« L’homme sans Dieu est si misérable »
A propos du nouveau roman de Maxence Caron [1]
L’insolent, c’est le titre du nouveau roman que Maxence Caron vient de publier. Il figure parmi les nombreuses publications philosophiques, musicologiques et littéraires de ce jeune auteur surdoué dont nous avions ici même présenté La Vérité captive, signalée à l’époque comme « la plus riche œuvre philosophique publiée ces dernières décennies »[2]. De L’insolent nous pourrions dire, si nos connaissances littéraires étaient plus étendues, qu’il est sans doute le plus insolent roman écrit ces dernières décennies, car il s’y manifeste à chacune de ses 602 pages cette liberté de l’insolence mystique si caractéristique de cette nouvelle étoile Maxence Caron qui « regarde la Vérité afin de rire avec insolence de ce qui n’est pas elle et d’aimer au contraire tout ce qui exprime cette Vérité ».
Ayant jeté son éclairante lumière misanthrope sur ce qu’il conçoit comme enfer et purgatoire, Maxence Caron mène son lecteur au paradis « où l’âme fait mémoire de ce qu’elle contient et dont la décision la dépasse ». Lire la suite…
L’INSOLENT DE DIEU
L’Insolent, premier roman du jeune Maxence Caron résonne déjà comme une bombe. Philippe Sollers et Marc Fumaroli l’ont adoubé. Portrait de ce trublion catholique qui ne jure que par Heidegger et Dante. Une sorte de François Meyronnis avec plus de cheveux.
Arnaud Viviant
pour Transfuge
A 35 ans, Maxence Caron avoue se sentir seul. Sur sa droite, son catholicisme éhonté, teinté qui plus est d’« anarchisme de droit divin » (à la façon d’un Jacques Ellul ? sans doute pas), inquiète – cela peut s’admettre. Sur sa gauche, on le repousse du fait de ce même christianisme flamboyant, qui lui a déjà fait écrire un début de système philosophique d’un petit millier de pages, La Vérité captive, fondé sur l’acceptation, enfin tranquillisée, si cela est envisageable, de la transcendance. Pourtant, dans sa solitude extrême, Caron peut se vanter d’avoir obtenu pour son premier roman, L’Insolent, des blurbs (petites phrases publicitaires, dans le jargon de l’édition américaine) signés Philippe Sollers ou Marc Fumaroli. Qui dit mieux ? Le premier écrit : « Virtuose et musical, Maxence Caron ouvre des angles nouveaux et remarquables. » Le second, de l’Académie française, va encore plus loin, avec une once de lyrisme presque inquiétante : « Maxence Caron n’a peur de rien, ne doute de rien, il suit son chemin de lumière comme si les ténèbres n’avaient pas de prise sur lui. Il a écrit un livre qui dévoile quand et comment il a pris ce chemin qui nous conduit dans son sillage. » Voilà de bien grands Maîtres, de bien grandes phrases, pour un si petit jeune, se dit-on…
L’enfer du génie
Certes, le CV du garçon a de quoi impressionner. Agrégé de philosophie à 22 ans, il se lance bientôt dans une « synthèse » de 2 000 pages sur l’œuvre de Heidegger qui sera saluée par… l’Académie française. Décidément, des créatures vertes le suivent à la trace. Viendra ensuite le système philosophique déjà évoqué, puis – nul n’étant exactement parfait – la direction d’un ouvrage collectif sur Philippe Muray. Là-dessus, un peu de poésie et un mini-roman vite oublié, avant de se lancer dans les cinq-cents pages touffues et toutes folles de L’Insolent, qui font qu’on trouve raison de le rencontrer aujourd’hui. Soyons clairs : sans doute soucieux de gommer son image de génie même pas autoproclamé, Maxence Caron se présente de la façon la plus modeste qui soit. Ses mouflettes coupées aux doigts le font passer pour un nonce gothique. Insomniaque, migraineux, il carbure au thé vert et à l’aspirine saturée de codéine. Lire la suite…
