent cela « littérature ». Il s’agit de la leur mais elle est devenue la seule. Pourquoi parler de nouvel ordre mondial quand c’est le sempiternel ordre bourgeois. Ô le suave et rafraîchissant bourgeois… Toujours lui, métamorphosé selon l’espace et le temps, et toujours là, répétitif, autoprolongé, réincarné. Comment parvient-il à amasser de la sorte la durée et à ne jamais rien apprendre ? Que faudrait-il pour que cessât de l’écrire celui qui ne se prononce qu’en haïssant la parole ? Mystère de cette iniquité. Le bourgeois se réincarne en blatte ou en phacochère, mais le phacochère est plumitif et la blatte autrice… : aussi, le cercle se referme d’une métempsycose qui, de la base à la fosse en passant par le marécage, soutient chacun des enfants de sa chaîne de production. Et dans le troupeau mondial de ce bestiaire censeur, les gardes sont bien vachers.

*

Du bruit que fait la populace, disait un sage, il n’est pas plus raisonnable d’écouter celui qui sort par en haut que celui qui sort par le bas.

Maxence Caron

juin 2021

Bloc-notes : « La virose et ses nouveaux moines »

par admin

Service Littéraire, numéro 149

Bloc-Notes de Maxence Caron (juin 2021) dans le Service Littéraire :
La virose et ses nouveaux moines

Lundens, Gerrit, 1622-after 1683; Interior with a Surgeon Operating on a Man's Back

La virose et ses nouveaux moines

Quand meurt un homme d’excellence, et un homme d’excellence meurt toujours prématurément, il faut voir là un châtiment : tous sont en effet privés de lui, et sans les meilleurs la situation empire. Je pense ici à notre ami défunt, Pierre-Guillaume de Roux.

*

Étonnante masse humaine, menée par les vicissitudes de ses matières… Sur la rumeur d’un virus qu’il n’a jamais vu l’homme craint pour son existence ; mais pour l’éternité de sa vie il ne craint pas Dieu, dont tous les grands hommes confessèrent la gloire. Ô la piteuse piétaille de ces gens qui génufléchissent devant un invisible microbe dont ils acceptent sans preuve la réalité, et qu’ils laissent pendant des années infliger à leur vie d’impensables mortifications – tandis que pour aimer Dieu aucune preuve ne leur suffit, aucune contrainte ne leur est acceptable… Comme tous ces esprits forts sont mémorables, aujourd’hui aplatis devant une invisible idole au nez qui coule, avec moins de preuves de sa substance qu’ils n’en ont pour connaître l’Absolu, dont ne dépendent pas quelques mois d’existence supplémentaires mais le Salut et l’Éternité ! Rien n’accuse davantage que ces nouveaux moines l’extrême faiblesse d’esprit. Face à cette endémique absurdité comportementale, il serait décent que se taisent tous ceux qui nous repassent leur rogomme ritournelle sur l’absurdité de l’existence. Est-ce cécité volontaire de calomnier l’existence et de ne pas voir qu’entre elle et pareil préjugé, ce n’est pas l’existence qui est absurde mais l’argument ? Lorsqu’en une même niaiserie dans la relation à l’invisible, le refus de Celui qui est et dont dépend le sens de toute affirmation, côtoie la préférence de se choisir un virus pour idole ascétique, alors de l’existence de Dieu une preuve par l’absurde paraît en tout son éclat. Rien ne dépasse en absurdité les raisonnements que dicte l’erratisme païen des superstitions sceptiques.

*

Naturellement imbécile, la condition humaine est naturellement dubitative, et l’on ne compte plus le nombre de sots qui se disent philosophiquement sceptiques : ils rejettent ce qui est le plus universel afin, bien qu’en meutes, de passer pour des hommes d’esprit et des individualités fortes. Ce tour d’imagination sur lequel fait fond le scepticisme, n’est qu’une complaisance à s’enliser dans la contradiction de parler par dogme après avoir déclaré incertaines toutes choses : voilà certes une manière commode de sélectionner à l’avance ses conclusions. Ce dogmatisme de l’incertitude est fait pour ouvrir un droit sous-ventru à la jouissance sans limites : on ne pense plus, on se vautre puis, moutonnier rejeton de la porque et du bouc, l’on court après les plaisirs exigus en affectant un air de désespoir inspiré. Ci-gît debout éventé le scepticisme moderne ! Il est l’opinion absolument automatique, vous la trouverez chez tous. Il est ce qui unit parfaitement le bavardage de l’intellectuel et le discours des concierges, qu’on ne distingue plus depuis longtemps. Il est le prétexte des accroupis à croupir, et il n’est parole de rien. L’homme sceptique : plaisant flatulacier qu’une bonne bière borne…

*

Or voici que les hommes ont inventé une civilisation entièrement fondée sur le doute et qu’ils font croître avec la foi d’un charbonnier perverti. Voici dans l’institution sceptique et la personnalité laïque la continuelle célébration des demandes pansues. Chacun se fait de l’errance une idole et vit avec un souvenir du bonheur qu’il reporte sur la tripe. Dans la déchirure fixe où cette chute compose, le paradoxe paraît lorsque, confronté aux conséquences de ses décisions, le sceptique contemporain gémit de voir effondrées les valeurs traditionnelles : navré de conséquences dont il incarne les causes, il voudrait oublier qu’il est lui-même le premier ennemi des dieux qu’il pleure. L’obscur ennemi qui lui ronge le cœur croît et se fortifie du sang que le scepticisme contemporain ne perd pas !