Ce misanthrope proclamé aborde les sujets qui fâchent. Confirme, que dans le domaine culturel on se fait avoir comme des bleus. Que nous considérons novateur ce qui n’est qu’une resucée de ce qui s’est exprimé en des temps plus heureux. Qu’un créateur autoproclamé audacieux, le plus souvent, n’est qu’un névrosé doté d’une personnalité à emballer des âneries. Caron pratique la mise en boîte dans une langue délectable où Théophile passe le témoin à Charles-Albert sur le chemin de la Grande Garabagne. Que la plaie qui s’élargit avec les ans est celle de la vanité qui empoigne bien des créateurs se prenant pour tels ; une vanité si puissamment culbuté dans les Cantos d’Ezra Pound. Caron qualifie nos contemporains d’« éberlués modernes » ; affirme, que « la beauté donne tout à qui la cherche » ; que les philosophes d’estrades sont des brocanteurs. L’art ? Une étiquette confortable. « Or l’art n’a de sens, nous prévient Georges Perros, que s’il exprime une présence humaine vierge – autant que possible ». Beethoven, Bach, font leur apparition sous un angle original. Par où, Caron démontre que Goethe rejoint Arnold Schönberg. Notre éveilleur est-il insolent ? « Quand on est insolent il faut être brave » écrivait Stendhal. Brave, courageux, téméraire en diable, Maxence Caron l’est en nous prenant la main durant cette longue randonnée à laquelle il serait bon de se référer dans les moments de doute ; chaque fois que nous revient en mémoire – que nous prenons conscience de ce passage : « L’époque du nivellement conquérant au nivellement conquis ».
« Un livre sous le bras » : Arnaud Viviant commente « L’Insolent » de Maxence Caron sur France Inter
L’Insolent commenté sur France Inter
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Trahi de toutes parts, accablé d’injustices,
Je vais sortir d’un gouffre où triomphent les vices,
Et chercher sur la terre un endroit écarté
Où d’être homme d’honneur on ait la liberté.
Molière, Le Misanthrope, acte V, scène dernière
Les premiers mots, lorsqu’on ne se nomme point Paul Valéry et que l’on ne chante point poème, sont toujours les plus difficiles à lancer au travers de la blanche immensité d’une page ; ils ne s’y accrochent pas, y glissent comme sur une côte enneigée. À plus forte raison lorsqu’il s’agit pour eux de traverser l’espace dévasté d’une cervelle qui m’apparait vidée, ou plutôt vacante en la surabondance qui l’amène sans aménité au bord de l’explosion. Trop de choses, dans le désordre d’une frénétique lecture qu’aucune insignifiante interruption ne vint troubler, trop de choses s’y conflagrent à présent en multiples gerbes de flammes qui brûlent sans consumer. Il me faudrait, certes, un orchestre symphonique et l’aisance architectonique d’un Mahler pour faire entendre un lointain écho des vibrations d’enthousiasme que L’insolent, deuxième roman de Maxence Caron – puisque c’est bien de ce maître ouvrage dont il s’agit – provoqua en mes circonflexes circonvolutions cérébrales. Je n’ai, moi pâle compositeur et piètre orchestrateur, que les balbutiantes musinuscules mélodies de ma plume pour tâcher de laisser ici s’épanouir la sonore somptuosité d’un texte aux baroques rondeurs duquel seuls les plus convergents des sourds pourront être insensibles. Force m’est d’alors seulement dire ici le fond d’une œuvre dont la forme, insolente et fière comme la congruence de l’auteur et du titre peut, à celui qui sait, le laisser deviner, ne se prête, de par son apert même, à nulle objective et argumentative tergiversation. Le style de Maxence Caron, ce style emprunt de virtuosité badine autant que de profondeur contrapuntique, ce style qui concomite en une musicalité neuve l’élégance « superficiel[le] par profondeur » (Nietzsche) d’un Mozart et la surnaturelle complexité d’un Bach, ce style éblouit ou dégoûte mais n’offre point de prise à l’indifférence, sauf peut-être la haineuse indifférence fausse du jaloux vrai qui ne peut sourdre que dans le feint silence de ses « passables et coutumélieuses humeurs » (p. 11).
Car des envieux, sans flasque hésitation, voilà un livre qui en fera moult Lire la suite…
Chronique de l’émission « Le masque et la plume » (France Inter) sur « L’Insolent » de Maxence Caron
« Le masque et la plume », chronique sur L’Insolent :
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« Où en sont aujourd’hui les études au sujet de Maître Eckhart (1260-1327), frère prêcheur et maître en théologie de l’université de Paris, dont plusieurs propositions ont été condamnées par le pape Jean XXII dans la bulle « In agro dominico » ? De la variété et de la richesse des directions de recherche actuelles, ce volume en propose, conformément à l’esprit de la collection, une sélection. Quatre perspectives principales se dégagent. La première concerne les questions métaphysiques et théologiques majeures — Dieu, l’Un, la Trinité, les transcendantaux — ainsi que la théorie de l’intellect. La deuxième regroupe les questions spirituelles, morales et anthropologiques soulevées par la réflexion eckhartienne. Une troisième s’intéresse aux auteurs auxquels les textes d’Eckhart ouvrent, que ces auteurs précèdent ou suivent chronologiquement le maître thuringien : Plotin, Maïmonide, le « Liber de causis » et l’idéalisme allemand, Heidegger, Derrida ou encore les études comparatistes de Shizuteru Ueda avec le bouddhisme zen. Une quatrième manière de lire ce recueil consiste à suivre la distinction et la complémentarité de l’œuvre latine et de l’œuvre allemande de Maître Eckhart avec les différents problèmes herméneutiques et doctrinaux qu’elles posent. Que chaque lecteur puisse trouver à son gré, à travers les différences d’approches et de voix, ses propres chemins pour entrer dans l’œuvre de Maître Eckhart. »
Julie Casteigt
Sous la direction de Julie Casteigt, avec les contributions de Jan A. Aertsen, Gwenaëlle Aubry, Julie Casteigt, Emmanuel Cattin, Jean-Michel Counet, Eléonore Dispersyn, Kurt Flasch, Stephen E. Gersch, Rodrigo Guerizoli, Laurent Lavaud, Alain de Libera, Sébastien Milazzo, Burkhard Mojsisch, Yossef Scawartz, Loris Sturlese, Shizuteru Ueda, Marie-Anne Vannier.
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Dédicace au Salon du livre de Paris
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De la misanthropie considérée comme l’un des beaux-arts,
de l’insolence érigée en règle…
« Molière vient de monter Le Misanthrope. Alceste est furieux, humilié, déshonoré. Lui, l’être au goût exquis, le véritable aristocrate du savoir, le défenseur des vertus foulées au pied par flatteurs et courtisans, le gentilhomme infiniment supérieur aux petits marquis que cette diablesse de Célimène a le culot de lui préférer… Voilà qu’on ose le railler sur scène ? Hésitant toujours à partir au désert, Alceste se tourne, en désespoir de cause, vers son maître en misanthropie — un maître éternel, qui a tout vu, tout entendu, tout senti, et de tout temps — sans deviner que ses jérémiades vont provoquer un torrent de fureur. Outré par les simagrées de son ancien élève, Maxence Caron s’énerve et songe d’abord à les ignorer : après tout, pourquoi un misanthrope émérite viendrait-il au secours de qui que ce soit ? Difficile, cependant, de ne pas saisir cette trop belle occasion de dire à un disciple en herbe ce qu’est la misanthropie, loin de toute caricature. Il est temps de montrer à ce pauvre Alceste que le monde est encore plus ridicule, corrompu, encore plus nigaud que la cour de paons désignée par Molière, et que le désert ne peut servir de refuge à celui qui ne renonce pas à croire en l’humanité. Car tout est là : un misanthrope, un vrai, ne déteste les siens que parce qu’il conserve préalablement en lui la plus haute idée de l’esprit humain, une foi en la beauté, la douceur, l’harmonie et la sagesse.