Maxence Caron

mai 2021

Bloc-notes : « L’avenir de rien »

par admin

Service Littéraire, numéro 148

Bloc-Notes de Maxence Caron (mai 2021) dans le Service Littéraire :
L’avenir de rien

NB : si l’on veut lire le Bloc-Notes d’avril, il faut acheter le numéro d’avril.

L’avenir de rien

À l’exception du leur, nos chefs n’ont pas assez de pays à qui demander pardon. Aux pieds de nations à qui ils n’ont rien fait ils viennent à résipiscence, et dont les habitants les ignorent. Mais pour le désastre de leurs récidives en calamités jamais ils ne songeassent à pénitence envers leur propre peuple dont ils sont les suppliciateurs si vétilleux. Cette impénitence est un outrage de l’État envers son souverain. Ce sont provocation et désordre de celui-là même qui est choisi par le peuple non pour l’agiter mais pour garder sa paix. La componction exotique que nourrit l’incontrition nazionale : telle est la prévarication.

*

Il est difficile de savoir comment pense une époque à la fois asexuée et pansexuelle. D’inquiétantes attitudes collectives accompagnent ainsi la dénonciation de nouveaux crimes dont les « ministres aux égalités » peinent à établir la définition. Je fus surpris d’entendre certaines ribambelles réclamer là non seulement la suppression de la prescription des faits mais, dans la foulée, parler de réveiller la peine de mort. H.G. Wells publia en 1909 son roman Ann Veronica, dont Gallimard vient de publier la première traduction intégrale dans un beau volume de sa collection Quarto. On y croit trouver quelque histoire d’amour mais en tout sujet le génie analytique et vaticinateur de l’auteur de la Guerre des mondes écrit cette science-fiction qui, avec un siècle d’avance, parle mieux de nous que nous-mêmes : dire l’amour c’est donc y prédire nos états affectifs. Aussi, dans le chapitre sur les suffragettes : « Il n’y a qu’une façon de sortir de tout cela, dit Ann Veronica se rongeant les ongles. Je croyais être simplement en révolte contre mon père, mais c’est de tout l’ordre sacré des choses qu’il s’agit. Et son esprit se déchaîna en une colère sauvage à la pensée des conditions imposées de nos jours à l’existence féminine. » Ce « certain ordre sacré des choses » à qui en veulent, quel que soit son contenu, les Ann Veronica, a devoir de faire revenir cette peine capitale que réclament leurs inassouvissements. Si le meurtre d’État est heureusement aboli, pour combien de temps. Quel paradoxe de réintroduire un tel thème lorsque tous les côtés sexués de tels dossiers judiciaires sont rendus si nébuleux par leur matière psychopathologique, dont livrée à une herméneutique sans fin, l’on ne saura pas si celle-ci s’est orientée vers l’exploration de l’adéquat abîme d’âme ! Faut-il avoir régressé pour parler peine de mort… C’est mettre ses incertitudes à haut prix que de voir en elles, inéluctables, de quoi assassiner un homme par voie de loi et sur le fond de gouffres injudiciarisables. Dans le doute universel dont est frappée la justice humaine, je tiens pour seul équitable et certain qu’il est moins tragique de laisser vivre un coupable que de hasarder l’exécution d’un innocent. Inacceptable en soi la peine capitale, dont l’envie revient mais chez les « progressistes », l’est à plus forte raison pour répondre, dans l’inhérente équivoque, à la colère de quiconque. « Tuer pour empêcher qu’il n’y ait des méchants c’est en faire deux au lieu d’un » (Pascal).

*

« La femme est l’avenir de l’art », ai-je aperçu il y a quelques jours comme slogan de je ne sais quoi d’officiel et de « culturel ». C’est intéressant. Je note toutefois ceci : lors en un domaine qu’on n’est guère le passé de quoi que ce soit, on n’est certainement l’avenir de rien.

*

Si pendant la dernière guerre mondiale il y avait eu ce fléau maniaque que constituent les hypnoses de l’information continue, et au totalitarisme de quoi seul le plus dément des nationaux-socialistes avait d’abord dû rêver, il y eût eu plus de victimes par neurasthénie que ne compterait de morts la réunion des boucheries militaires. Perverse technique de destruction et semblable à celle qui voit une armée introduire un virus chez l’ennemi afin de démolir par contagion, ces hypnoses permettent la répansion et le contrôle des épidémies de fantômes et de simulacres dans la morbidité des âmes. Les contemporains planétaires sont évidemment trop intelligents pour s’être laissé prendre à cette guerre mondiale-là…

Maxence Caron