Pour parvenir à retrouver cette image de la perfection humaine, à comprendre d’où elle provient, le misanthrope devra regarder droit dans les yeux les horreurs de la société où il est né. En somme, pour accéder au paradis, encore faut-il avoir désigné où se situe l’enfer et s’être patiemment imbibé de l’enseignement d’un purgatoire. Prenant Alceste par la main, Maxence Caron le mène dans une nuit de Walpurgis où défilent les figures grimaçantes d’artistes, d’écrivains ou d’hommes politiques infiniment plus nocifs que ceux qu’Alceste a condamnés sur la scène du Misanthrope. Une fois décillé, Alceste sera prêt à comprendre le rôle élévateur de la musique et à s’approprier ses symboles, pour savoir entendre et écouter d’invisibles beautés, grâce à Liszt, Schubert, Beethoven et Bach, qui réconcilient l’entendement et la sensibilité dans l’âme du misanthrope le plus aguerri. Alors seulement, la misanthropie devient un art, un exercice humaniste hors des circonstances, parfaitement ontologique, et même un droit divin. Car en profondeur, la joie et la misanthropie ne sont pas opposées.
Lettre leçon, lettre roman d’initiation, lettre à la circularité proustienne et à la structure de Divine Comédie, lettre de flamboiement stylistique étourdissant, lettre fleuve sur la nécessité de s’élever misanthrope — et non de tomber misanthrope — afin de savoir encore entendre, apercevoir, aimer ce qui est beau, ce qui mérite notre dévotion, cet extra-ordinaire opus des « Affranchis » s’adresse bien sûr, à travers la figure d’Alceste, à un destinataire que nous connaissons très bien : nous. »
Claire Debru
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Texte de la 4° de couverture :
Sachez ainsi, nonchalant et faux disciple, hypocrite, que l’on n’est jamais insolent si l’on manque au commandement d’insolence spirituelle qui est celui que je croyais vous avoir vu retenir. Souffrez, vous l’atrabilaire amouraché, que j’objecte un mépris considérable à la plainte que vous m’adressiez dans votre lettre. Je ne répondrai à aucune de vos questions : elles sont idiotes. Vous avez donc le choix entre mon silence ou la radicalité de ma parole.
Maxence Caron
L’Insolent, NiL / Robert Laffont, Roman, 608 pages.
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Pour plus de détails, consulter ici le livret de la collection, publié hors-commerce (également disponible gratuitement en librairie) :

Maxence Caron joue Bach au piano
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« Chez Verlaine, le « prince des poètes » fait parfois oublier le génie du prosateur qui, de confessions en essais critiques, demeura finalement l’un des écrivains les plus écoutés de son temps, gagnant l’unanimité sans la rechercher. L’écriture autobiographique et l’écriture critique se mêlent chez lui dans un style d’une finesse inimitable où toute distinction s’avère artificielle entre l’objectivité et la subjectivité. C’est dans la fantaisie que l’ami qui enseignait jadis à Rimbaud combien la musique était prise dans le verbe et combien la poésie s’animait de la libérer afin de faire mieux luire le Sens, c’est dans le détachement burlesque que Verlaine, désormais mûrissant, et se renouvelant silencieusement sans cesse, devient, avec l’infaillible acuité qui rappelle celle du grand aîné Baudelaire, un prophète aujourd’hui méconnu. Avant que toutes les audiences ne se soient constituées, il reconnaît la grandeur à même l’exigeante discrétion de certains de ces artistes mangeurs de pain noir qu’il appelle les « poètes maudits » et dont tous les noms survivront au temps.
Cet homme dont la richesse intérieure sait unir la dérision, le baroque, la rigueur, la musique, la pensée, le classicisme, a fait de sa page une constante avant-garde qui n’est autre que celle de l’authenticité au travail. Verlaine, pas moins que Rimbaud mais « parallèlement », en un pèlerinage autre, en un chemin auquel est consubstantiel le recueillement, entend toujours mieux en soi la voix de l’Essentiel dont il constate la sublime autant que miséricordieuse Différence.
Le Dieu confessé à qui Verlaine, en dépit des quotidiens accidents de son aventureuse et douloureuse existence, n’oubliera plus d’être fidèle, est un Dieu aimant et aimé. Le catholicisme de Verlaine est une religion révélée tout en nuances et beautés, la religion d’un homme à qui les épreuves montrèrent, mystérieux et pénétrant, le Cœur de l’Absolu. La douceur du divin Cœur se reflète analogiquement dans les accents de la langue que sut recevoir et prononcer l’âme de Verlaine, poétique, quintessente et blessée. »
Maxence Caron
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